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COMMUNIQUÉ DE PRESSE
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RELEVER LE DEFI DE LA COMPETITIVITE : LES RELATIONS ENTRE LES SOCIETES TRANSNATIONALES ET LES FOURNISSEURS LOCAUX

TAD/INF/PR/22
18 September 2001

Plus l´investissement étranger direct (IED (1)) gagne en importance dans une économie qui se mondialise, plus les pays cherchent à en maximiser les avantages. Pour ceux en développement, l´une des méthodes les plus efficaces consiste à encourager les relations entre filiales étrangères et fournisseurs locaux, afin d´optimiser la diffusion des compétences, du savoir et de la technologie. C´est le thème retenu cette année pour le World Investment Report 2001 : promoting linkages (Rapport sur l´investissement dans le monde 2001 : vers de nouvelles relations interentreprises(2)), que la CNUCED fait paraître aujourd´hui. Cet ouvrage traite de l´impact positif des relations interentreprises sur le développement et des politiques aptes à promouvoir ces relations.

Celles-ci profitent non seulement aux filiales et aux entreprises des pays destinataires des investissements, mais également profiter à l´économie du pays d´origine. La création de liens en amont avec les filiales étrangères revêt un intérêt particulier dans le cas des pays en développement. En effet, l´approvisionnement local peut aboutir à la réduction des coûts de production dans le pays d´implantation, ainsi qu´à une spécialisation et une souplesse d´action plus grandes, avec, à la clé, une meilleure adaptation des technologies et des produits aux conditions locales. Grâce à la présence de fournisseurs à la pointe du progrès, les filiales accèdent aux moyens techniques et aux compétences extérieurs, ce qui stimule leur propre inventivité. Du côté des fournisseurs locaux, les relations interentreprises ont généralement pour effet direct d´accroître la production et l´emploi. Elles peuvent également servir à la transmission du savoir et de qualifications entre les entités concernées. Un réseau dense de liens permet en effet de faire progresser l´efficience, la productivité, les capacités techniques et managériales, ainsi que la diversification. L´exemple d´ENGTEK (encadré 1) montre comment, grâce à leurs relations avec leurs filiales étrangères, les entreprises présentes dans le monde en développement peuvent mettre en place des stratégies de croissance et d´internationalisation. Ces relations sont de nature à stimuler l´activité économique et, lorsque des facteurs de production locaux se substituent aux importations, à améliorer la balance des paiements du pays d´accueil. A son tour, le renforcement de l´offre locale est susceptible d´avoir des répercussions sur les autres secteurs du pays hôte, contribuant au dynamisme des entrepreneurs et à une plus grande autonomie des filiales étrangères.

Les sociétés transnationales (STN)(3) ayant actuellement tendance à se recentrer sur leurs activités stratégiques et à sous-traiter davantage, elles offrent à leurs fournisseurs de nouvelles possibilités pour faire partie de leur système de production mondial. En moyenne, un fabricant consacre plus de 50 % de son chiffre d´affaires à l´achat de facteurs de production. Cependant, devenir le partenaire d´une grande STN n´est pas chose aisée. L´intensification de la concurrence impose, à tous les niveaux de la chaîne de l´offre, de sélectionner des fournisseurs satisfaisant à des exigences très strictes en termes de coûts, de qualité et de délais de livraison. C´est pourquoi les filiales étrangères opérant dans des secteurs tournés vers l´international (par exemple, l´électronique et l´automobile) sont souvent amenées à faire appel à d´autres STN plutôt qu´à mobiliser les ressources disponibles sur place.

Le Rapport sur l´investissement dans le monde 2001 souligne que l´étendue des relations entre filiales étrangères et fournisseurs locaux est fonction des coûts et avantages en jeu, ainsi que des différences de perception et de stratégie à l´échelle de l´entreprise. Dans les pays en développement, le principal déterminant du degré d´approvisionnement local est probablement la capacité d´offre : le manque de fournisseurs locaux efficaces y est souvent un obstacle à l´instauration de telles relations.

Des avantages réciproques

Conscients des avantages réciproques que les relations interentreprises peuvent apporter, tant les filiales des STN que les pouvoirs publics du pays d´accueil mettent en place des dispositifs ciblés, comme le montre le Rapport sur le développement dans le monde 2001. Parmi les réussites les plus éclatantes, citons les efforts déployés en Inde par le groupe Saint-Gobain pour développer son réseau local de fournisseurs (encadré 2), le plan irlandais (encadré 3) et le programme singapourien (encadré 4).

Même si nouer des relations avec les fournisseurs locaux est d´abord l´affaire des STN, l´Etat peut jouer un rôle considérable dans ce sens, note le Rapport. Lorsque l´action publique élimine divers obstacles afin d´accroître les avantages et/ou d´abaisser les coûts d´emploi, les entreprises sont davantage disposées à recourir à des fournisseurs locaux. En revanche, dans d´autres cas, les STN ignorent qu´il existe des prestataires fiables, ou jugent trop coûteux de s´approvisionner auprès d´eux.

