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COMMUNIQUÉ DE PRESSE
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DE LA VENTE DE MOUTONS A LA TRANSCRIPTION DE BANDES AUDIO
Le rapport de la CNUCED prévoit un avenir radieux au commerce électronique

TAD/INF/PR/35
20 November 2001

"De très gros moutons" - "Un mouton de 35 kg (garantis) pour régaler votre famille ($ 97)"- promet le site web EthioGift.com, qui présente la photographie (en gros plan) d´un magnifique ovin brun et blanc. EthioGift, "Votre service cadeaux en ligne pour l´Ethiopie" est un modèle du genre : une société de commerce électronique installée dans un pays en développement et qui remporte un franc succès auprès d´une clientèle vivant dans le monde industrialisé. Comme d´autres start-ups dynamiques, elle mise sur l´essor spectaculaire du commerce électronique pour tirer profit d´opportunités qui contribuent parallèlement au développement national. Tel est le constat du Rapport sur le commerce électronique et le développement 2001 (1), publié aujourd´hui par la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).

Depuis Addis Abeba, EthioGift propose de livrer sous 48 heures des moutons, des gâteaux, des fleurs et des spiritueux dans toute l´Ethiopie. Les paiements par carte sont gérés par un serveur SSL canadien, qui assure l´authentification, la confidentialité et l´intégrité des données échangées. Le site Ethiogift, qui cible la vaste et riche diaspora éthiopienne installée en Europe et aux Etats-Unis, a été créé par un Ethiopien titulaire d´un doctorat en informatique. L´an dernier, il a réalisé un chiffre d´affaires de 50 000 dollars.

Il se peut que nombre de ces opportunités, et d´autres - notamment dans le tourisme, la vente en ligne de produits de base et les téléservices - en restent là. En effet, les pays en développement n´ont guère les moyens de sécuriser les paiements en ligne et manquent de services connexes appropriés, tels que des informations sur les assurances, les transports et les entreprises. Cependant, Internet peut les aider à surmonter certaines de ces difficultés en leur permettant d´accéder à de nouveaux fournisseurs plus performants et d´améliorer leur compétitivité. Il est tout particulièrement utile aux petites entités, car il tend à réduire la taille des entreprises tout en abaissant les coûts fixes, indique le Rapport.

En facilitant la communication, Internet ouvre aussi des perspectives pour la sous-traitance de certaines activités aux pays en développement. La multiplication des cybercafés et des téléphones portables dans des régions du monde en développement où il n´existe ni un réseau téléphonique fixe ni même une alimentation électrique constante souligne le rôle considérable que le commerce électronique peut jouer en tant que moteur du développement. Et ses avantages vont bien au-delà des profits immédiats engrangés par les entrepreneurs locaux : ils laissent espérer des améliorations, à plus grande échelle et à plus long terme, de l´éducation, de la santé et de l´emploi dans les pays pauvres.

Les téléservices : un vaste potentiel pour les PMA

Au Bangladesh, l´un des 49 pays les moins avancés (PMA), Technosoft Transcription transcrit des dossiers audio de patients pour le compte de médecins exerçant aux Etats-Unis. Fondée il y a deux ans, cette société emploie 21 personnes qui connaissent la terminologie médicale, l´informatique et la saisie de données, et qui sont au fait de la culture et des pratiques américaines. Pour obtenir des contrats, elle fait appel à une société de marketing basée aux Etats-Unis et est actuellement la seule, au Bangladesh, à traiter directement avec une clientèle américaine. D´autres sont des sous-traitants pour l´Inde. Les clients envoient leurs fichiers audio, qui contiennent les informations sur les patients, dictées par les médecins, à un serveur implanté aux Etats-Unis. Technosoft télécharge ensuite ces fichiers, qu´elle s´engage à traiter sous 24 heures. Elle table sur un chiffre d´affaires de 200 000 dollars cette année. On estime que le Bangladesh pourrait retirer plus de 300 millions de dollars par an de ce secteur.

Au Ghana, un prestataire de téléservices hors ligne vient de décrocher un contrat pour traiter les demandes d´indemnisation adressées à un assureur américain. Ce contrat lui permettra de créer, à terme, 4 000 emplois. Au Togo, l´emplacement physique d´une entreprise proposant des téléservices"en ligne ou hors ligne"n´est plus aujourd´hui un obstacle : les 60 salariés permanents du Café Informatique procèdent au télémarketing, à l´élimination des erreurs dans les données et à des traductions pour des clients situés à des milliers de kilomètres, par exemple à Genève.

