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COMMUNIQUÉ DE PRESSE
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LA PRODUCTION INTERNATIONALE, MOTEUR DE LA MONDIALISATION. MULTIPLICATION DES FUSIONS ET ACQUISITIONS ET CROISSANCE DES NOUVEAUX RESEAUX
Le Rapport sur l’investissement dans le monde, 1999, que publie la CNUCED, met en lumière les défis majeurs auxquels les pays sont confrontés alors que la mondialisation progresse et que l’IED atteint des niveaux records

TAD/INF/PR/9920
07 September 1999

On assiste à l’émergence rapide d’un système international de production, dont l’élément central est l’investissement étranger direct (IED)(1) des sociétés transnationales (STN)(2). Ce système englobe environ 60 000 sociétés transnationales et plus de 500 000 filiales étrangères, qui représentent, d’après les estimations, 25 % de la production mondiale. A elles seules, en 1998, ces filiales étrangères ont réalisé un chiffre d’affaires total de 11 000 milliards de dollars (à comparer aux 7 000 milliards de dollars d’exportations mondiales).

L’an dernier, l’IED a augmenté de 20 % à l’échelle mondiale, passant à plus de 4 000 milliards de dollars, indique la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) dans son nouveau rapport, intitulé World Investment Report 1999: Foreign Direct Investment and the Challenge of Development(3) (Rapport sur l’investissement dans le monde, 1999 : l’investissement étranger direct et le défi du développement), qui est rendu public aujourd’hui.

Les 100 premières STN, mesurées par leurs actifs étrangers, occupent une position dominante dans le nouveau système international de production. En effet, elles représentent aujourd’hui un chiffre d’affaires total de 4 000 milliards de dollars et détiennent plus de 4 200 milliards de dollars d’actifs. General Electric est la plus importante d’entre elles, suivie de près par Ford Motor Company et Royal Dutch Shell.

"Pour soutenir leur propre développement, les pays doivent maximiser les effets positifs, et minimiser tous les effets négatifs, que peut avoir l’investissement étranger direct sur le développement."
Kofi A. Annan
Secrétaire Général des Nations Unies

Il est frappant de constater que, sur ces 100 premières sociétés transnationales, 85 figurent depuis plusieurs années dans le classement établi par la CNUCED. De plus, 2 seulement sont originaires de pays en développement : il s’agit de Petróleos de Venezuela et de Daewoo Corporation (République de Corée).

Les données relatives aux flux d’IED ne rendent toutefois compte qu’en partie du dynamisme de ce nouveau système international de production, souligne la CNUCED, les STN nouant par ailleurs de plus en plus d’alliances stratégiques. Ainsi, les partenariats technologiques internationaux, notamment dans les technologies de l’information, les produits pharmaceutiques et l’automobile, sont particulièrement importants. Les réseaux du savoir, qui n’entrent pas dans les statistiques traditionnelles relatives à la production internationale, peuvent eux aussi constituer un facteur clé de la puissance commerciale dans certains secteurs.

"La formation et la mise en œuvre d’une stratégie efficace nécessitent par-dessus tout un projet de développement précis, cohérent et coordonné. Il faut également savoir faire des compromis entre différents objectifs de développement."
Rubens Ricupero
Secrétaire général de la CNUCED

L’édition 1999 du rapport indique que l’IED a progressé de près de 40 % en 1998, pour s’établir à 644 000 milliards de dollars, et la CNUCED s’attend à un nouveau record cette année (tableau 1). En 1998 et 1999, l’expansion de l’IED a été tirée par les fusions et acquisitions (F&A) transfrontières, qui ont lieu tout particulièrement entre le Japon, l’Amérique du Nord et l’Europe occidentale, mais qui concernent aussi, de plus en plus, le monde en développement. Les F&A transfrontières détenues par des intérêts majoritaires ont atteint 411 milliards de dollars en valeur en 1998, soit une hausse de 74 %, contre 45 % en 1997.

Cette multiplication des F&A transfrontières est due à plusieurs facteurs : ouverture des marchés suite à la libéralisation et à la déréglementation, accentuation de la concurrence entre entreprises du fait de la mondialisation et de l’intensification des évolutions technologiques, importance de la taille pour créer des synergies, faire des économies d’échelle et suivre le rythme des évolutions technologiques, désir de renforcer son positionnement sur le marché et de réaliser des gains financiers immédiats, dès que l’occasion se présente.

L’importance de l’IED et des activités des filiales étrangères pour l´économie d´un pays d´accueil peut être rendue par un indicateur de transnationalité(4), élaboré pour la première fois par la CNUCED pour un certain nombre de pays. Selon cet indicateur, ce sont la Nouvelle-Zélande et Trinité-et-Tobago qui ont l´indicateur le plus élevé, respectivement parmi les pays développés et en développement. Au bas de l´échelle, on trouve le Japon et la République de Corée.

La part des pays en développement dans le total mondial des flux d´IED est cependant en recul : 26% en 1998 contre 37 % en 1997, comme le montrent les statistiques publiées dans le rapport de la CNUCED. Ce recul reflète la légère diminution des entrées d’IED dans ces pays, en raison, d´une part, de la situation économique en Asie, et, d´autre part, de l’accroissement considérable de l’IED dans les pays développés.

