COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Pour l'utilisation des médias d'information - Ce n'est pas un document officiel
Priorité aux progrès économiques et aux stratégies en faveur du reclassement des pays les moins avancés
Une réunion de haut niveau pour dynamiser les économies les plus pauvres

UNCTAD/PRESS/PR/Doha/2012/005
Genève, Suisse, (29 mars 2012)

Comment rendre l’économie des 481 pays les moins avancés (PMA) du monde suffisamment stable et productive pour que ces pays parviennent à changer de statut? Tel sera le sujet du débat de haut niveau, organisé le 24 avril, dans le cadre de la treizième session de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED XIII).

La CNUCED, qui est l’un des principaux organismes des Nations Unies chargés de venir en aide aux PMA, préconise un modèle prospectif qui passe notamment par des stratégies nationales - comme celle en cours d’élaboration en République démocratique populaire lao - destinées à surmonter les obstacles qui, dans le passé, ont freiné les progrès.

La réunion de haut niveau portera sur le reclassement et la transformation structurelle, c’est-à-dire les changements économiques durables, tels que la production d’une gamme plus large de biens et de services plus élaborés. Objectif : rendre les PMA moins vulnérables aux chocs extérieurs et leur permettre de créer des emplois en plus grand nombre et mieux rémunérés.

Au lieu de voir le nombre de ses membres diminuer, la catégorie des PMA s’est au contraire beaucoup agrandie. Après que la catégorie a été officiellement créée et que les critères pour en faire partie ont été fixés par l’Organisation des Nations Unies en 1971, les PMA, 25 au départ, ont vu leur nombre passer à 50 en 2007, avant de diminuer légèrement pour s’établir à 48. Le nouvel entrant - probablement fin de 2012 ou début 2013 - sera sans doute le Soudan du Sud, dernier pays à avoir vu le jour.

Jusqu’ici, seuls trois pays ont été reclassés: le Botswana en 1994, le Cap-Vert en 2007 et les Maldives en 2011.

L’un des objectifs convenus à l’issue de la quatrième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés, tenue à Istanbul en mai 2011, était de permettre à la moitié des PMA de satisfaire aux critères de reclassement d’ici à 2020. Cet objectif traduisait la préoccupation de l’ONU face au faible taux de reclassement, dont de nombreux articles de presse s’étaient fait l’écho avant la Conférence.

Mais c’est maintenant que les difficultés commencent. S’il peut sembler ambitieux de croire qu’à la fin de la décennie 24 PMA au moins seront en mesure d’entamer une procédure de reclassement de six ans, on peut faire beaucoup de choses pour mettre ces pays sur la bonne voie. Quarante ans après, les problèmes qui se posent ne sont un secret pour personne.

Il faudra des années de forte croissance économique pour que la plupart des PMA, non seulement augmentent leur revenu par habitant, mais aussi renforcent la résilience de leur capital humain et de leur économie. Le ralentissement de l’activité consécutif à la crise financière et économique mondiale a en effet interrompu les avancées. Pendant les années d’expansion économique de 2002 à 2008 les PMA, avec un taux de croissance annuel de 7,1 %, ont enregistré une bonne progression. Mais, en 2009, la croissance est tombée à 4,6 % avant de remonter à 5,7 % en 2010 pour revenir à 4,9 % en 2011 selon les estimations. Ces chiffres sont certes bien meilleurs que ceux qu’affichent beaucoup d’autres pays, mais ils ne suffiront sans doute pas pour qu’un nombre appréciable de PMA parvienne à satisfaire aux critères de reclassement dans la décennie en cours, ce, d’autant plus que la plupart d’entre eux connaissent une forte croissance démographique.

