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COMMUNIQUÉ DE PRESSE
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LA CNUCED PROPOSE UNE NOUVELLE APPROCHE POUR AMELIORER LES STRATEGIES DE REDUCTION DE LA PAUVRETE DANS LES PMA

TAD/INF/PR/46
18 June 2002

Lorsque l´extrême pauvreté est aussi omniprésente et persistante que dans la plupart des PMA, les stratégies de réduction de la pauvreté ne doivent pas cibler les 20 % d´habitants les plus pauvres, mais plutôt s´attacher, par le développement, à relever le niveau de vie de la majeure partie de la population.

C´est ce que préconise la CNUCED dans le Rapport sur les pays les moins avancés 2002 (1), qui paraît aujourd´hui. Les stratégies qui se bornent à prolonger les programmes d´ajustement d´hier n´engendreront pas une croissance économique suffisamment ample et soutenue pour y parvenir. Le Rapport propose donc une nouvelle approche pour améliorer ces stratégies. Il fixe pour objectif central le doublement, dès que possible, du niveau de vie moyen des ménages, via le renforcement des capacités productives et la création de moyens de subsistance.

Plus d´un milliard d´individus, dont au moins deux tiers de ceux vivant dans les 49 pays les moins avancés (PMA), participent actuellement à une expérience à très grande échelle : leur gouvernement rédige et met en application des documents de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), qui conditionnent l´octroi d´une aide et l´allègement de la dette. Les DSRP forment la pièce maîtresse de la coopération internationale pour le développement des pays à revenu faible. Cette approche a été introduite par le FMI et la Banque mondiale à la fin des années 90.

En élaborant un DSRP, les pouvoirs publics nationaux ramènent la lutte contre la pauvreté dans leur sphère de compétence et formulent leurs propres stratégies. Mais quelles sont les politiques qui marchent le mieux ? Des éléments de réponse manquent. En tout état de cause, les résultats de cette expérience seront essentiels pour la qualité de vie d´au moins un milliard de personnes, ainsi que pour la réalisation des objectifs mondiaux de réduction de la pauvreté définis par la communauté internationale.

La CNUCED estime que l´idée centrale de l´approche DSRP va dans le bon sens : la pauvreté sera combattue plus efficacement si les pays qui en souffrent conçoivent et déploient leurs propres mesures au lieu d´appliquer des politiques imposées par les donateurs. Elle approuve également le constat principal sur lequel repose l´évolution de la coopération internationale pour le développement, à savoir que les programmes d´ajustement structurel des années 80 et 90 n´ont pas suffi à faire reculer la pauvreté dans les pays pauvres. S´appuyant sur une nouvelle série d´estimations de la pauvreté (TAD/INF/CP44), le Rapport sur les pays les moins avancés, 2002 montre qu´en moyenne, l´incidence de l´extrême pauvreté n´a pas diminué dans les PMA qui ont engagé ces programmes, y compris dans le groupe des pays où ceux-ci ont été mis en œuvre correctement. Lorsque les capacités productives, les marchés et la catégorie d´entrepreneurs investissant dans la production sont sous-développés, les programmes d´ajustement structurel n´aboutissent pas à une croissance économique assez accélérée et soutenue pour faire régresser significativement la pauvreté.

L´expérience initiale menée avec les DSRP dans les PMA montre néanmoins que le potentiel d´innovation offert par cette nouvelle approche n´est actuellement pas exploité. A l´instar des anciens programmes d´ajustement, les DSRP les plus récents privilégient la stabilisation par rapport au développement à long terme, avec un plafonnement rigoureux du crédit et des politiques budgétaires restrictives. Ils continuent d´élargir et d´ancrer plus en profondeur les réformes structurelles d´hier, dans l´espoir que ces pays, où quatre personnes sur cinq vivent avec seulement 1 dollar par jour, se comporteront comme des marchés parfaitement concurrentiels, et que des activités économiques y naîtront automatiquement si l´Etat se désengage et si le marché " national " s´ouvre au reste du monde. Malgré son nouveau volet anti-pauvreté - avec des dépenses publiques mieux contrôlées et orientées sur la santé, l´éducation et les projets d´infrastructure locale - l´approche globale ne constitue donc toujours pas la meilleure solution pour combattre la pauvreté dans les PMA, estime le rapport de la CNUCED.