S´appuyant sur les expériences menées par un large éventail de pays, le Rapport sur le développement dans le monde 2001 décrit quelques mesures spécifiques : apport et mise en correspondance des informations, encouragement des filiales étrangères à participer à des dispositifs destinés à affûter le savoir-faire des fournisseurs locaux, programmes de formation de ces derniers (en partenariat avec les filiales étrangères), mécanismes divers visant à améliorer l´accès des fournisseurs locaux aux financements.

Quelques pays, dont le Costa Rica, l´Irlande, la Malaisie, la République tchèque, le Royaume-Uni et Singapour, disposent de vastes programmes de renforcement des relations interentreprises. Ces programmes combinent différentes mesures et s´adressent à des secteurs et des entreprises bien précis. Ils rencontrent souvent un succès considérable.

Des interventions publiques bien ciblées peuvent permettre le renforcement des relations interentreprises et, par là même, la transmission, par les STN, d´un savoir donnant naissance à des entreprises locales dynamiques. Bien évidemment, à l´instar d´autres politiques de développement, elles doivent être adaptées aux conditions régnant dans chaque pays d´accueil et déployées en collaboration étroite avec le secteur privé et d´autres partenaires. Plus elles s´accompagnent de mesures d´expansion des petites et moyennes entreprises (PME) et de soutien de l´IED, plus elles sont susceptibles d´être fructueuses.

Le Rapport sur l´investissement dans le monde 2001 présente les efforts considérables accomplis par les décideurs pour maximiser les avantages issus de l´IED. Il donne également des exemples concrets d´initiatives lancées par les STN pour étoffer leurs relations avec leurs fournisseurs, exemples qui peuvent être suivis par d´autres entreprises et dans d´autres pays.

Encadré 1 : ENGTEK

Il y a environ 25 ans, une minuscule entreprise familiale se lance, avec 200 dollars d´investissement, dans la fabrication de gabarits et de petits appareils dans l´arrière-cour d´un immeuble en Malaisie. Aujourd´hui, avec neuf filiales dans quatre pays, Eng Teknologi Holdings Bhd (ENGTEK) est un fournisseur mondial pour les fabricants de lecteurs de disques durs et semi-conducteurs. L´an dernier, ses 2 000 salariés ont réalisé un chiffre d´affaires total de quelque 63 millions de dollars. ENGTEK est coté à la bourse de Kuala Lumpur depuis 1993 et fait partie du principal compartiment de cette place financière depuis 1999.

Le groupe doit son internationalisation réussie à son sens de l´innovation et au dynamisme de sa direction, ainsi qu´à un environnement national propice au développement des entreprises et dont il partage pleinement les valeurs. De plus, ENGTEK a participé à des partenariats très poussés avec des STN. Ainsi, en 1981, Intel lui a fourni l´aide financière et technique nécessaire pour construire des ponteuses semi-automatisées. En s´associant, entre autres, avec Advanced Micro Devices (AMD), Bosch, Fujitsu, Hewlett Packard, Maxtor, Readrite et Seagate, ENGTEK élabore des produits, apporte son expérience spécifique dans ce domaine et acquiert un avantage sur ses concurrents potentiels. Equipementier de premier rang, ENGTEK sait s´adapter aux systèmes de production mondiaux des STN clientes en créant toujours plus de valeur. Ces partenariats lui ont également permis de s´internationaliser et de devenir lui aussi une STN à part entière.


Encadré 2 : Saint-Gobain

Lorsque le groupe français Saint-Gobain a décidé d´implanter une usine de verre flotté à Chennai, en Inde, il a rencontré de graves problèmes techniques avec les fournisseurs locaux potentiels. En effet, ceux-ci étaient désorganisés et dispersés. De surcroît, leurs compétences technologiques étaient limitées et ils avaient besoin d´un soutien pour s´adapter aux normes minimales. Saint-Gobain a donc constitué des équipes spécialisées pour renforcer les capacités de ces équipementiers, trois ans avant même de commencer à produire. Ces équipes, composées d´experts de différentes disciplines, venus d´Inde et d´ailleurs, ont apporté une assistance dans plusieurs domaines : évaluation des matières premières, services d´ingénierie et prestations techniques, aide à l´utilisation des technologies de l´information, mise au point de matériaux d´emballage et logistique. Chacune d´elles a travaillé avec les fournisseurs pour définir des modèles de coûts et d´activité, former une main-d´œuvre en majorité analphabète et sensibiliser les entreprises aux notions de gestion. Ces équipes ont également servi d´intermédiaires pour l´obtention d´emprunts auprès d´établissements financiers. Quatre ans après l´envoi des premières équipes en Inde, 80 % des exigences relatives aux matières premières étaient satisfaites au niveau local, et plusieurs sous-traitants de Saint-Gobain commençaient à vendre à d´autres STN dans ce pays.


