unctad.org | LES EFFORTS MONDIAUX DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETE DOIVENT PRIVILEGIER LA RELATION ENTRE DEPENDANCE A L´EGARD DES PRODUITS DE BASE ET EXTREME PAUVRETE
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
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LES EFFORTS MONDIAUX DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETE DOIVENT PRIVILEGIER LA RELATION ENTRE DEPENDANCE A L´EGARD DES PRODUITS DE BASE ET EXTREME PAUVRETE

TAD/INF/PR/45
18 June 2002

C´est dans les pays les moins avancés (PMA) qui dépendent de l´exportation de produits primaires pour leur survie économique et leur développement que l´extrême pauvreté est la plus répandue. Tel est le constat que fait la CNUCED dans le Les Pays les Moins Avancés, Rapport 2002 (1), qui paraît aujourd´hui. Partant d´une nouvelle série d´estimations de la pauvreté (TAD/INF/PR44), la CNUCED montre que la proportion d´individus vivant avec moins de 1 dollar par jour dans les PMA exportateurs de produits primaires non pétroliers est passée de 63 % en 1981-1983 à 69 % en 1997-1999 (graphique 1 - voir annexe).

Sur les 49 PMA, 18 - qui représentent 42 % de la population totale de ce groupe - se sont diversifiés : à la fin des années 90, ils exportaient plus de biens manufacturés et/ou de services que de produits primaires. Les 31 autres restent concentrés sur les produits primaires, y compris le pétrole pour quatre d´entre eux : Angola, Guinée équatoriale, Yémen et (depuis 1999) Soudan.

Le Rapport note que la réussite économique et la réduction de la pauvreté dans les PMA dépendent largement du type d´exportation dans lequel ces pays se sont spécialisés. Ce sont les exportateurs de produits primaires qui sont les plus en marge du développement mondial (graphique 2 - voir annexe). Sur la période 1997-1999, ils regroupaient 79 % des habitants des PMA vivant avec moins de 1 dollar par jour. En 1999, le PIB moyen par habitant (corrigé du pouvoir d´achat) des PMA exportant des produits non pétroliers était plus faible qu´en 1970, à prix constants.

Ce lien entre extrême pauvreté et dépendance à l´égard des produits de base résulte de la conjugaison de facteurs nationaux et internationaux, qui forment un piège de la pauvreté, estiment les auteurs du rapport. Contrairement à une idée communément répandue, la persistance de la pauvreté dans les PMA n´est pas imputable à une libéralisation insuffisante des échanges, ni au manque d´intégration commerciale : de fait, sur la période 1997-1998, les exportations et importations de biens et de services sont entrées pour 43 % dans le PIB de ces pays, soit un pourcentage comparable à celui du monde industrialisé. Cette pauvreté s´explique davantage par le mode d´intégration commerciale, et, par le type de spécialisation à l´exportation.

Comment fonctionne le piège de la pauvreté ?

A l´échelle nationale, un revenu faible se traduit par une épargne faible, une épargne faible par un investissement faible et ce dernier par une productivité et un revenu faibles. Entre 1995 et 1999, les PMA ont affiché un revenu moyen par habitant de 0,72 dollar par jour et une consommation moyenne par habitant de 0,57 dollar par jour (en prix courants et aux taux de change officiels). Cela signifie qu´en moyenne, ils ne pouvaient consacrer que 0,15 dollar par jour et par personne à la formation de capital privé, à l´investissement public dans l´infrastructure et au fonctionnement des services publics essentiels, notamment la santé, l´éducation, l´administration et le maintien de l´ordre public.

Lorsque de nombreux individus dépendent de l´agriculture, la simple survie nécessite souvent de puiser dans le stock de capital naturel et environnemental. Dans bien des PMA, la forte croissance démographique, la dégradation de l´environnement et l´augmentation de la pauvreté se renforcent mutuellement. Là où l´extrême pauvreté est généralisée, l´Etat manque de moyens pour agir. De surcroît, les différends politiques et l´instabilité que la lutte pour la survie engendre peuvent aggraver la situation. Ce phénomène est particulièrement marqué dans les PMA qui exportent des produits du sous-sol : le pourcentage de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour y a grimpé en flèche, passant de 61 % en 1981-1983 à 82 % en 1997-1999. En partie en raison du gaspillage de ressources pourtant abondantes et de conflits armés qui ont pour enjeu le contrôle de l´exploitation de ces ressources.

