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COMMUNIQUÉ DE PRESSE
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Contre les effets de l’exode des compétences des pays les plus pauvres
La CNUCED propose un mécanisme qui permettrait aux ressortissants travaillant à l’étranger de transférer des connaissances et d’investir dans leurs pays d’origine

EMBARGO
Le contenu de ce communiqué et du présent Rapport ne doit pas être cité ni résumé par la presse écrite, la radio, la télévision et les médias électroniques avant le 26 novembre 2012, 18:00

UNCTAD/PRESS/PR/2012/038
Genève, Suisse, (26 novembre 2012)
D’après un récent rapport de la CNUCED, les ressortissants instruits et hautement qualifiés des pays les plus pauvres, partis travailler à l’étranger, pourraient contrer les effets de l’«exode des compétences» dans leurs pays d’origine en contribuant au transfert de connaissances et en orientant l’investissement vers ces pays. La CNUCED  estime le nombre de ces émigrants à plus de deux millions.

Le Rapport 2012 sur les pays les moins avancés1: Mettre à profit les envois de fonds et les compétences des diasporas pour renforcer les capacités productives, est paru aujourd’hui.

Les statistiques relatives à l’«exode des compétences» des 48 pays les moins avancés (PMA) sont éloquentes: parmi les ressortissants de ces pays ayant reçu une formation universitaire, une personne sur cinq environ part travailler à l’étranger, contre une sur 25 dans les pays développés. Ce sont les PMA qui affichent le taux d’exode des compétences le plus élevé, avec 18,4 %, un taux bien supérieur aux 10 % observés dans les autres pays en développement. Six des 48 PMA comptent plus de ressortissants hautement qualifiés vivant à l’étranger que dans leur pays natal.

En 2000, les PMA comptaient 1,3 million d’émigrants, une augmentation de 58 % par rapport à 1990. Aujourd’hui, ce chiffre aurait dépassé les 2 millions. Au vu de ces statistiques les effets néfastes du phénomène pourraient l’emporter sur les avantages tirés de l’envoi de fonds − c’est-à-dire des milliards de dollars que ces travailleurs envoient chaque année à leur famille restée dans leur pays d’origine (voir UNCTAD/PRESS/PR/2012/37). L’exode des compétences tend en effet à renforcer les inégalités entre les pays en termes de personnel qualifié et à compromettre les perspectives de croissance économique à long terme des PMA.

Pour compenser ces effets négatifs, la CNUCED propose de créer un mécanisme international d’appui à travers lequel les expatriés hautement qualifiés des PMA pourraient contribuer au transfert des connaissances spécialisées et orienter l’investissement vers leur pays d’origine.

Le dispositif de transfert des connaissances proposé − dénommé «investissement dans le transfert des connaissances des diasporas» − est un instrument financier qui ciblerait les ressortissants des PMA vivant et travaillant à l’étranger. Il s'agit de mobiliser ceux  qui sont «disposés à investir dans la création et l’acquisition des connaissances dans leur pays d’origine». L'objectif étant de mettre en valeur les apports des membres de la diaspora dotés «de compétences hautement spécialisées pouvant contribuer au développement des entreprises et au renforcement des capacités productives2» de leurs pays d’origine, notamment dans les secteurs de moyenne et de haute technologie (par exemple, machines, technologies de l’information et de la communication et biotechnologies) et dans les secteurs à forte intensité de compétences (comme l’ingénierie et le conseil). Depuis des années, la CNUCED défend l’idée que l’amélioration des capacités productives des PMA est, pour ces pays et leur population, la clef pour parvenir à une croissance économique durable et sortir de la pauvreté.

Le mécanisme international d’appui qui est proposé dans le Rapport 2012 sur les pays les moins avancés vise à réduire les risques auxquels s’exposent généralement les diasporas qui décident d’investir dans leur pays d’origine. A travers ce mécanisme, elles pourraient par exemple bénéficier d'un accès préférentiel au financement de départ à des taux d’intérêt préférentiels. Les gouvernements pourraient également fournir des garanties d’emprunt en vue de ces investissements.

Le Rapport indique que des sources multiples de financement pourraient être nécessaires pour lever des fonds suffisants. Les émigrants qualifiés des PMA vivent en majorité dans des pays développés. Les fonds nécessaires à la mise en œuvre du dispositif pourraient être fournis par les pays développés et par les pays en mesure d’apporter leur contribution, ainsi que par les institutions financières internationales et régionales.

