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COMMUNIQUÉ DE PRESSE
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La croissance tirée par les exportations des pays les plus pauvres dissimule une réelle vulnérabilité à l’heure où les perspectives mondiales se dégradent

UNCTAD/PRESS/PR/2008/012
17 July 2008

EMBARGO
Le contenu de ce communiqué et du Rapport 2008 ne doit pas être cité ni résumé par la presse écrite,
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avant le 17 juillet 2008, 17 heures TU
(13 heures à New York, 19 heures à Genève)

Le Rapport 2008 sur les pays les moins avancés met en garde contre l´accroissement de la dépendance à l´égard des produits de base. Il préconise d´élargir l´éventail pour y inclure des produits plus élaborés.

Genève, le 17 juillet 2008 - Les cinquante pays les plus pauvres ont vu la valeur de l´ensemble de leurs exportations augmenter de 80 % entre 2004 et 2006 et ont enregistré leur taux de croissance économique le plus élevé depuis trente ans, dépassant même l´objectif de 7 % que s´étaient fixé leurs gouvernements et leurs partenaires de développement. Mais leur dépendance accrue à l´égard des exportations de quelques produits peu élaborés - essentiellement pétrole, articles manufacturés à faible intensité technologique, minéraux, minerais, métaux et produits agricoles - les rend vulnérables en cas de retournement de la conjoncture, selon un nouveau rapport de la CNUCED.

Le Rapport 2008 sur les pays les moins avancés (1) met en garde contre un ralentissement de l´économie mondiale. S´il se poursuit, il peut affaiblir la demande de produits de base dont les PMA sont producteurs et déboucher sur une répétition des cycles d´expansion et de récession qui ont longtemps perturbé l´économie de ces pays.

Selon les économistes de la CNUCED, les PMA ont besoin de diversifier leur production et de la vendre sur les marchés mondiaux. Ils doivent développer l´activité manufacturière, mieux utiliser la science et la technologie, trouver des sources accrues d´investissement intérieur (au lieu de dépendre fortement de l´aide publique extérieure) et créer des emplois pour des populations de plus en plus urbanisées qui ne peuvent survivre grâce à l´agriculture.

La vulnérabilité des pays les plus pauvres transparaît dans les troubles sociaux liés à la crise alimentaire qui se sont déjà produits dans huit PMA. Le rapport souligne qu´un certain nombre de PMA dépendent des importations de denrées alimentaires.

La CNUCED constate que la forte croissance enregistrée pendant l´essor mondial des exportations qui a suivi de peu l´avènement du nouveau millénaire n´a pas entraîné de diversification économique ou de changement structurel dans les PMA. En fait, de 2004 à 2006, la part des matières premières dans les exportations de ces pays a augmenté, passant de 59 % à 77 %. La part des PMA dans les exportations mondiales d´articles manufacturés a stagné, atteignant le chiffre modeste de 0,2 %. L´évolution actuelle de la spécialisation des exportations peut accroître la vulnérabilité économique de ces pays et réduire leur résilience face aux chocs extérieurs.

Le rapport estime que la manière dont les PMA s´intègrent à l´économie mondiale est un élément important.

Les résultats d´ensemble des PMA masquent non seulement de grandes disparités entre les pays, mais aussi des tendances importantes:

  • Pendant la période 2005 2006, le produit intérieur brut (PIB) réel a progressé de moins de 3 % dans 11 PMA, a atteint entre 3 % et 6 % par an dans 20 autres PMA et a dépassé 6 % dans les 19 PMA restants;
  • La croissance des exportations a été particulièrement forte dans les PMA exportateurs de pétrole et de minéraux; ces exportations représentent 75 % des exportations totales des PMA;
  • Les disparités régionales relatives aux exportations se sont creusées entre les PMA africains, les PMA asiatiques et les PMA insulaires; les caractéristiques des exportations et de la croissance sont désormais très différentes;
  • Les PMA affichent une dépendance croissante à l´égard des sources extérieures de financement, en particulier de l´aide publique au développement (APD), et mobilisent moins leurs ressources intérieures (voir le communiqué de presse UNCTAD/PRESS/PR/2008/014);
  • L´augmentation des entrées d´investissements étrangers directs (IED) s´accompagne désormais d´une accélération du rapatriement des bénéfices; les espoirs de voir les entrées de capitaux privés et les IED remplacer les sources publiques de financement restent largement déçus;
  • La forte croissance enregistrée ne provient pas d´un processus de diversification et de changement structurel dans la plupart des PMA; ces pays sont donc de plus en plus vulnérables à l´égard de futurs chocs commerciaux.