Malgré les crises financières, le volume total d’IED dans les pays en développement est resté élevé en 1998 (166 milliards de dollars), soit à peine 6,6 milliards de moins par rapport au niveau record annuel enregistré en 1997. Alors que les sociétés transnationales rapatrient leurs bénéfices, le rapport de la CNUCED souligne l’importance de l’IED pour le monde en développement : à chaque dollar ainsi investi à l’étranger par les sociétés transnationales correspondent trois dollars sous la forme d’entrées de capitaux. On estime qu’au cours des cinq dernières années, un cinquième de l’IED destiné aux pays en développement était constitué de bénéfices réinvestis.

Dans la préface du Rapport sur l’investissement dans le monde, 1999, le Secrétaire général des Nations Unies, Kofi A. Annan, affirme que, pour soutenir leur propre développement, les gouvernements nationaux doivent maximiser les effets positifs, et minimiser tous les effets négatifs, que peut l’IED peut avoir sur le développement.

Le rapport de la CNUCED montre également que l’IED est réparti inégalement entre les pays en développement, et que nombre des pays les plus pauvres sont de plus en plus tenus à l’écart de ces mouvements de capitaux, à mesure que la mondialisation progresse, car ils n’intéressent pas les STN. En effet, bien que plusieurs pays d’Afrique aient constaté d’abondantes entrées d’IED, les montants des investissements des sociétés transnationales restent faibles sur la majeure partie de ce continent. En 1998, par exemple, les 33 pays d’Afrique les moins avancés ont enregistré une progression modeste de l’IED pour la sixième année consécutive, mais cet IED n’a représenté que 2,2 milliards de dollars, c’est-à-dire moins de 1,5 % du total des entrées de capitaux pour l’ensemble des pays en développement.

Les 10 pays qui reçoivent le plus d’IED représentent largement plus des deux tiers de l’IED total. A eux seuls, cinq d’entre eux absorbent en effet plus de la moitié de l’IED destiné aux pays en développement, les plus grands bénéficiaires restant, l’année dernière, la Chine (45 milliards de dollars) et le Brésil (29 milliards de dollars).

Il est essentiel de disposer de bonnes politiques

Sociétés transnationales et pouvoirs publics ont certes des objectifs communs, mais compte tenu des différences importantes qui demeurent entre ces entités, la formulation de politiques appropriées et efficaces est cruciale. Les pouvoirs publics cherchent à stimuler le développement dans un contexte national, tandis que les sociétés transnationales tentent, elles, d’accroître leur compétitivité dans un contexte international. Comme le souligne le rapport de la CNUCED, tous les IED ne sont pas forcément bénéfiques pour les pays qui les reçoivent. Certains peuvent parfois avoir un impact négatif sur le développement.

En 1998, 60 pays ont procédé à 145 modifications de la réglementation sur l’IED ; 94 % de ces modifications visaient à créer des conditions plus favorables pour ce type d’investissement (tableau 2).

Cependant, dans le Rapport sur l´investissement dans le monde,1999, le Secrétaire général de la CNUCED, M. Rubens Ricupero, souligne que l’on attend peut-être trop des bénéfices que des investissements étrangers accrus peuvent apporter aux pays en développement. De fait, les sociétés transnationales peuvent apporter une contribution significative au développement, mais seulement si des politiques efficaces sont en place. M. Ricupero ajoute qu’à l’heure de la libéralisation et de la mondialisation, la croissance ne peut être soutenue que si les pays sont à même d’encourager des activités nouvelles à plus grande valeur ajoutée, pour produire des biens et des services compétitifs, sur des marchés ouverts.

Les pays se font concurrence pour attirer l’IED et doivent avoir des politiques efficaces afin d´en maximiser les bénéfices, mais il leur faut également formuler des politiques afin que l’IED contribue effectivement à la croissance et à la compétitivité, renforce l’équilibre de la balance des paiements, crée des emplois et permette des transferts de technologie. Par leurs politiques, ils doivent aussi faire en sorte que les opérations des sociétés transnationales ne nuisent pas à l’environnement, n’évincent pas les entreprises locales, et ne sapent pas le potentiel de développement des industries locales naissantes.

Les responsabilités sociales des entreprises

Le rapport étudie l’importance croissante des responsabilités sociales des sociétés transnationales. S’appuyant sur une déclaration du Secrétaire Général des Nations Unies, M. K. Annan, lors du Forum économique mondial qui s’est tenu à Davos au début de l’année, il souligne la place de plus en plus grande que les questions sociétales prennent dans les politiques adoptées par les STN, en particulier dans les domaines de l’environnement, des droits de l’homme et du travail. Parallèlement, il indique que, si les pays veulent attirer l’IED, ils doivent impérativement mettre en œuvre des politiques de bonne gestion des affaires publiques, et réduire la corruption et la paperasserie administrative.

