unctad.org | Quatrième Dialogue de Haut Niveau de l`Assemblée Générale sur le Financement pour le Développement
Statement by Mr. Petko Draganov, Deputy Secretary-General of UNCTAD
Quatrième Dialogue de Haut Niveau de l`Assemblée Générale sur le Financement pour le Développement
New York
23 Mar 2010

M. le Président, …

Dans cette présentation j´aimerais vous adresser trois messages. Le premier est lié à la responsabilité des pouvoirs publics qui doivent remettre les finances au service de la création de nouvelles capacités productives dans les pays en développement. Le second a trait à la mobilisation de ressources financières qui doit se faire dans un cadre favorable à l´investissement productif: il faut éviter les politiques qui, voulant attirer des capitaux ou augmenter l´épargne, réduisent la demande et rendent la spéculation plus attrayante que la production. Enfin, il faut que les problèmes globaux tels que les désordres financiers internationaux et le réchauffement climatique aient des réponses globales. En particulier, il est nécessaire que les pays en développement accèdent aux ressources financières et aux technologies nécessaires pour que l´évolution vers des modes de production et de consommation respectueux de l´environnement encourage le développement et ne lui mette des bâtons dans les roues.

La crise financière a remis à l´ordre du jour le rôle économique des Etats. Il s´agit dans l´immédiat de limiter les conséquences de la crise; il s´agit aussi, à plus long terme, de prévenir l´occurrence de nouvelles crises en révisant de fond en comble le fonctionnement des systèmes financiers qui ont pratiquement cessé de financer les investissements productifs pour se consacrer presque exclusivement à la recherche de bénéfices immédiats. Trop souvent, le financement de l´investissement est devenu le sous-produit d´activités de casino, selon la formule de Keynes, et les conséquences en ont été un énorme gâchis de ressources qui auraient pu servir à financer le développement.

Il est donc vital de recentrer l´activité financière. Dans les pays en développement, celle-ci doit impulser l´investissement physique et humain et la création d´emplois de bonne qualité. Le développement et la diversification des capacités de production sont essentiels non seulement pour atteindre les Objectifs de Développement du Millénaire, mais aussi pour que ces progrès soient durables. Les modalités de l´insertion commerciale des pays en développement doivent elles aussi encourager ce développement productif. Il faut reconnaître qu´il ne peut exister de véritable concurrence internationale si les capacités productives des pays les moins avancés sont tuées dans l´œuf. On ne peut donc abandonner de sitôt le principe d´un traitement spécial et différencié pour les pays en développement, qui doivent garder une marge d´action pour leurs politiques industrielles au sens large.

Le développement des capacités productives a besoin de financement et d´un environnement macroéconomique et commercial favorable. Une partie du financement proviendra de sources internationales. Les pays développés doivent honorer leurs engagements concernant l´aide publique au développement. Les investissements étrangers directs et de portefeuille peuvent aussi constituer une contribution importante. Pour cela, les flux financiers ne doivent pas être spéculatifs, et l´investissement direct doit accroitre le stock de capital et apporter des technologies nouvelles. A ces fins, les gouvernements peuvent établir un cadre régulateur et macroéconomique qui décourage les capitaux indésirables et canalise les autres vers l´investissement productif. Rappelons nous les cas où l´entrée de capitaux a été à l´origine de bulles spéculatives et d´appréciations ruineuses des monnaies locales, qui se sont soldées par des crashs financiers, des crises des balances de paiements et un surendettement externe. Ces expériences nous démontrent que l´entrée de capitaux externes n´est pas un but en elle-même, et que ceux-ci doivent s´intégrer dans une stratégie de développement où la mobilisation des ressources internes et leur canalisation vers l´investissement productif sont irremplaçables.