Par ailleurs, «ce groupe ne comprend pas seulement des pays pauvres», dit Taffere Tesfachew, Directeur de la Division de l’Afrique, des pays les moins avancés et des programmes spéciaux de la CNUCED. «Beaucoup de PMA sont très isolés et très exposés aux chocs climatiques et à d’autres chocs extérieurs. En outre, beaucoup sont de tout petits pays. Certains remplissent les conditions de reclassement pour ce qui concerne le revenu par habitant mais n’en sont pas moins très vulnérables. Par exemple, un cyclone qui ravage le secteur touristique d’un petit pays qui compte peu d’habitants peut réduire de moitié le revenu national. De même, le départ d’un gros investisseur ou d’une grosse entreprise peut avoir des effets dramatiques.»

Sur les 48 PMA, huit sont des petits États insulaires en développement2, qui cumulent les inconvénients de la petite taille (Tuvalu, le plus petit, compte 10 500 habitants), de la vulnérabilité (exposition aux catastrophes naturelles et à des menaces climatiques telles que l’élévation du niveau de la mer) et de l’éloignement économique. Les longues distances qui les séparent des marchés mondiaux augmentent en effet sensiblement les coûts d’exportations et d’importations, entraînant une perte de compétitivité des entreprises nationales et pesant sur la croissance économique.

«Vous pouvez agir sur certains facteurs économiques» dit M. Tesfachew, «mais pas sur la situation géographique».

Seize des 48 PMA sont des pays en développement sans littoral3 (PDSL) pour lesquels l’éloignement des centres économiques est également souvent pénalisant. Pour la plupart d’entre eux, les problèmes de transport sont un obstacle majeur à la croissance économique. C’est en effet par la voie maritime que le transport de marchandises est le plus efficace et le meilleur marché; or, les PDSL doivent d’abord acheminer les produits vers les ports de pays voisins pour accéder au transport maritime. «Il leur faut des chemins de fer et des routes, surtout s’ils sont exportateurs de produits de base, ce qui est le cas de bon nombre d’entre eux», dit M. Tesfachew. «Souvent les liaisons ne sont pas bonnes. Ils sont à la merci du bon vouloir de leurs voisins. Ils doivent parfois acquitter des taxes et des frais de transfert; il peut y avoir des retards à la douane ou encore des problèmes politiques. Il revient plus cher de transporter une tonne de produits de base du Rwanda au port de Mombasa (Kenya) que d’Europe à Mombasa.»

Pour prétendre à un reclassement, les PMA doivent remplir au moins deux des trois critères qui déterminent leur statut : la faiblesse du revenu par habitant, la faiblesse du capital humain et la vulnérabilité économique.

Pour l’examen de la liste des PMA réalisé en 2012, le revenu minimum pour le reclassement, qui est calculé à partir de la moyenne biennale du revenu national brut par habitant, a été fixé à 1 190 dollars.

Le critère relatif au capital humain s’appuie sur un indice composite basé sur des indicateurs tels que la nutrition, la santé, la scolarisation et l’alphabétisation. Cet indice comporte des indicateurs qui renvoient à deux des huitobjectifs du Millénaire pour le développement - réduire de moitié la proportion de la population qui souffre de la faim et de deux tiers le taux de mortalité des enfants âgés de moins de 5 ans d’ici à 2015.

Le critère de la vulnérabilité économique comporte un indice composite basé sur des indicateurs qui mesurent l’impact des chocs naturels et des chocs économiques, l’exposition environnementale et économique à ces chocs et les handicaps géographiques à l’origine de cette vulnérabilité, tels que la petite taille et l’éloignement.

La table ronde du 24 avril réunira des ministres, d’autres hauts fonctionnaires ainsi que les participants à la treizième session de la Conférence pour un dialogue sur la manière de favoriser le reclassement des PMA, comme le prévoit le Programme d’action d’Istanbul. À l’évidence, accélérer le processus est un immense défi: l’examen de la liste des PMA réalisé en 2012 a montré que 10 pays seulement passent le seuil de reclassement en matière de revenus4. Sur ces 10 pays, quatre seulement satisfont aussi au critère relatif au capital humain5, et aucun ne remplit les trois conditions. Compte tenu des règles de reclassement, seuls quatre pays devraient sortir de la catégorie des PMA avant 2020. Au début des années 2020, deux pays supplémentaires devraient sans doute pouvoir être reclassés, perspective envisageable également (entre 2020 et 2025) pour un nombre significatif, mais difficilement prévisible, d’autres PMA. Quoi qu’il en soit, ces pays et leurs partenaires de développement devront poursuivre et maintenir leurs efforts pour que les espoirs de reclassement se réalisent.