D’après M. Annan, si le développement est avant tout l’affaire des pays, les entreprises ont elles aussi une responsabilité, non seulement à l’égard de leurs actionnaires, mais également de la société tout entière. L’un des défis consistera précisément à les encourager à assumer cette responsabilité de manière plus résolue.

Accords et négociations à l’échelle internationale

Plus la mondialisation progresse, plus le nombre d’accords internationaux sur l’investissement augmente. Fin 1998, on dénombrait au total 1 726 accords bilatéraux dans ce domaine, auxquels participent 174 pays, soit 170 accords de plus que fin 1997. De même, le nombre d’accords bilatéraux relatifs à la double imposition s’est accru, passant de 1 792 en 1997 à 1 871 en 1998. En ce qui concerne le niveau régional, la CNUCED observe que plusieurs accords ont été négociés, ou sont en cours de négociation. Enfin, au niveau multilatéral, il existe certains accords spéciaux, tels que l’accord de l’OMC sur les mesures concernant les investissements et liées au commerce.

Cependant, l’expérience montre que l’élaboration d’accords multilatéraux plus larges est un processus fort complexe. En témoigne l’échec des négociations, à l’OCDE, d’un accord multilatéral sur l’investissement. D’après le rapport, des programmes trop ambitieux de négociations sur l’investissement, à l’échelle internationale, ont moins de chances d’aboutir que des propositions plus modestes présentées de manière progressive.

Négocier avec les sociétés transnationales

L’édition 1999 du rapport note que les stratégies adoptées par les pouvoirs publics pour attirer et orienter l’IED de façon plus productive varient d’un pays à l’autre, et qu’il n’existe pas de solution universelle en la matière. Comment parvenir, dans ces conditions, à un équilibre, c’est-à-dire maximiser les bénéfices qu´apportent les investissements étrangers tout en favorisant la croissance des entreprises locales et en renforçant les capacités technologiques des pays d´accueil. La réponse à cette question peut dépendre de la capacité de ces pays à négocier avec les sociétés transnationales. Mais, comme le note le rapport, en ce qui concerne la réglementation des STN, dans un monde libéralisé et globalisé, les instruments de politiques dont disposent les pays pour influer sur le comportement des entreprises, tant étrangères que locales, sont plus limités.

Pour réglementer les entreprises, les domaines de la politique de concurrence et de l’environnement et la capacité des pays hôtes à agir en ces domaines deviennent de plus en plus importants. Une politique de la concurrence efficace constitue en particulier une nécessité absolue. Cependant, elle fait défaut dans la plupart des pays en développement.

Comme le souligne M. Ricupero, la formulation et la mise en œuvre d’une stratégie efficace nécessitent par-dessus tout un projet de développement précis, cohérent et coordonné. Il ajoute qu´il faut également savoir faire des compromis entre différents objectifs de développement.

Note de présentation à l’attention des médias.




Annotations

1. L’investissement étranger direct est un investissement impliquant le contrôle d’une entité résidant dans un pays par une entreprise résidant dans un autre pays. L’IED suppose une relation à long terme reflétant l’intérêt durable de l’investisseur dans une entité étrangère.

2. Les sociétés transnationales comprennent les sociétés mères et leurs filiales étrangères. La société mère contrôle les actifs d’une ou plusieurs entités dans un ou plusieurs pays autre(s) que son pays d’origine, généralement sous la forme d’une participation au capital. Dans un tel contexte, on considère normalement une participation de 10 % comme le seuil pour contrôler une société.

3. L’édition 1999 du Rapport sur l’investissement dans le monde (World Investment Report, 1999), N° de vente E.99.II.D.3, ISBN 92-1-112440-9) est disponible au prix de 49 dollars des Etats-Unis, et au prix spécial de 19 dollars pour les pays en développement, auprès du service des publications des Nations Unies, Service des ventes, Palais des Nations, CH-1211 Genève 10, Suisse, F: +41 22 917 0027, E: unpubli@un.org, Internet: www.un.org; ou à l’adresse suivante United Nations Publications, Two UN Plaza, Room DC2-853, Dept, PRES, New York, N.Y. 10017, Etats-Unis, T: +1 212 963 83 02 ou +1 800 253 96 46, F: +1 212 963 34 89, E: publications@un.org.

4. Calculé sur la moyenne de quatre facteurs : les entrées d’IED, en pourcentage de la formation de capital fixe en valeur brute pour les trois dernières années, le stock d’IED entrant, en pourcentage du PIB, la valeur ajoutée des filiales étrangères, mesurée en pourcentage du PIB, et les emplois que représentent les filiales étrangères, en pourcentage de l’emploi total.





Pour plus de renseignements, veuillez contacter :
Chef de service, Karl P. Sauvant
Service de l´investissement international, des sociétés transnationales et des flux de technologies
Division de l´investissement, de la technologie et du développement de l´entreprise, CNUCED
T: +41 22 907 5707
F: +41 22 907 0194
E: karl.sauvant@unctad.org
ou
Chargée de presse, Muriel Scibilia
Service de presse, CNUCED
T: +41 22 917 5816/28
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