D´après le rapport, sans un développement des capacités productives allant de pair avec la création d´emplois, l´essor des exportations des PMA et l´accroissement de l´investissement étranger n´aboutissent pas à un développement partagé et ne jettent pas non plus les bases d´une transformation économique. À moins que les PMA et leurs partenaires de développement redoublent d´efforts pour diversifier l´outil productif et remédier aux faiblesses structurelles liées à la pauvreté, la marginalisation de ces pays risque de s´aggraver. Les PMA ne peuvent réduire la pauvreté grâce à leurs exportations que s´ils exportent les bonnes catégories de produits. Malgré les exportations record enregistrées ces dernières années, ils restent en marge de l´économie mondiale - en 2006, la valeur globale de la part de leur production et de leurs exportations est restée inférieure à 1 % de la valeur de la production mondiale (0,5 %) et des exportations mondiales de marchandises (0,8 %).

La situation de ces pays est caractérisée par un déficit commercial persistant et par de graves difficultés de balance des paiements. Le déficit du commerce des marchandises des PMA importateurs de pétrole a augmenté pour atteindre 25 milliards de dollars É.-U. en 2005 contre 31 milliards en 2006. La majorité des PMA (42 sur 50) ont enregistré un déficit commercial en 2005-2006; ils étaient 37 sur 50 en 2003-2004.

La hausse des exportations des PMA exportateurs de pétrole (Angola, Guinée équatoriale, Soudan, Tchad, Timor-Leste et Yémen) et des exportateurs de minéraux (Zambie, République démocratique du Congo, Mozambique, Guinée, Mali et Mauritanie) explique à hauteur de 76 % l´augmentation totale des exportations de marchandises des PMA enregistrée en 2004-2006.

La plupart des PMA demeurent des pays agricoles. Il leur est très difficile de mobiliser des ressources intérieures ou d´assurer à leurs habitants des moyens de survie. De plus en plus de personnes cherchent du travail en dehors de l´agriculture, mais le rythme des créations d´emplois n´est pas assez rapide pour satisfaire une demande croissante. La crise alimentaire qui sévit dans de nombreux PMA est due en partie à un modèle de développement bancal.

Le rapport note que les PMA n´ont pas réduit leur forte dépendance à l´égard des sources extérieures de financement, en particulier de l´aide publique au développement. Ces pays continuent de disposer de ressources intérieures insuffisantes. Un certain nombre d´entre eux sont moins tributaires des financements extérieurs (leur taux de dépendance ? ratio total des flux nets/PIB ? est tombé de 11 % à 8 %), mais le sont encore beaucoup plus que d´autres pays en développement (3 % en 2006), surtout dans le cas des PMA africains et des PMA insulaires (11 %).

Les apports d´aide publique au développement sont la principale source de financement extérieure des PMA. Ces fonds sont surtout affectés à l´amélioration des services sociaux et de l´infrastructure sociale, notamment aux mécanismes de gouvernance, au lieu de contribuer à accroître les capacités productives et à promouvoir le changement structurel et la diversification économique.

Les envois de fonds des travailleurs expatriés augmentent aussi. Bien qu´ils jouent un rôle direct dans l´atténuation de la pauvreté pour ceux qui en bénéficient, leur contribution au développement comme moyen de financement des investissements reste à prouver. D´après le rapport, ils ne devraient pas être considérés comme se substituant aux entrées de capitaux à long terme.