Encadré 3 : le National Linkage Programme de l´Irlande

Enterprise Ireland, organisme public créé en 1985 sous l´égide du ministère des Finances d´Irlande, gère divers programmes visant à promouvoir l´intégration des entreprises étrangères dans l´économie nationale. Il s´agit de " travailler en partenariat avec les clients pour générer un avantage concurrentiel durable, menant à une augmentation significative des ventes, des exportations et de l´emploi ". Le National Linkage Programme (NLP) se veut d´abord un service encourageant les filiales irlandaises d´entreprises étrangères à s´approvisionner localement. Il cherche de plus en plus à renforcer les compétences afin de faire correspondre ces besoins et les profils de production des fournisseurs locaux. Les secteurs ciblés sont l´électronique, l´ingénierie, la santé et les composants en métal et en plastique. Les entreprises irlandaises désireuses de participer à ce programme sont sélectionnées sur un critère clé : l´attitude de la direction à l´échelon local, qui doit être " tournée vers l´avenir, pleine d´ambition et dynamique".

Le NLP aide les sociétés ainsi sélectionnées à remédier à leurs problèmes de fonctionnement et à développer leurs compétences en marketing. Face à la nécessité croissante de les transformer en sous-traitants pour l´assemblage, il favorise également la restructuration de l´activité locale en " mariant " ces fournisseurs, plutôt qu´en ciblant ceux qui fournissent un seul produit aux filiales étrangères.

Selon les estimations, de 1985 à 1997, Enterprise Ireland a fait participer 250 de ces filiales à son programme. Sur cette période, les filiales opérant en Irlande ont acheté quatre fois plus de matières premières locales, et plus de deux fois plus de services. Les fournisseurs, eux, ont vu leur chiffre d´affaires progresser de 83 %, leur productivité de 36 % et leur taux d´emploi de 33 %. Plusieurs sont devenus des sous-traitants internationaux reconnus.


Encadré 4 : Le Local Industry Upgrading Programme de Singapour

Faire de Singapour un " pôle économique axé sur le savoir " : c´est l´objectif à long terme du programme public d´amélioration des activités locales (Local Industry Upgrading Programme : LIUP). Ce programme incite les STN à passer des contrats à long terme avec des fournisseurs locaux et les aide à adapter leurs produits et procédés. Le LIUP offre un soutien organisationnel et financier pour développer les compétences de ces fournisseurs, avec la contribution active des entreprises étrangères. Les STN tirent elles aussi des avantages de leur participation à ce programme.

Le LIUP propose diverses mesures d´accompagnement. Son comité chargé du développement des petites entreprises finance une partie de la rémunération des représentants que les filiales locales d´entreprises étrangères envoient auprès des fournisseurs singapouriens pour aider ces derniers à devenir plus compétitifs. Ces fournisseurs locaux sont également encouragés à viser l´international, par exemple en suivant leurs clients qui implantent des sites de production dans d´autres régions du monde, notamment en Asie du Sud-Est. Les autorités singapouriennes peuvent ainsi continuer d´influer sur la nature et le contenu du processus de renforcement du capital.

Grâce à ce programme, certains, dont Advanced Systems Automation et Manufacturing Integrated Technology, ont pu passer du statut de fournisseur local à celui de groupe internationalisé, aux fonctions très complexes. Ces deux entreprises sont désormais des équipementiers de premier rang. On peut donc considérer que le LIUP, qui associe une stratégie favorisant l´IED et un programme de consolidation des relations interentreprises, a des répercussions positives sur les entreprises singapouriennes.




Annotations

1. L´"investissement étranger direct" se définit comme l´investissement d´une entité d´une économie dans l´entité d´une autre économie, avec pouvoir de contrôle. Il implique une relation à long terme et suppose que l´investisseur porte un intérêt durable à l´entreprise étrangère dont il s´agit.

2. Le World Investment Report 2001: Promoting Linkages (Rapport sur l´investissement dans le monde 2001 : vers de nouvelles relations interentreprises) (numéro de vente E.01.II.D.12, ISBN 92-1-112523-5) est disponible au prix de US$ 49 et au prix spécial de US$ 19 dans les pays en développement et les pays en transition. S´adresser à : Section des ventes, Publications des Nations Unies, Palais des Nations, CH-1211 Genève 10 (Suisse), F: +41 22 917 0027; E: unpubli@un.org, Internet: www.un.org, ou à United Nations Publications, Room DC2-853, Dept. PRES, Two UN Plaza, New York, NY 10017 (États-Unis d´Amérique), T: +1 212 963 83 02 ou 1 800 253 96 46, F: 1 212 963 3489, E: publications@un.org.

3. La "société transnationale" comprend l´entreprise mère et ses filiales étrangères : l´entreprise mère est définie comme l´entité qui détient les actifs d´une autre entité ou d´autres entités dans un pays ou des pays qui ne sont pas son pays d´origine, en général du fait qu´elle possède une part du capital social (une part de 10 % est considérée en règle générale comme une part de contrôle).





Pour plus d´informations, veuillez contacter:
Directeur, Karl P. Sauvant
Division de l’investissement de la technologie et du développement des entreprises
T: +41 22 907 5707
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E: karl.sauvant@unctad.org
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