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22 juin 2011 - Les intervenants du Colloque sont catégoriques: la crise n´est pas finie

Luis Manuel Piantini Munnigh. Colloque public de la CNUCEDPour les experts qui ont pris la parole à l'occasion du Colloque public de la CNUCED, le moment n'est pas venu d'adopter des mesures d'austérité qui mettront à mal les filets de sécurité sociale. Pour les pauvres, la récession continue et la nécessité de réformer le système financier est toujours d'actualité.


Le Colloque, qui s'étend sur trois jours, a commencé par une table ronde sur le thème: "Réformes financières et monétaires pour un développement durable: initiatives mondiales et régionales".

Le Secrétaire général de la CNUCED, M. Supachai Panitchpakdi, n'a pas mâché ses mots: "Les crises devraient être mises à profit pour tirer des enseignements utiles et modifier les pratiques", a-t-il déclaré. "Or, rien n'a été fait. Nous avons besoin d'une nouvelle architecture pour la coopération internationale en matière commerciale et financière. Nous avons besoin d'un système qui tienne effectivement compte des besoins des pays en développement ? des besoins de tous ceux qui n'ont nulle part où aller, pas seulement des besoins de Wall Street.".

Luis Manuel Piantini Munnigh, Président du Conseil du commerce et du développement de la CNUCED, a dit que le Colloque avait lieu "alors que les répliques de la crise continuent de secouer le monde, avec, par exemple, l'envolée des prix alimentaires et la hausse du chômage". Il a mis en garde contre la possibilité d'une récession à double creux.

Les experts ont été plusieurs à affirmer que les propos faisant état d'un redressement par rapport au renversement de 2008-2009 étaient faux du point de vue des pays en développement. Pour Emmanuel Gyekye Tanoh du Third World Network-Africa, "la crise n'est absolument pas finie et rend vulnérable l'investissement productif dans les pays en développement. Dans de nombreux PMA, la base de la production est en danger".

Les mesures d'austérité qui sont envisagées ou adoptées par les pays, les uns après les autres, pour faire face à leur endettement et aux répercussions financières de la récession, menacent de bloquer la reprise encore fragile, là où elle existe, ont dit les intervenants. Les coupes claires pratiquées par les États dans les dépenses publiques frappent systématiquement les programmes sociaux et les programmes de santé, qui sont vitaux pour les pauvres, et creusent encore davantage les écarts de revenus.

José Antonio Ocampo, professeur à la School of International and Public Affairs de l'Université de Columbia (New York) et ancien Ministre colombien des finances, a parlé d'un "tableau d'austérité", ajoutant: "La riposte mondiale coordonnée a permis d'éviter une dépression. En revanche, ce qu'elle n'est pas parvenu à éviter, c'est la probabilité d'une croissance ralentie et d'un accroissement des déséquilibres entre pays développés et pays en développement."

Heidemarie Wieczorek-Zeul, députée au Parlement allemand et ancienne Ministre fédérale allemande de la coopération économique et du développement, a dit qu'on avait dépensé quelque 11,4 mille milliards de dollars pour sauver les banques mais qu'on n'avait pas fait assez pour réformer le mode de fonctionnement du système financier international. "La réglementation est insuffisante et elle n'est pas appliquée de manière uniforme", a-t-elle observé.

Plusieurs intervenants se sont déclarés en faveur d'une proposition visant à imposer une taxe modique sur les transactions financières internationales, dont le produit servirait à promouvoir le développement économique à long terme bien planifié des pays pauvres. Stephen Hale, Directeur par intérim du plaidoyer à Oxfam International, a dit que cette taxe "permettrait de lever 18 milliards d'euros par an sur les seules transactions réalisées en France, en Allemagne et en Espagne". "Les institutions qui se sont montrées les plus passives pendant la période de gestation de la crise sont les mêmes qui sont aujourd'hui chargées d'organiser le redressement", a-t-il fait remarquer.

Cyrille Pierre, Directeur adjoint de l'économie globale et des stratégies du développement au Ministère français des affaires étrangères, a dit: "Techniquement, le monde n'est plus en récession …, si vous regardez seulement les chiffres. Mais les causes sont toujours là, notamment la croissance des déséquilibres macroéconomiques mondiaux et les failles qui demeurent dans la réglementation financière internationale.".

Pour Luiz Carlos Bresser-Pereira, professeur émérite à la Fondation Getúlio Vargas et ancien Ministre brésilien des finances, les crises et les déséquilibres financiers des pays en développement s'expliquent surtout par la dépendance excessive de ces pays à l'égard du financement extérieur qui s'est à maintes reprises soldée par des déficits courants. Ce qui se passe, a-t-il dit, c'est que l'épargne étrangère investie dans les pays en développement a souvent pour effet d'évincer ou de remplacer l'épargne intérieure; cela rend l'économie vulnérable aux retournements des marchés mondiaux et l'expose à des crises récurrentes.

Plusieurs intervenants ont estimé que les questions de la réforme du système financier international et des mesures à prendre pour favoriser le relèvement du niveau de vie dans les pays en développement devaient être abordées directement à la treizième session de la Conférence sur le commerce et le développement, à Doha en 2012, qui aura pour thème: "Une mondialisation centrée sur le développement".

Le Colloque s'achève vendredi.


Accès direct: Colloque public de la CNUCED (22-24 juin 2011)

 

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