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La tragédie de Notre-Dame révèle la double valeur des biens culturels
18 avril 2019
Blog
Écrit par
Mme Isabelle Durant, Secrétaire Générale adjointe de la CNUCED


Certains bâtiments - et certains espaces parfois - transcendent les frontières et représentent des trésors mondiaux. La cathédrale Notre-Dame de Paris est un de ceux-là.

Non seulement parce qu'elle est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO - inscrite en 1991 sur la liste des Rives de la Seine à Paris - mais aussi parce qu'elle est l’emblème d’une ville, de toute une nation et d'une partie de son histoire.

Chaque année, 12 millions de personnes visitent Notre-Dame, ce qui en fait le monument le plus visité de la capitale française. 

Mardi soir, la tragédie a frappé. La cathédrale a été gravement endommagée par un incendie 15 heures durant.

Notre-Dama

C’est la deuxième fois en un an que le feu ravage un site culturel de renom.

En septembre 2018, le feu a détruit le Museu Nacional brésilien de Rio de Janeiro, fondé en 1818, emportant une collection inestimable de 20 millions d’objets. Ces deux incendies constituent des pertes irrémédiables non seulement pour leurs pays, mais pour le monde entier.

De tels bâtiments illustrent la capacité des bâtisseurs à collaborer, à innover, à se surpasser. Ils personalisent ainsi nos rêves et nos visions pour le développement et le progrès.

Ils jouent également un rôle fondamental dans la création de biens communs et contribuent en fin de compte à l'identité et à la cohésion sociale dans les villes et les nations, agissant comme un ciment entre les personnes. C’est cette importance-là qui en fait des cibles lors de conflits destructeurs, comme l’ont été la ville syrienne de Palmyre et les bouddhas de Bâmiyân.

Ces monuments sont aussi symboliques - et matérialisent ce qui est souvent immatériel, notre culture.

Car en effet, les gens chérissent leurs cultures. 

L'afflux de messages de soutien, de dons et de chagrin montre aussi à quel point les sites culturels tels que Notre-Dame et le Museu Nacional brésilien, entre autres, sont appréciés par les visiteurs.

Ici, la valeur intrinsèque - fondamentalement ce que la culture signifie pour nous tous - est évidente. Elle est de poids, visible tant dans la façon dont nous vivons notre propre culture que dans la manière que nous avons d’admirer et d’échanger avec des personnes de cultures différentes.

Cette valeur intrinsèque peut, à certaines conditions, revêtir une valeur économique. Le grand nombre de visiteurs à Notre-Dame est une indication de l'attrait qu’exercent de tels sites. N’oublions pas que le tourisme créatif et culturel est l'un des principaux contributeurs au PIB au bénéfice des budgets locaux et nationaux dans le monde entier.

La CNUCED est engagée depuis longtemps sur l’économie créative. Mais pas celle qui uniformise et commercialise sauvagement la culture, plutôt celle au service des particularités culturelles tournée vers l’amélioration des conditions de vies de ses acteurs.

Les drames dévastateurs de Paris et Rio de Janeiro doivent nous rappeler l'importance d'investir en permanence dans les biens culturels.  Si rien n'est fait pour entretenir, restaurer et préserver ces sites, nous subirons d’autres pertes dramatiques.

Le feu détruit tout sur son passage.

Ce drame nous rappelle que ce que nous construisons peut être détruit, mais aussi que la reconstruction est possible avec la volonté politique et les investissements nécessaires.

Cela me rappelle aussi que si nous voulons atteindre les objectifs de développement durable d’ici 2030, nous devons puiser dans notre vaste capital culturel pour changer nos comportements.

Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre cette catastrophe culturelle et les catastrophes naturelles vers lesquelles nous courrons si l’Accord de Paris, rempart universel contre celles-ci, n’est pas mis en œuvre.


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