Parmi les PMA exportateurs de produits de base non pétroliers, les relations commerciales et financières internationales, ainsi que la forme que revêt actuellement la mondialisation, ne font que resserrer le piège de la pauvreté, indique la CNUCED.

En théorie, l´accès à l´épargne, à la technologie et aux marchés extérieurs ainsi que les migrations internationales, pourraient aider les PMA à sortir du piège de la pauvreté. Or, en pratique, celui-ci se referme toujours davantage sur les PMA exportateurs de produits primaires, du fait de l´organisation des échanges et des flux financiers, affirme la CNUCED. Cette situation s´explique par plusieurs facteurs :

Echanges - Dans de nombreux PMA, la baisse des cours mondiaux de plusieurs produits de base empêche le commerce international de fonctionner comme un moteur de croissance et de réduction de la pauvreté. Fin 2001, les prix réels des produits primaires hors combustibles ne représentaient plus que la moitié de leur moyenne annuelle enregistrée sur la période 1979-1981. Les hausses substantielles des volumes exportés n´ont débouché ni sur une importante progression des recettes, ni sur un net renforcement du pouvoir d´achat à l´importation.

Endettement - La faiblesse de la croissance des exportations et les graves chocs extérieurs provoqués par la volatilité des cours des produits de base ont porté la dette extérieure à un niveau insupportable dans les pays qui exportent des produits de base non pétroliers. En 2000, seuls quatre des 27 PMA relevant de cette catégorie (Bhoutan, Erythrée, Iles Salomon et Ouganda) faisaient exception dans ce domaine, d´après les critères de l´initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE).

Aide - A mesure que s´accumule la dette, principalement due à des créanciers publics, l´aide est de plus en plus souvent affectée, implicitement ou explicitement, au remboursement de la dette publique. Dans ce système, l´aide peut de moins en moins permettre le développement, car elle va de plus en plus de pair avec l´endettement.

Les auteurs du Rapport sur les pays les moins avancés, 2002, avancent que les changements intervenus récemment dans la structure des marchés mondiaux des produits primaires perpétuent le cycle de la stagnation économique et de pauvreté généralisée. Ils se traduisent par des marges de commercialisation plus élevées et par une instabilité accrue des cours de ces produits. En outre, ils accroissent, pour les producteurs des PMA, le risque d´être exclu des marchés mondiaux. C´est le cas lorsque les acheteurs renforcent leurs critères en termes de volumes, de fiabilité et de qualité, et qu´il faut des investissements toujours plus importants pour satisfaire aux exigences et aux spécifications des consommateurs.

La polarisation croissante de l´économie mondiale exerce, elle aussi, une incidence négative sur les PMA. L´incapacité des pays en développement plus avancés à s´élever sur l´échelle technologique pour abandonner la production de produits simple, également exportés par les PMA, contribue à saturer les marchés des produits de base et à accentuer la vulnérabilité des PMA, qui ne sont pas nécessairement les plus compétitifs. La trajectoire de croissance des PMA exportateurs de biens manufacturés et de services est axée sur des produits qui nécessitent une main-d´œuvre peu qualifiée, qui n´ont guère de relations en amont au sein de l´économie nationale et n´offrent qu´une faible valeur ajoutée locale. A moyen terme, l´érosion des quotas spéciaux fixés par l´Arrangement multifibres constitue une grave menace pour les PMA exportateurs de vêtements et de textiles.

Quelles conséquences pour les politiques ?