D’une manière générale, il est clair qu’un plan spécial s’impose pour inciter les membres qualifiés des diasporas des PMA à contribuer au renforcement du socle des connaissances et des capacités d’innovation de leurs pays d’origine. Le mécanisme proposé pourrait être administré par des banques de développement régionales − Banque africaine de développement, Banque asiatique de développement et Banque interaméricaine de développement − en collaboration étroite avec les banques nationales de développement. Pour la CNUCED, les modalités du dispositif devraient encore être précisées.

Plusieurs gouvernements de PMA ont tenté d’exploiter le potentiel de leurs diasporas au profit de leur pays, mais, pour l’heure, les résultats sont bien maigres. Le Rapport note la nécessité d’adopter de nouvelles politiques et stratégies industrielles, et de les élaborer en tenant compte des compétences et des capacités des émigrants. On pourrait aussi, par exemple, créer des réseaux efficaces de partage du savoir des diasporas.

La CNUCED recommande que les réseaux de partage du savoir des diasporas − ainsi que leurs associations professionnelles et leurs réseaux universitaires − deviennent des instruments de recherche qui mettent les personnes en relation avec les institutions compétentes, formant ainsi des réseaux d’échange de savoir qui pourraient être utilisés pour déterminer ce qu’un pays est capable de produire.

Pour renforcer le volet «partage du savoir» des projets d’investissement relevant du nouveau dispositif et répartir les avantages qui en découlent entre les acteurs nationaux, la constitution de coentreprises avec les entreprises locales serait encouragée. Le dispositif deviendrait alors un moteur de diffusion et de partage du savoir. Les partenaires nationaux, quant à eux, apporteraient à ces coentreprises leur connaissance de la situation locale, et leurs contacts établis à travers les réseaux commerciaux nationaux.

Le nombre de personnes ayant reçu une formation universitaire par rapport à la main-d’œuvre peu qualifiée est dix fois plus élevé dans les pays développés que dans les PMA. Dans les pays les plus pauvres, une personne sur 42 a bénéficié de l’enseignement supérieur. Cette inégalité restreint déjà les perspectives de développement des PMA et compromet sérieusement les efforts qu’ils déploient pour diversifier leurs activités économiques. Si les tendances actuelles en matière d’exode des compétences ne sont pas enrayées les PMA, au vu de leurs profondes contraintes structurelles, pourraient avoir du mal à maintenir leur taux de croissance au niveau élevé qu’il affiche aujourd’hui.

C’est dans les secteurs tels que la santé et l’éducation, et dans les secteurs à forte intensité de science et de technologie que l’exode des compétences est le plus important. Le phénomène pénalise gravement les pays les plus démunis car ce sont les personnes les plus aptes à contribuer à la croissance économique qui partent. Pour les auteurs du Rapport, cette question est d’autant plus préoccupante qu’aujourd’hui, avec la croissance de l’économie mondiale et la rapidité des progrès technologiques, les PMA se font distancer. Ils doivent absolument s’industrialiser, et le faire sans tarder. Ils doivent aussi suivre l’évolution des technologies et adopter celles qui contribuent à relever les niveaux de vie tout en protégeant l’environnement. Les effets néfastes des changements climatiques, par exemple, sont ressentis de manière disproportionnée dans les PMA. La CNUCED estime que pour les surmonter, les pays ont besoin des ressortissants qualifiés et instruits.

 

Rapport complet  - http://unctad.org/en/PublicationsLibrary/ldc2012_en.pdf (seulement en anglais)
Apperçu général - http://unctad.org/fr/PublicationsLibrary/ldc2012overview_fr.pdf


End Notes
  1. Le rapport (no de vente: E.12.II.D.18, ISBN-13: 978-92-1-1128611) peut être obtenu auprès du Bureau des ventes et de la commercialisation des publications des Nations Unies à l’adresse ci-dessous ou auprès des revendeurs des publications des Nations Unies dans le monde, au prix de 50 dollars des États-Unis (avec une réduction de 50 % pour les résidents des pays en développement, et de 75 % pour les résidents des pays les moins avancés). Les commandes ou les demandes de renseignements sont à adresser à: United Publications Sales and Marketing Office, 300 E 42nd Street, 9th Floor, IN-919J New York, NY 10017 (États-Unis d’Amérique), tél.: +1 212 963 8302, télécopie: +1 212 963 3489, courriel: publications@un.org, https://unp.un.org.
  2. L’expression «capacités productives» s’entend de la capacité d’un pays de produire de manière compétitive une gamme de biens et services plus large et d’une plus grande sophistication.


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