L´évolution générale des investissements dans les PMA ne se prête toujours pas à la réalisation des objectifs arrêtés lors de la Troisième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés tenue à Bruxelles en 2001 ou des objectifs du Millénaire pour le développement définis par l´Organisation des Nations Unies, même si le montant des investissements s´est accru, surtout dans les PMA exportateurs de pétrole.

La grande illusion des dernières décennies a consisté à penser que l´investissement dans les secteurs productifs serait assuré par le secteur privé international grâce à un accès accru aux marchés internationaux de capitaux ou aux entrées d´IED. Mais l´IED s´est concentré dans quelques PMA et n´a pas contribué à nouer des liens forts avec le reste de l´économie. Il demeure essentiellement présent dans l´extraction de ressources naturelles, en particulier de pétrole et de minéraux.

Afin de renforcer leur résilience économique, les PMA doivent accroître leur productivité agricole et diversifier leur économie dans le but de créer des emplois non agricoles. Comme il est expliqué dans les éditions précédentes du Rapport sur les pays les moins avancés, cela passe par un nouveau modèle de développement axé sur le renforcement des capacités productives et une réorientation privilégiant "un rattrapage" de croissance par rapport à une croissance tirée par les prix des produits de base.

Le rapport note aussi que les problèmes liés à la dette persistent dans ces pays, surtout dans les 34 PMA qui n´ont bénéficié d´aucun allégement au titre de l´Initiative en faveur des pays pauvres très endettés ou de l´Initiative d´allégement de la dette multilatérale lancées en 2006. En revanche, les 16 PMA dont la dette a été définitivement allégée au titre de ces initiatives ont enregistré de bons résultats. Dans huit d´entre eux, le taux de croissance a dépassé 6 % en 2005-2006 (Éthiopie, Malawi, Mauritanie, Mozambique, Niger, Ouganda, Sierra Leone et Zambie) et il a atteint entre 3 et 6 % dans les huit autres.

Pour la CNUCED, le ralentissement de l´économie mondiale laisse entrevoir une nouvelle baisse de la demande. Ce qui risque d´avoir des conséquences néfastes pour les perspectives de croissance des PMA, lesquelles dépendent largement de la hausse des prix du pétrole, des minéraux et des matières premières en Afrique et de la demande accrue d´articles manufacturés peu spécialisés et à forte intensité de main-d´œuvre dans les PMA asiatiques. Face au ralentissement mondial, la plupart des PMA rencontreront de grandes difficultés dans la période à venir. Pour les surmonter, les PMA et leurs partenaires de développement devront redoubler d´efforts afin d´améliorer la base productive et de remédier aux faiblesses structurelles dans ces pays.

L´évolution récente de la pauvreté et les progrès réalisés en vue d´atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement dans les PMA sont examinés dans le communiqué de presse UNCTAD/PRESS/PR/2008/013.

A télécharger [PDF] : | Rapport [197 pages, 1679 KB] (disponible qu´en anglais) | Aperçu général [27 pages, 698 KB] |



Annotations

1.Le Rapport 2008 sur les pays les moins avancés: croissance, pauvreté et modalités du partenariat pour le développement (numéro de vente: F.08.II.D.20, ISBN 978-92-1-112751-5) peut être obtenu auprès des bureaux de vente des Nations Unies aux adresses indiquées ci-après ou auprès des revendeurs des publications des Nations Unies dans de nombreux pays. Le prix est de 35 dollars des États-Unis, mais un prix spécial de 14 dollars des États-Unis est appliqué dans les pays en développement et les pays en transition. Pour toute commande ou demande de renseignements pour l´Europe, l´Afrique et l´Asie occidentale, s´adresser à la Section des ventes et des publications de l´ONU, Palais des Nations, CH-1211 Genève 10 (Suisse), télécopieur: +41 22 917 0027, courriel; unpubli@un.org; pour les Amériques et l´Asie orientale, s´adresser à Publications des Nations Unies, Two UN Plaza, DC2 853, New York, NY 10017, États-Unis d´Amérique, téléphone: +1 212 963 8302 ou +1 800 253 9646, télécopieur: +1 212 963 3489, courriel: publication@un.org. Internet: http://www.un.org/publications.






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