unctad.org | L´EXTRÊME PAUVRETÉ VA S´AGGRAVER DANS LES PAYS LES MOINS AVANCES SI LES TENDANCES ACTUELLES SE POURSUIVENT
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
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L´EXTRÊME PAUVRETÉ VA S´AGGRAVER DANS LES PAYS LES MOINS AVANCES SI LES TENDANCES ACTUELLES SE POURSUIVENT
mais elle peut être résorbée grâce à un doublement du revenu moyen des ménages

TAD/INF/PR/44
18 June 2002

D´ici 2015, 420 millions de personnes au moins vivront avec moins de 1 dollar par jour dans les pays les moins avancés (PMA) si les tendances économiques actuelles se poursuivent préviennent les auteurs du Rapport sur les pays les moins avancés 2002 (1), qui paraît aujourd´hui.

Dans ce document, où est analysée pour la première fois la pauvreté dans l´ensemble des PMA, la CNUCED présente une nouvelle série d´estimations montrant que l´extrême pauvreté, définie par un seuil international de pauvreté de 1 dollar par jour, a doublé dans ces pays au cours des 30 dernières années pour toucher 307 millions de personnes. Elle pourrait toutefois être réduite beaucoup plus rapidement que ce que l´on imagine si on doublait le revenu moyen des ménages.

La croissance économique pourrait entraîner une réduction de la pauvreté dans les PMA où la majorité de la population a des revenus à peine suffisants ou insuffisants pour satisfaire ses besoins élémentaires. Si la consommation privée par habitant en valeur réelle dans un pays doublait, c´est-à-dire passait de 400 dollars à 800 dollars par an, la proportion de la population vivant avec moins de 1 dollar par jour passerait de 65 % à moins de 20 % (voir graphique).

La relation entre la hausse de la consommation et la diminution de la pauvreté, en fonction des seuils de 1 et 2 dollars par jour, constitue une découverte importante. Le lien entre la diminution de l´extrême pauvreté et l´augmentation de la consommation moyenne dans les PMA ne transparaît pas dans les statistiques internationales sur la pauvreté en raison des estimations contradictoires de la consommation privée selon la comptabilité nationale ou d´après les enquêtes auprès des ménages. Ces discordances ont distraits l´attention des conseillers en matière de stratégie de réduction de la pauvreté. Ils se sont focalisés sur les écarts apparemment importants de l´incidence de la pauvreté dans des pays ayant un PIB comparable d´après les estimations actuellement utilisées. A travers les nouvelles estimations de la pauvreté, fondées sur la comptabilité nationale (voir encadré), la relation entre la croissance et la pauvreté peut être définie plus précisément.

Une augmentation du PIB par habitant ne révèle pas forcément une augmentation de la consommation privée par habitant. Par exemple, lorsque la croissance provient d´un essor des exportations de minéraux ou de produits pétroliers sans lien avec l´économie nationale, la hausse du PIB par habitant ne se traduit pas souvent par une réduction de la pauvreté. Même si, en général, les inégalités s´accroissent dans les premiers stades du développement, les courbes de la pauvreté montrent que le type de croissance économique nationale qui contribue à augmenter le niveau de vie moyen des ménages entraîne une réduction notable de la pauvreté.

Les nouvelles estimations de la pauvreté effectuées par la CNUCED sont très différentes des estimations internationales actuellement utilisées: elles sont fondées sur la comptabilité nationale, au lieu d´être établies d´après des enquêtes sur les revenus et la consommation des ménages. Elles montrent que la gravité de la pauvreté dans les PMA, en particulier en Afrique, a été sous-estimée, et que l´incidence de l´extrême pauvreté est généralement plus faible dans les autres pays en développement. Elles ont aussi permis à la CNUCED d´établir un lien clair entre l´extrême pauvreté et la dépendance à l´égard des produits de base, et de proposer un nouveau type de stratégie de réduction de la pauvreté (voir TAD/INF/PR45 et 46).