En effet, avec ces nouvelles stratégies, les pays risquent in fine de voir leur situation empirer : ils seront encore plus exposés à des marchés mondiaux fortement concurrentiels sans pouvoir développer plus facilement leurs capacités de production et d´offre nécessaires pour être dans la course. Parallèlement, leur dépendance envers l´aide augmentera à cause de l´assujettissement aux directives internationales en matière de prestations sociales.

Pour une appropriation véritable des projets et une autonomie d´action au niveau national

La CNUCED affirme que l´approche DSRP doit permettre de lutter plus efficacement qu´auparavant contre la pauvreté dans les PMA. Or, ce n´est pas le cas à l´heure actuelle, car les autorités nationales rechignent à aller au-delà de l´ajustement.

Ces pays sont confrontés à un dilemme : ils doivent faire valider leur DSRP par le FMI et la Banque mondiale pour bénéficier d´une aide à des conditions préférentielles et d´un allègement de leur dette. Ils savent par expérience que si les flux d´aide sont interrompus et que des retards surviennent dans le calendrier d´allègement de l´endettement, l´incidence de la pauvreté s´accroîtra immanquablement. L´adoption de programmes d´ajustement structurel accompagnés de politiques en faveur des pauvres minimise ce risque. Certes, ces programmes ne comportent pas de mesures aptes à encourager une croissance économique soutenue et donc à réduire la pauvreté, mais ne causeront ni les interruptions ni les retards dans la mise à disposition du financement extérieur qui, eux, auraient très certainement pour effet d´aggraver la pauvreté.

Pour tirer pleinement parti de l´approche DSRP, il faudra assouplir les conditions et en réduire le nombre. Les institutions financières internationales devront faire preuve d´une plus grande ouverture d´esprit à l´égard de stratégies différentes. Enfin, ces initiatives devront être résolument soutenues par les donateurs et l´assistance technique devra être renforcée pour que les PMA se familiarisent avec leurs droits et leurs obligations dans le cadre de l´OMC. Le Rapport préconise l´introduction d´indicateurs de suivi de l´aide fournie par les donateurs à chaque pays bénéficiaire, pour encourager et surveiller les progrès accomplis en direction d´une meilleure appropriation des projets ainsi que d´un partenariat resserré, et, par là-même, d´une aide plus efficace. Il est également essentiel de rétablir les capacités de base de l´Etat, en particulier dans des domaines tels que l´audit financier et la comptabilité, les prévisions économiques et la gestion de la dette.

Il existe une autre voie

L´appropriation véritable des projets et l´autonomie d´action à l´échelle nationale permettront d´élargir l´éventail des stratégies de réduction de la pauvreté. Cependant, une question fondamentale se pose : existe-t-il une autre voie crédible ?

Selon la CNUCED, la meilleure solution pour s´affranchir des programmes d´ajustement serait d´ancrer désormais les stratégies de réduction de la pauvreté dans les stratégies de développement à long terme. Cette dernière déterminerait les actions prioritaires à mener sous trois ans dans le cadre de l´approche DSRP, c´est-à-dire les mesures à prendre à court terme afin d´appuyer la réalisation de la stratégie d´ensemble. Il s´agit globalement de favoriser une croissance économique soutenue, afin de doubler le niveau de vie moyen des ménages, ce qui ferait nettement diminuer l´incidence de l´extrême pauvreté (TAD/INF/CP44). En combinant les bienfaits mutuels de la croissance de l´investissement et de celle des exportations pour développer les capacités productives et créer des moyens de subsistance, on pourrait parvenir à ce doublement de manière optimale.

La nouvelle approche que propose la CNUCED se fonde sur l´étude, d´une part, des politiques qui ont facilité une croissance économique soutenue et durable en Asie de l´Est et, d´autre part, sur la façon d´appliquer ces politiques en Afrique subsaharienne. Elle repose sur l´instauration d´une interaction dynamique entre investissement et exportations, via la création d´opportunités d´investissements rentables, qui réduiraient le risque et l´incertitude dans ce domaine tout en veillant à ce que des possibilités de financement soient accessibles aux entreprises pour accroître la production. Les éléments clés de cette approche sont des politiques davantage axées sur la croissance, des politiques de développement productif ciblées, des politiques d´aide à l´exportation et des politiques évitant toute marginalisation, à l´intérieur des PMA, à mesure que la croissance économique s´installe.