Le problème principal pour les PMA consiste à trouver les moyens de se sortir du piège de la pauvreté et de tirer parti des vastes possibilités de réduction rapide de la pauvreté offertes par la croissance et le développement. Pour la CNUCED, des politiques nationales énergiques et cohérentes sont nécessaires pour renforcer les capacités d´exportation des PMA. Dans les années 90, les pays du groupe qui exportaient des produits de base ont fortement libéralisé leurs échanges. Bien souvent, ils sont allés plus loin dans cette direction que les PMA exportateurs de biens manufacturés ou de services. Et pourtant, ils continuent d´être tenus à l´écart des flux commerciaux mondiaux (graphique 3 - voir annexe).

Des politiques plus vigoureuses sont par conséquent nécessaires pour encourager les exportations. Il existe un large éventail de mesures qui ont fait la preuve de leur efficacité et qui, pour les PMA, restent compatibles avec les règles de l´OMC (réduction des droits de douane sur les importations d´intrants, détaxes, crédits préférentiels et assurance-crédit à l´exportation, information sur les marchés et subventions à l´infrastructure). Il convient d´introduire ces mécanismes dans les documents de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), dans le cadre d´un grand programme de développement national (TAD/INF/CP46).

Autre question stratégique importante : les PMA devraient-ils développer leurs exportations de biens manufacturés et de services à forte intensité de main-d´œuvre ? La CNUCED affirme qu´ils ne doivent pas négliger les opportunités que peut générer la production de produits primaires. Dépendance à l´égard des produits de base et pauvreté ne vont pas forcément de pair. Cependant, les pays qui exportent avec succès ces produits doivent leur réussite à l´investissement, à des gains de productivité et à l´amélioration de la qualité; objectifs difficiles à atteindre lorsque l´extrême pauvreté est généralisée. La productivité est faible dans les PMA tributaires des produits de base. Ce secteur, peu compétitif, se limite à quelques produits écoulés sur des marchés internationaux en déclin ou peu dynamiques. Tout le problème consiste à mieux valoriser ces exportations. Cet effort peut passer, si c´est économiquement souhaitable, par une diversification dans l´exportation de biens manufacturés à forte intensité de main-d´œuvre. Encourager des exportations de manière à exploiter dynamiquement l´évolution de l´avantage comparatif reste la politique la plus appropriée.

Le remplacement des importations joue un rôle tout aussi stratégique pour l´expansion des exportations. En Afrique comme en Asie, les secteurs d´exportation se sont développés dans un premier temps grâce à l´accroissement des ventes à l´échelle nationale, avant de partir à la conquête des marchés internationaux. Ce mécanisme d´apprentissage ne doit pas être ignoré. On peut également penser que la croissance des exportations permettra de réduire davantage la pauvreté si les fournisseurs locaux mettent différents types d´intrants à la disposition des exportateurs. En outre, les pouvoirs publics doivent être attentifs aux répercussions de l´essor des exportations sur la sécurité alimentaire.

En raison de l´imbrication complexe des facteurs nationaux et internationaux qui forment le piège de la pauvreté, des politiques internationales sont également indispensables pour combattre efficacement la pauvreté dans les PMA. L´identification de la relation entre dépendance envers les produits de base et extrême pauvreté met au jour deux grandes lacunes dans la stratégie internationale actuelle. Il s´agit, d´une part, de l´absence de politique internationale pour les produits et, d´autre part, de l´attention insuffisante portée à la coopération Sud-Sud et aux conséquences néfastes, pour les PMA, de la polarisation de l´économie mondiale.

Il convient donc de repenser la politique internationale en matière de produits de base, dans l´optique d´une diminution de la pauvreté. Il faut pour cela:

  • Adopter des mesures qui atténuent les conséquences de la volatilité excessive des cours, en modifiant les financements compensatoires afin de gérer les chocs, en brisant le lien entre les fluctuations des cours des produits de base et l´endettement persistant, par exemple via l´établissement d´une relation entre les cours mondiaux et les programmes de remboursement, et en accroissant l´importance économique des instruments de gestion du risque dans les PMA, grâce à de nouvelles institutions et structures.
  • Enrayer la baisse tendancielle des cours mondiaux des produits de base, ce qui passe par : des consultations régulières entre les organisations internationales, les organismes internationaux chargés des produits et les autorités nationales, afin de favoriser les formes de production permettant s´échapper aux marchés encombrés ; un soutien aux producteurs ayant des coûts élevés, pour qu´ils surmontent les obstacles à la sortie du marché qui peuvent les empêcher de réagir à la baisse des prix ; des mécanismes volontaires de gestion de l´offre ; l´application des principes du commerce équitable ; par l´encouragement de la consommation; et l´analyse de l´incidence des subventions versées aux agriculteurs de la zone OCDE sur l´extrême pauvreté. En 2000, le soutien aux agriculteurs des pays de l´OCDE a représenté au total 327 milliards de dollars, soit 26 fois plus que l´aide publique au développement (APD) consacrée par l´ensemble des donateurs aux PMA (12,5 milliards de dollars).
  • Accroître l´aide technique, financière et managériale aux PMA, de façon à mieux tirer parti des produits de base de ces pays. L´amélioration de l´accès aux marchés n´a pas d´intérêt réel si les PMA ne peuvent produire dans les secteurs où ils bénéficient d´un traitement préférentiel, ou s´ils ne disposent pas des compétences en marketing, des informations et des contacts nécessaires pour pénétrer sur les marchés. Le Cadre intégré est ici un important facteur d´amélioration de la capacité d´offre. Il est essentiel qu´il serve rapidement à la mise en œuvre de projets concrets de renforcement des capacités et engendre des bienfaits tangibles pour les PMA. Il faut également combler le fossé entre les activités relevant du Cadre intégré et l´assistance technique aux pays tributaires des produits de base.

S´agissant de la nécessité d´améliorer la coopération Sud-Sud, il convient de stimuler la dynamique régionale en matière de commerce et d´investissement, via l´assistance technique et la diffusion des meilleures pratiques, ainsi que par une approche régionale du financement de l´infrastructure de transport et de la gestion des systèmes de transit. Ce dernier aspect est particulièrement important pour l´expansion des exportations des 16 PMA enclavés.

Pour la CNUCED, la coopération Sud-Sud doit compléter, et non remplacer, la coopération Nord-Sud. Les PMA auront des difficultés à se développer si les pays en développement plus avancés sont eux-mêmes bloqués dans leur progression. Dans le cadre des dispositifs internationaux actuels, les avantages des mesures d´intégration active élaborées pour les PMA sont sapés par des conditions censées être égales pour tous les autres pays, mais qui défavorisent en fait ceux en développement. Les relations entre les PMA et les pays en développement plus avancés reposent donc davantage sur la concurrence que sur la complémentarité.

Le défi consiste à structurer les relations de ces deux groupes avec le monde développé d´une manière qui permette aussi de créer des synergies complémentaires entre les pays en développement plus avancés et les PMA. Tous les pays peuvent y gagner. Pour mettre un terme à la marginalisation socioéconomique et à l´extrême pauvreté des PMA, il faudra non seulement un traitement différencié pour ces derniers, mais également des mesures pour atténuer la polarisation de l´économie mondiale et faciliter l´émergence d´une " classe moyenne " d´Etats pouvant servir de pôles de croissance régionale.




Annotations

1. Rapport sur les pays les moins avancés 2002 : échapper au piège de la pauvreté (numéro de vente: E.02.II.D.13, ISBN 92-1-112562-6) peut être obtenu au prix de 30 dollars (15 dollars pour les pays en développement et les pays en transition) auprès du Service des publications de l´ONU, Two UN Plaza, Bureau DC2-853, Dept. PRES, New York, NY 10017 (États-Unis), Tél: +1-800-253-9646 ou +1-212-963-8302, Fax:+1-212-963-3489, E-mail: publications@un.org; ou auprès de la Section de vente et commercialisation des publications, Palais des Nations, Bureau E-4, CH-1211 Genève 10 (Suisse), Tél: +41-22-917-2614, Fax:+41-22-917-0027, E-mail: unpubli@unog.ch; Internet: www.un.org.





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