Par ailleurs, ce reclassement, qui passe par une résolution de l’Assemblée générale et qui entraîne la perte des avantages liés au statut, peut être une source d’appréhension et de dilemme pour certains PMA. Leurs exportations bénéficient en effet d’un accès en franchise et hors contingent aux marchés de l’Union européenne et de plusieurs autres pays. Par ailleurs, les donateurs se montrent plus généreux dans l’aide qu’ils allouent à ces pays. Les responsables des PMA craignent donc de perdre ces avantages, et des préoccupations se sont exprimées de voir les pays passer au-dessous des seuils et remplir à nouveau les conditions d’admission à la catégorie des PMA. Les stratégies internationales mises au point récemment pour encourager le reclassement reconnaissent le principe de la transition sans heurt qui permettrait aux pays sortant de la liste de conserver un certain nombre d’avantages pendant quelques années.

Réunion de haut niveau organisée à Doha (Qatar), le 24 avril, dans le cadre de la treizième session de la Conférence

Le programme de la réunion comporte une table ronde, conçue sur le modèle des tables rondes de Davos, avec une allocution liminaire du Secrétaire général de la CNUCED, Supachai Panitchpakdi, et des déclarations de chefs de gouvernement, de ministres et d’autres hauts responsables de plusieurs pays. Des chefs d’institutions des Nations Unies et d’autres organisations internationales prendront également la parole. Des intervenants de PMA exposeront les stratégies nationales et les efforts mis en œuvre dans leur pays pour remplir les conditions de reclassement. D’autres représentants feront part d’expériences de leur pays en tant qu’ancien PMA ou de son expérience des premières étapes de la mise en œuvre du Plan d’action d’Istanbul. L’un des objectifs de cette réunion est d’encourager les partenaires de développement à apporter ou renforcer leur appui aux pays qui voudraient sortir de la liste des PMA, notamment en leur offrant des conditions favorables qui facilitent le processus de reclassement. Le rôle de la coopération Sud-Sud et de la coopération triangulaire pour appuyer les PMA candidats dans ce processus devrait aussi faire partie des moyens d’accompagnement examinés.


End Notes
  1. Afghanistan, Angola, Bangladesh, Bénin, Bhoutan, Burkina Faso, Burundi, Cambodge, Comores, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Haïti, Îles Salomon, Kiribati, Lesotho, Libéria, Madagascar, Malawi, Mali, Mauritanie, Mozambique, Myanmar, Népal, Niger, Ouganda, République centrafricaine, République démocratique du Congo, République démocratique populaire lao, République-Unie de Tanzanie, Rwanda, Samoa, Sao Tomé-et-Principe, Sénégal, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Tchad, Timor-Leste, Togo, Tuvalu, Vanuatu, Yémen et Zambie.
  2. Comores, Îles Salomon, Kiribati, Samoa, Sao Tomé-et-Principe, Timor-Leste, Tuvalu et Vanuatu.
  3. Afghanistan, Bhoutan, Burkina Faso, Burundi, Éthiopie, Lesotho, Malawi, Mali, Népal, Niger, Ouganda, République centrafricaine, République démocratique populaire lao, Rwanda, Tchad et Zambie.
  4. Angola, Bhoutan, Djibouti, Guinée équatoriale, Kiribati, Samoa, Soudan, Timor-Leste, Tuvalu et Vanuatu.
  5. Kiribati, Samoa, Tuvalu et Vanuatu.


Pour plus d'informations, veuillez contacter:
Unité de Communication et d'information de la CNUCED
T: +41 22 917 5828
T: +41 79 502 43 11
E:
unctadpress@unctad.org
Web:
http://unctad.org/press


Loading..

Please wait....

Charlie Hebdo