Mais cela ne s´obtient pas simplement en libéralisant les marchés. Livrés à eux-mêmes, les agents financiers préfèrent financer à des taux élevés la consommation des gouvernements ou des ménages plutôt que de s´engager dans des projets productifs à long terme. L´appât des gains immédiats décourage le financement de l´investissement et rend celui-ci moins attrayant pour l´entrepreneur, qui peut se muer en spéculateur.

Par conséquent, les gouvernements ont un rôle important à jouer. Certes, ils ne peuvent se substituer au secteur privé dans ses décisions d´investissement, mais ils peuvent peser sur ces décisions. Par leurs politiques macroéconomiques et de revenus, les gouvernements ont la possibilité de fournir aux entreprises une perspective de croissance stable de la demande; par leurs investissements en infrastructures physiques et sociales, ils fournissent les conditions nécessaires à l´investissement privé; enfin, ils peuvent encourager les institutions financières privées à accorder des crédits d´investissement à taux réduits, ou le faire directement, à travers des banques de développement.

Aussi, pour mobiliser les ressources nécessaires à l´investissement, tout le cadre du développement est fondamental. Il n´y a pas une séquence dans laquelle on dégagerait d´abord une épargne pour, dans un deuxième temps, décider de son allocation. Dans cette vision mécanique, on recommande souvent d´augmenter les taux d´intérêt, de réduire les dépenses publiques et privées et de concentrer le revenu pour que les riches épargnent l´argent que les pauvres ne consommeront pas, et on prétend que de cette façon il y aura davantage de fonds prêtables, donc plus d´investissements. Ceci est faux: personne n´investit quand la demande globale baisse. Bien au contraire, l´épargne est endogène à la croissance, elle en résulte sous la forme de revenus croissants des entreprises, des ménages et de l´Etat. La mobilisation des ressources internes a besoin de conditions favorables à l´investissement productif.

Je voudrais pour finir faire référence au rôle stratégique des organismes financiers multilatéraux. Nous saluons les changements en cours dans la gouvernance financière globale, bien qu´il faille avancer bien davantage pour décourager les mouvements spéculatifs et rééquilibrer le pouvoir de décision dans les institutions de Bretton Woods. La crise a montré le besoin d´augmenter leur capacité de financement, ce qui a été fait dans une certaine mesure, mais il faut que ces ressources se dirigent vers les pays qui en ont véritablement besoin, sans que leur soient adossées des conditions de politiques contreproductives. La récente assignation de Droits de Tirage Spéciaux est, de ce point de vue, ambivalente: il est positif que ce mécanisme de financement soit sorti de sa longue léthargie, mais pour qu´il soit au service du développement il ne devrait pas être distribué selon les quotas actuels. Il faut aussi que les nouvelles régulations financières internationales prévoient les ressources nécessaires au financement d´un mode de croissance respectueux de l´environnement. Dans sa Revue sur le Commerce et l´Environnement 2009/2010, la CNUCED a identifié des "pôles de croissance propre" basés sur l´efficience énergétique, des formes de production agricole soutenables et des sources d´énergie renouvelables pour le développement rural, qui pourraient créer des externalités positives dans le monde en développement. Des méthodes innovantes de financement et de transfert technologique devront se mettre en place pour que les nécessaires transformations de l´économie planétaire soient l´occasion de renforcer le développement des pays les moins avancés.

M. le Président,

Nous voyons aujourd´hui le monde des finances sous son aspect le plus négatif, celui du dévoiement et de la crise, mais il peut aussi donner une impulsion décisive à un développement inclusif du point de vue social et durable du point de vue de l´environnement. C´est aux pouvoirs publics, nationaux et multilatéraux, qu´il revient de placer le "financement du développement" au cœur des systèmes financiers. Dans la mesure où l´on sera capable de financer de nouvelles capacités productives respectueuses de l´environnement dans les pays en développement et que ceux-ci maîtriseront les nouvelles technologies "vertes", nous aurons avancé simultanément sur trois fronts critiques: celui des finances, celui du réchauffement climatique et celui du développement.



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