L´entreprise privée doit être le moteur principal de ces stratégies de réduction de la pauvreté orientées sur le développement. C´est toutefois à l´Etat qu´il revient de catalyser et d´orienter le processus de développement, par une bonne gouvernance des marchés, afin de mettre la recherche du profit au service du développement national et de la lutte contre la pauvreté.

L´instauration d´un Etat efficace, mais aussi d´une classe d´entrepreneurs locaux dynamiques, désireux d´utiliser leurs moyens pour investir dans leur pays au lieu de consommer des produits de luxe ou de placer des actifs à l´étranger, reste un enjeu institutionnel majeur.

Des politiques internationales propices sont indispensables

L´approche DSRP part de l´hypothèse implicite que les objectifs mondiaux de réduction de la pauvreté peuvent être atteints avec des politiques nationales de réduction de la pauvreté. En l´absence de telles politiques et d´un gouvernement responsable, il est certainement impossible de faire reculer la pauvreté dans les PMA. Cependant, indique la CNUCED, investir un Etat d´une responsabilité sans lui donner la liberté d´agir en toute indépendance ni les moyens de remplir les objectifs fixés n´aboutira à rien et finira par provoquer une crise de légitimité. Aussi bien conçues que puissent être les politiques nationales, dans la phase actuelle de mondialisation, elles seront dépourvues d´efficacité si l´environnement international n´est pas propice.

L´endettement extérieur et la dépendance à l´égard des produits de base forment deux éléments du piège international de la pauvreté. Outre une nouvelle politique internationale relative aux produits de base (TAD/INF/CP45), un mécanisme plus simple est nécessaire pour accentuer et accélérer l´allègement de la dette. Au titre de l´initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), l´allègement du service annuel de la dette, sur la période 2003-2005, pour les 20 PMA qui satisfont aux conditions ne représentera que 5,5 % de l´APD nette versée à ces pays en 2000. Les prévisions de sortie durable de l´endettement grâce à ce dispositif pèchent systématiquement par optimisme, car elles simplifient exagérément la problématique, affirme la CNUCED. A cause de la baisse des cours des produits de base, l´initiative renforcée PPTE est à présent sur la corde raide, et les nouveaux DSRP sont voués à l´échec si la dette et les arriérés continuent de s´accumuler.

Enfin, il est urgent d´accroître l´aide et d´améliorer son efficacité. Signe positif, la forte décrue des flux d´aide aux PMA, qui s´était amorcée au début des années 90, a cessé sur la période 1998-2000. Néanmoins, en valeur réelle par habitant, l´APD nette dispensée à ces pays en 2000 était inférieure de 49 % par rapport aux chiffres de 1990. Il faut que les pays et les donateurs examinent ensemble l´impact, sur le recul de la pauvreté, de l´assouplissement (à divers degrés) du cadre financier qui sert à l´élaboration des DSRP. Il est probable qu´avec la stratégie de réduction de la pauvreté prônée par la CNUCED, les secteurs productifs, notamment l´agriculture, et l´infrastructure économique, deux aspects relativement négligés suite au déclin de l´aide, bénéficieront d´une attention accrue. L´aide sera bien plus efficace si elle sert les priorités de l´Etat, si elle transite par les circuits officiels - sauf impératifs contraires - et si elle est accordée sur une base plus stable et à long terme.




Annotations

1. Rapport sur les pays les moins avancés 2002: échapper au piège de la pauvreté (numéro de vente: E.02.II.D.13, ISBN 92-1-112562-6) peut être obtenu au prix de 30 dollars (15 dollars pour les pays en développement et les pays en transition) auprès du Service des publications de l´ONU, Two UN Plaza, Bureau DC2-853, Dept. PRES, New York, NY 10017 (Etats-Unis), Tél: +1-800-253-9646 ou +1-212-963-8302, Fax: +1-212-963-3489, E-mail: publications@un.org; ou auprès de la Section de vente et commercialisation des publications, Palais des Nations, Bureau E-4, CH-1211 Genève 10 (Suisse), Tél: +41-22-917-2614, Fax: +41-22-917-0027, E-mail: unpubli@unog.ch; Internet: http://www.un.org.





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