D´après le Rapport, les téléservices hors ligne - transcription, saisie de données, conception de logiciels, maintenance des serveurs d´accès à distance, création de sites web ou de bases de données, numérisation d´archives (projets, par exemple), traduction et mise en page - offrent des possibilités"illimitées"aux entreprises des PMA. Cette situation tient principalement aux énormes écarts de salaires entre les PMA (20 dollars par mois, mais autour de 500 dollars pour les individus très qualifiés) et les pays développés (de 2 000 à 10 000 dollars par mois pour des activités analogues). De plus, les téléservices hors ligne sont bien adaptés au contexte des PMA, où une offre en ligne pourrait poser problème en raison du manque de fiabilité de l´infrastructure de télécommunications et des restrictions imposés par la réglementation, note le Rapport. En outre, la CNUCED présente les résultats d´une enquête qu´elle a menée dans 10 PMA, auprès de 16 entreprises pratiquant déjà le commerce électronique, et définit les secteurs dans lesquels celui-ci pourrait créer de nouvelles opportunités. Parmi les opportunités les plus importantes, on peut mentionner la possibilité de se diversifier dans des activités faisant peu appel aux transports. Pour de nombreux PMA et pays enclavés, les frais de transport peuvent représenter jusqu´à 40 % de l´ensemble des coûts d´exportation. Grâce au commerce électronique, la distance perd de son importance sur le plan économique.

Les auteurs du Rapport estiment que le commerce électronique inter-entreprises (B2B) jouera un rôle clé dans les pays en développement. A ce jour, ces pays représentent une part infirme de ces transactions, mais un potentiel s´offre à eux dans les secteurs où ils sont déjà bien présents, par exemple les voyages/le tourisme, et la commercialisation de produits primaires. Dans les années à venir, plus de 80 pour cent de ces transactions s´effectueront entre entreprises, et ce pourcentage sera encore plus élevé dans les PMA - notamment dans le cas d´activités internationales, car il est peu probable que le commerce B2B local atteigne un niveau significatif dans les PMA eux-mêmes.

Bien entendu, il existe d´autres obstacles à surmonter, dont certains n´ont rien à voir avec le sous-développement de l´infrastructure, ou avec les compétences en informatique, la législation, les mécanismes de paiement et les moyens financiers. Comme expliqué dans le Rapport, "le problème le plus difficile à résoudre par les entreprises des PMA qui se lancent dans le commerce électronique n´est pas d´ordre technologique, mais tient à la nécessité de modifier leur culture et leurs pratiques commerciales". De fait, étant donné que, dans l´économie numérique, l´information circule plus rapidement et dans des directions plus nombreuses, la prise de décision est moins centralisée, et les opérateurs doivent être capables d´exécuter des tâches plus diverses (il faut également qu´ils se sentent habilités à le faire). "C´est un grand défi pour beaucoup de pays en développement et d´économies en transition, où les notions traditionnelles d´autorité et de hiérarchie sont parfois plus profondément enracinées qu´ailleurs [...]. Pour être compétitif dans la sphère numérique, il faut une main-d´œuvre sachant s´adapter au changement au lieu de le subir".

La promesse du tourisme électronique

Quoi qu´il en soit, dans le monde en développement, cela fait longtemps que la main-d´œuvre a commencé à acquérir un avantage concurrentiel dans un segment du commerce électronique : les voyages touristiques qui, au niveau du point de vente, ne constituent guère plus qu´un simple produit d´information. Le tourisme et la forme qu´il prend sur Internet, souvent appelée"tourisme électronique", est en effet l´un des marchés les plus porteurs du commerce électronique. L´année dernière, les réservations de voyages en ligne, aux Etats-Unis et en Europe, ont quasiment doublé pour s´établir à 15,5 milliards de dollars, et surpassent à présent les achats de logiciels ou de matériel informatique sur Internet, qui occupaient jusqu´alors la première place dans le commerce de détail en ligne. Sur les 64 milliards de dollars de ventes réalisées en 1999 dans les pays développés via le commerce électronique, les réservations de voyages, de transports et d´hôtels, pris dans leur ensemble, ont constitué la catégorie la plus importante (38,5%).