D´après ces nouvelles estimations, l´extrême pauvreté se concentre dans les PMA. Ce qui ne veut pas dire que ce problème n´existe pas dans d´autres pays en développement. Dans ces pays, une forte proportion de la population vit avec moins de 2 , 3 ou 4 dollars par jour. L´incidence de la pauvreté demeure élevée dans l´ensemble des pays en développement, même dans ceux où le niveau de vie progresse, cette évolution ne s´accompagne pas toujours d´une amélioration de la situation sociale. Ainsi, de nombreux pauvres possèdent une télévision, mais vivent encore dans des bidonvilles où la violence est endémique et n´ont guère accès aux services essentiels - eau potable, assainissement, santé et éducation.

Selon les nouvelles estimations de la CNUCED, les quatre cinquièmes de la population des PMA vivaient avec moins de 2 dollars par jour en 1995-1999, et leur consommation privée moyenne dépassait à peine le seuil de 1 dollar par jour (soit 1,03 dollar par jour).

  • La pauvreté est particulièrement grave dans les PMA africains, qui représentent 34 des 49 pays appartenant à cette catégorie. La proportion de la population vivant avec moins de 1 dollar par jour est passée de 56 % dans la seconde moitié des années 70 à 65 % dans la seconde moitié des années 90. La consommation moyenne de ces personnes est passée de 66 cents à 59 cents par jour pendant la même période.
  • Pendant la deuxième moitié des années 90, près des neuf dixièmes de la population des PMA africains vivaient avec moins de 2 dollars par jour. Leur consommation moyenne n´était que de 86 cents par jour, contre 41 dollars aux États-Unis.
  • Les PMA asiatiques ont eu de meilleurs résultats. Entre la deuxième moitié des années 70 et la deuxième moitié des années 90, la proportion de la population vivant avec moins de 1 dollar par jour est passée de 36 % à 23 %. Leur consommation moyenne est passée de 85 cents à 90 cents par jour.
  • Dans la deuxième moitié des années 90, les deux tiers de la population des PMA asiatiques vivaient avec moins de 2 dollars par jour. Leur consommation moyenne s´établissait à 1,42 dollar par jour.

Les nouvelles estimations de la pauvreté mettent en lumière le chemin à parcourir pour diviser par deux l´incidence de l´extrême pauvreté entre 1990 et 2015, conformément à l´objectif de développement que s´est fixée la communauté internationale. Quelles que soient les estimations de la pauvreté utilisées, les PMA ne sont pas prêts d´atteindre cet objectif, contrairement à d´autres pays en développement. La tâche est particulièrement difficile pour ceux qui sont fortement tributaires des exportations de produits de base. Ces nouvelles estimations montrent aussi que la pauvreté peut être réduite, à condition que soient mises en œuvre de meilleures politiques nationales et internationales. Si les tendances actuelles se poursuivent, la CNUCED prévoit que le nombre de personnes extrêmement pauvres augmentera de 113 millions dans les PMA d´ici 2015. Pourtant s´ils pouvaient enregistrer une croissance économique réelle de 7 % (objectif inscrit dans le Programme d´action adopté par la Troisième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés, (Bruxelles, 2001), et si la consommation privée augmentait dans les mêmes proportions, le nombre de personnes touchées par l´extrêm pauvreté pourrait diminuer de 89 millions, ce qui permettrait d´atteindre l´objectif international de réduction de la pauvreté.

  • Les courbes de la pauvreté montrent que la proportion de la population d´un pays vivant avec moins de 1 ou 2 dollars par jour diminue généralement lorsque la consommation privée annuelle moyenne par habitant augmente.
  • Si la consommation privée réelle par habitant dans un pays passe de 400 dollars à 800 dollars par an, la proportion de la population vivant avec moins de 2 dollars par jour passera normalement de 90 % à 60 % environ. Parallèlement, la proportion de la population vivant avec moins de 1 dollar par jour passera de 65 % à moins de 20 %.
  • Toute progression de la consommation privée moyenne par habitant au-delà de 1 000 dollars n´a plus que des effets minimes sur l´extrême pauvreté et il devient alors nécessaire de mettre en œuvre des programmes spécialement destinés aux personnes extrêmement pauvres.
  • Les courbes de la pauvreté sont établies d´après les données relatives à un échantillon de PMA et de pays à faible revenu d´Afrique et d´Asie. Les estimations de la pauvreté et de la consommation privée sont établies en dollars constants de 1985 ajustés en fonction des parités de pouvoir d´achat (PPA) afin de tenir compte des différences de coût de la vie entre les pays.

