unctad.org | LES NATIONS UNIES DEMANDENT AU G8 PLUS D’EFFORT POUR ALLEGER LA DETTE DES PAYS PAUVRES
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Pour l'utilisation des médias d'information - Ce n'est pas un document officiel
LES NATIONS UNIES DEMANDENT AU G8 PLUS D’EFFORT POUR ALLEGER LA DETTE DES PAYS PAUVRES

TAD/INF/PR/9909
11 June 1999

Les Nations Unies demandent aujourd’hui aux Chefs d’Etat du Groupe des 8 (G8), qui se réunissent à Cologne (Allemagne) du 18 au 20 juin, d’améliorer sensiblement les termes de l’allégement de la dette des pays les plus endettés afin d’éliminer "une fois pour toutes" le fardeau de leur dette et de permettre une croissance économique durable.

Le problème de la dette extérieure des pays en développement s’est considérablement aggravé depuis le début des années 1990, déclare l’ONU. Vu la tendance à la baisse des prix des produits de base et des volumes d’exportation de ces pays, on devrait assister à une nouvelle détérioration à moyen terme de leur capacité d’assurer le service de la dette; ce qui aurait de sérieuses conséquences sur les perspectives de développement et sur la jouissance des droits fondamentaux de l’homme.

Un nouveau programme d’allégement de la dette est à l’ordre du jour de la réunion annuelle des ministres des finances du G7 qui s’ouvre aujourd’hui à Cologne. Il existe cependant des désaccords entre les gouvernements quant à la nature et à la portée des améliorations à apporter. Le rapport des ministres des finances sera soumis au Sommet du G8 pour approbation.

Dans une lettre adressée le mois dernier au Chancelier allemand, M. Gerhard Schroeder, qui préside le G8, le Secrétaire-Général de l’ONU, M. Kofi Annan, a indiqué que l’allégement de la dette ne devrait pas se faire au détriment de l’aide publique au développement (APD). L’ONU voit avec consternation le déclin de l’APD: elle ne représente plus que 0,22 du PIB des pays donateurs de l’OCDE.

Le nouveau rapport "Finding Solutions to the Debt Problems of Developing Countries", publié par la Commission exécutive des affaires économiques et sociales de l’ONU souligne l’importance de ce lien.

Dans la lignée des propositions d’ores et déjà présentées par plusieurs pays importants, l’ONU considère qu’il faudrait annuler toutes les dettes APD des pays pauvres lourdement endettés. Elle va même plus loin en préconisant une réduction d’au moins 80% des autres dettes publiques bilatérales. Il faudrait également considérer une annulation totale de la dette des pays sortant d’un conflit, d’une catastrophe naturelle, et de ceux où les indicateurs sociaux et humains sont très bas.

L’ONU note, qu’en moyenne, au cours de la période 1990-97, les pays les plus endettés sont parvenus à payer un service de la dette équivalent à 18% du montant de leurs exportations. En outre, le service de la dette extérieure devrait être inférieur à 25% des recettes fiscales.

Il est très important d’assurer le financement intégral de tout nouveau mécanisme d’allégement de la dette afin d’éviter des désillusions chez les pays bénéficiaires. Il serait toutefois naïf de croire que le financement va cesser d’être une lourde contrainte, précise le rapport. Il importe en outre de prendre en compte l’impact négatif sur les capacités de prêt des agences multilatérales de développement qui résulterait d’un renforcement des mécanismes d’allégement de la dette.

Le financement de l’allégement de la dette ne devrait pas se faire au détriment de l’APD. Il pourrait être assuré, en conséquence, simultanément par la vente de l’or du Fonds monétaire international (FMI), une nouvelle et rapide allocation de droits de tirage spéciaux (DTS) et des contributions bilatérales additionnelles au Fonds d’affectation spécial pour l’allégement de la dette multilatérale.

L’initiative en faveur des pays lourdement endettés lancée par la Banque mondiale et le FMI en 1996 avait été perçue comme une étape importante dans le traitement global de la dette des pays les plus pauvres. Elle est cependant jugée trop lente, pesante et excessivement complexe. A ce jour, sur 41 pays lourdement endettés, seuls trois d’entre eux (Ouganda, Bolivie, Guyane) considérés comme éligibles par la Banque mondiale/FMI, ont bénéficié d’un allégement de leur dette.

Il faut réduire le poids des conditions préalables et les mesures conservatrices inscrites dans l’initiative afin que l’allégement de la dette ne constitue plus une telle course d’obstacles, déclare l’ONU.

Il faudrait réduire de moitié les six ans actuellement nécessaires pour qu’un pays débiteur puisse obtenir un allégement de la dette dans le cadre du Programme d’ajustement structurel prolongé du FMI. Il conviendrait également d’élargir le champ d’application de ce mécanisme afin d’inclure d’autres pays à faibles revenus ayant des difficultés à acquitter le service de leur dette extérieure.

Saluant la prise de conscience de l’urgence qui inspire la recherche de solutions durables au problème d’endettement des pays en développement, le rapport souligne que l’aggravation de l’endettement a de sérieuses conséquences sur la jouissance des droits de l’homme. Le paiement la dette ne devrait pas prendre le pas sur le respect des besoins fondamentaux et des droits de l’homme.

Le lien entre l’allégement de la dette, la diminution de la pauvreté est une préoccupation fondamentale. Cependant, contrairement aux idées reçues le rapport considère que les programmes de conversion de la dette - conversion en prises de participation, en programmes de protection de l’environnement, ou conversion de la dette extérieure en devises locales - ne devraient pas permettre un allégement significatif de la dette.

Les estimations du coût total des différents mécanismes d’allégement de la dette proposés varient considérablement. A titre d’exemple, la nouvelle proposition d’annulation de la dette présentée par les Etats-Unis a été évaluée à 102 milliards de dollars; les coûts à assurer par les institutions financières internationales seraient de 14 milliards de dollars (en comparaison, la guerre du Golfe en 1991 a coûté 102 milliards de dollars et, selon la banque américaine d’investissement Lehman Brothers, la campagne de bombardement contre la Yougoslavie a déjà coûté quelque 7 milliards de dollars aux pays de l’OTAN). En termes financiers, la proposition de l’ONU serait proche de celle des Etas-Unis.

La CNUCED, qui est l’organe principal du système des Nations Unies pour les questions relatives à la dette, et qui offre une assistance technique aux pays débiteurs depuis 20 ans, était responsable de la préparation de l’étude pour la Commission exécutive des affaires économiques et sociales. Outre ses travaux de recherche et d’analyse, elle aide les pays en développement à renégocier leur dette publique au sein du Club de Paris et à renforcer la gestion de la dette publique à travers le programme SYGADE.




Pour plus de renseignements, veuillez contacter :
Directeur, John Toye
Division de la Globalisation et des stratégies de développement CNUCED
T: +41 22 907 59 27
F: +41 22 907 00 45
E: john.toye@unctad.org
ou
Attachée de presse, Muriel Scibilia
CNUCED
T: +41 22 907 57 25/58 28
F: +41 22 907 00 43
E: press@unctad.org.



Loading..

Attendre, s'il vous plaît ....