Le tourisme et le tourisme électronique comptent également beaucoup pour les pays en développement, car ils génèrent des emplois et des entrées de devises. Selon les estimations de la CNUCED, dans ces pays, le tourisme représente au moins la moitié des activités de commerce électronique, dont il constitue la branche la plus importante. Les pays en développement détiennent déjà une place croissante du marché international du tourisme, et ont enregistré 29 pour cent de l´ensemble des recettes internationales liées au tourisme en 1999. Cependant, avec 3 pour cent, leur part du marché en ligne, qui inclut les voyages intérieurs et à l´étranger, est nettement inférieure. Elle est comprise entre 0,4 et 0,5 milliard de dollars, toujours selon la CNUCED. La part de marché des pays en développement pèse potentiellement 5 milliards de dollars, mais leur capacité actuelle à réaliser plus de 10 pour cent de ce chiffre est limitée, essentiellement en raison de la pénurie d´ordinateurs et de la pénétration insuffisante d´Internet et du matériel de paiement par carte de crédit. On ne compte plus les entreprises du monde en développement qui ont ouvert des bureaux dans des pays développés ou ayant une législation plus tolérante. Elles effectuent ainsi des transactions flirtant avec les limites de la légalité, pour pouvoir accepter des données de règlement par carte transmises à distance à partir d´une page web, lorsque les banques de leur pays ne peuvent pas leur fournir un compte adéquat. Ces sociétés de tourisme contournent ainsi le système financier local et font obstacle à l´entrée de recettes et de devises dans l´économie locale.

Mais le fait que la majeure partie des consommateurs de produits touristiques se trouvent dans des pays développés dotés d´une infrastructure financière, informatique et de télécommunications moderne atténue les obstacles auxquels se heurtent les destinations touristiques du monde en développement lorsqu´il s´agit d´effectuer des réservations en ligne.

Les organisations de promotion des destinations - qui sont souvent des partenariats entre divers prestataires (compagnies aériennes, hôtels, attractions, tour opérateurs) ainsi que les offices du tourisme publics - occupent une place croissante dans le secteur mondial du tourisme, en ligne et traditionnel. Elles aident ainsi les destinations à promouvoir leurs produits, qui revêtent dans un premier temps la forme de simples informations, et à étoffer leur présence sur le marché ainsi que leur clientèle. Elles peuvent jouer un rôle déterminant dans le succès des initiatives de tourisme électronique dans les pays en développement, permettant au secteur du tourisme de contourner les intermédiaires tels que les grossistes et les distributeurs, et de proposer leurs services sur Internet. Elles peuvent même devenir des portails nationaux à l´intention des touristes potentiels. Ces portails devront alors indiquer des liens et donner des informations, et aussi répondre aux besoins de transactions en ligne des consommateurs des pays développés, ce qui suppose des partenariats inter-entreprises (B2B) étendus.

Asiatravelmart.com et Lakbay.Net constituent deux exemples d´initiatives de tourisme électronique qui ont su exploiter avec succès ces partenariats dans le monde en développement.

Asiatravelmart.com, qui se présente comme le "numéro un de la vente en ligne de voyages en Asie", exerce une double fonction : il exploite un système de réservation sur Internet et fait office de chambre de compensation pour les règlements sécurisés du commerce électronique, en collectant les paiements auprès des acheteurs pour le compte des fournisseurs. Dans le monde entier, les particuliers et les entreprises peuvent interagir avec 43 000 prestataires et agents de voyages de 200 pays, qui leur proposent 110 000 produits sans passer par des intermédiaires.

Kalakbayan Travel Systems Inc. a créé Lakbay.Net, système national de réservation sur Internet, qui a pour vocation de fournir aux voyageurs des informations précises sur le tourisme aux Philippines ainsi qu´un dispositif de réservation et de paiement simple d´emploi. Son modèle de commerce électronique associe un site web pour le commerce entre les entreprises et les particuliers (B2C), un portail inter-entreprises pour les producteurs de services touristiques, des services électroniques à destination des milieux d´affaires (réservation et règlement électroniques) et un service de commercialisation hors ligne via une chaîne de télévision spécialisée, Lakbay TV. Lakbay inaugure le concept "d´appro-tech", qui consiste à utiliser la technologie appropriée à la compétence de chaque membre du réseau : les mini-messages (SMS), les messages électroniques et les technologies de communication hors ligne.