Explications techniques sur les nouvelles estimations de la pauvreté (encadré)

Les estimations sur lesquelles sont fondées les courbes de la pauvreté (voir graphique) sont établies d´après la comptabilité nationale. Elles diffèrent des statistiques internationales de la pauvreté actuellement utilisées, qui reposent sur des estimations des revenus et de la consommation des ménages réalisées à partir des réponses données par un échantillon représentatif de la population. Peu d´enquêtes ont été menées dans les PMA pendant une période suffisamment longue pour permettre des comparaisons internationales pertinentes concernant l´évolution de la pauvreté.

Par contre, les estimations établies d´après la comptabilité nationale sont tirées des données économiques sur la consommation privée annuelle nationale que presque tous les pays recueillent. La méthode de calcul est la même que dans le cas des estimations reposant sur des données d´enquêtes auprès des ménages. Toutefois, les estimations reposant sur des années d´enquêtes auprès des ménages sont établies au moyen de la consommation moyenne des ménages interrogés et de la répartition de la consommation entre les ménages, alors que les estimations d´après la comptabilité nationale sont établies au moyen de la consommation privée moyenne par habitant telle qu´elle ressort de la comptabilité nationale et de la répartition de la consommation fondée sur les enquêtes auprès des ménages.

Les discordances entre ces deux estimations de la pauvreté s´expliquent par les différences entre les estimations de la consommation privée, fondées sur la comptabilité nationale et celles reposant sur les enquêtes auprès des ménages. Les secondes sont plus élevées que les premières dans les pays les plus pauvres, ce qui laisse penser que l´incidence de la pauvreté y est plus faible.

Les estimations de la pauvreté fondées sur la comptabilité nationale sont davantage corrélées avec certains indicateurs non monétaires de la pauvreté que les estimations reposant sur des données d´enquête auprès des ménages, et permettent plus facilement d´effectuer des comparaisons internationales. C´est pourquoi elles sont au moins aussi plausibles que les estimations internationales de la pauvreté actuellement utilisées, selon la CNUCED.

Dans les courbes de la pauvreté, illustrées dans le Rapport sur les pays les moins avancés, 2002, l´incidence de la pauvreté varie de manière si prévisible en fonction de la consommation que le niveau escompté de la pauvreté peut être estimé avec précision à partir des données de la comptabilité nationale, ce qui est particulièrement utile pour les pays et les années pour lesquels il n´existe pas d´enquêtes auprès des ménages. Cette méthode est utilisée pour calculer dans un plus grand nombre de pays le niveau de la pauvreté, afin d´obtenir des estimations remontant à 1965 et des projections allant jusqu´en 2015, date choisie pour la réalisation des objectifs internationaux de développement.




Annotations

1. Rapport sur les pays les moins avancés 2002: échapper au piège de la pauvreté (numéro de vente: E.02.II.D.13, ISBN 92-1-112562-6) peut être obtenu au prix de 30 dollars (15 dollars pour les pays en développement et les pays en transition) auprès du Service des publications de l´ONU, Two UN Plaza, Bureau DC2-853, Dept. PRES, New York, NY 10017 (Etats-Unis), Tél: +1-800-253-9646 ou +1-212-963-8302, Fax:+1-212-963-3489, E-mail: publications@un.org; ou auprès de la Section de vente et commercialisation des publications, Palais des Nations, Bureau E-4, CH-1211 Genève 10 (Suisse), Tél: +41-22-917-2614, Fax: +41-22-917-0027, E-mail: unpubli@unog.ch; Internet: www.un.org.





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