Le commerce électronique en Chine : l´adhésion à l´OMC va doper un "marché prometteur"

La Chine présente un potentiel énorme pour le commerce électronique, et les autorités de ce pays l´ont bien compris. Elles ont d´ailleurs placé l´amélioration généralisée de l´infrastructure TIC au rang de leur priorités, dans le cadre d´une stratégie nationale de développement visant à faire avancer l´économie et à attirer davantage d´investissements étrangers. Et cette politique porte ses fruits : l´année dernière, la Chine a enregistré l´équivalent de 9,33 milliards de dollars de transactions de commerce électronique. Sur ce total, 90 pour cent concernaient le commerce inter-entreprises, avec 800 sites de magasins en ligne, 300 prestataires de services Internet et 1 000 portails. Entre 1997 et 2000, le nombre d´internautes y a doublé tous les six mois, et, en janvier dernier, le pays en comptait 22,5 millions. La Chine affiche ainsi une progression plus rapide que celle observée en Inde, en Malaisie et en Thaïlande. Et, entre 1996 et 2000, le nombre de Chinois abonnés à un réseau de téléphonie mobile a grimpé en flèche, à un rythme annuel moyen de 88 pour cent.

Le taux de pénétration global d´Internet et de la téléphonie mobile reste néanmoins relativement modeste : seulement 2 pour cent de la population sont connectés à Internet, et 6,7 pour cent disposent d´un téléphone mobile. "Le commerce électronique reste embryonnaire", indique le rapport de la CNUCED, car les transactions ne représentent que 0,87 pour cent du PIB (contre 2,4 pour cent aux Etats-Unis, par exemple). La poursuite de son essor suppose qu´un certain nombre de limites soient levées, dont la plupart sont typiques des problèmes rencontrés par les pays en développement en général. Ces limites sont liées au coût de l´accès à Internet, aux restrictions pesant sur les services Internet, à l´absence d´un réseau national de règlement par carte de crédit, à la lenteur et au caractère aléatoire des livraisons, au manque de fiabilité des réseaux et à la méconnaissance des avantages du commerce électronique et des stratégies possibles dans ce domaine.

Néanmoins, les perspectives sont favorables pour le commerce électronique en Chine, surtout depuis l´adhésion du pays à l´OMC. En effet, la Chine s´est engagée à libéraliser les télécommunications et les services financiers, ce qui "va stimuler le développement du commerce électronique", prévoit le rapport de la CNUCED. "L´adhésion de la Chine à l´OMC ... va ouvrir le marché à l´investissement étranger et créer un environnement concurrentiel, qui devrait réduire considérablement le coût de l´accès à Internet et améliorer la qualité du service. Elle va aussi apporter aux entreprises chinoises des perspectives de coopération, ce qui accélérera l´adoption du commerce électronique". Dans les services de télécommunications à forte valeur ajoutée, comme Internet et le commerce électronique, le vaste marché chinois est"séduisant et prometteur", indique le Rapport, qui note par ailleurs que le rôle du secteur privé va également s´intensifier, pour permettre au pays de devenir "un acteur clé du commerce électronique, qui rencontrera un succès égal à sa réussite dans le commerce international".

Les bienfaits économiques des TIC et du commerce électronique pour les pays en développement sont indiscutables, et si ces pays parviennent à évoluer au même rythme que le monde développé, les bénéfices n´en seront que plus grands, et iront largement au-delà de la production économique et des exportations, pour s´étendre à des domaines tels que les services de santé et la télémédecine, l´enseignement à distance, les affaires publiques (par exemple le vote électronique) et la création d´emplois.

Le rapport de la CNUCED nous invite toutefois à la prudence : "Ni les ordinateurs ni Internet ne peuvent en eux-mêmes augmenter radicalement la productivité d´un pays ou d´une entreprise. "Mais, dans le même temps, il transmet un message optimiste :


"C´est parce que la révolution d´Internet touche non seulement les secteurs de haute technologie sensibles à l´information, mais aussi toute l´organisation de la vie économique, que ses effets positifs gagnent plus rapidement la plupart des branches de l´économie, et que les pays en développement ont davantage de chances d´en bénéficier plus tôt que lors des révolutions technologiques précédentes."




Annotations

1. Le Rapport sur le commerce électronique et le développement, 2001 (numéro de vente: E.01.II.D.30, ISBN 92-1-112541-3) peut être obtenu au prix de 40 dollars, et au prix préférentiel de 15 dollars dans les pays en développement et les pays en transition. S´adresser à la Section de vente et commercialsation de l´ONU, Palais des Nations, CH-1211 Genève 10 (Suisse), T: +41 22 907 2606/2613, F: +41 22 917 0027, e-mail: unpublic@unog.ch; ou Two UN Plaza, bureau DC2-853, Dept. PRES, New York, NY. 10017, T: +1 212 963 8302 ou +1 800 253 9646, F: +1 212 963 3489, E: publications@un.org ou consulter le site www.un.org.





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