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Le Bénin, le Mali et le Niger déterminés à exploiter le potentiel du commerce électronique
30 avril 2020
eTrade for all
La CNUCED invite ces trois pays à adopter des politiques d’optimisation de leur potentiel en matière de commerce électronique.


La crise du coronavirus stimule le commerce électronique. En effet, de plus en plus de personnes à travers le monde achètent en ligne. Mais les pays les moins avancés (PMA) ne sont pas suffisamment prêts pour exploiter les opportunités qui se présentent à eux dans ce domaine.

Les évaluations de l'état de préparation au commerce électronique réalisées par la CNUCED au Bénin, au Mali et au Niger ont révélé que ces trois pays d'Afrique de l'Ouest ont besoin de réformes de grande envergure pour tirer parti des avantages du commerce en ligne.

Les conclusions de ces évaluations publiées le 30 avril à l’occasion de la semaine électronique de la CNUCED stipulent que les trois pays  ont besoin d’améliorer leurs infrastructures, de définir des stratégies pour leur commerce électronique, ainsi que de renforcer leurs capacités à le faire tout en pernettant aux entrepreneurs un meilleur accès au financement.

Les évaluations financées par l'Allemagne dans le cadre de son soutien à l'initiative eTrade for all de la CNUCED appellent les partenaires au développement à venir en aide aux pays pour mettre en œuvre des mesures à moyen et long terme dans le but de développer leur commerce électronique qui, comme dans de nombreux PMA, est naissant et repose essentiellement sur le secteur informel.

La plupart des paiements sont encore effectués à la livraison, en espèces ou via des paiements mobiles. Ceci renvoit à la faible pénétration des services financiers et au manque de confiance des consommateurs, des producteurs et des prestataires de services.

Bénin : Un secteur du commerce électronique fragile mais prometteur

Au Bénin, l'évaluation a révélé un secteur du commerce électronique fragile mais en progrès, soutenu par les efforts du gouvernement.

"Nous considérons le commerce électronique non seulement comme un accélérateur du commerce, mais aussi comme un moyen important de surmonter les barrières érigées par la pandémie COVID-19 et aussi d'assurer la continuité des activités commerciales", a déclaré le ministre de l'industrie et du commerce du pays, Shadiya Alimatou Assouman.

La ministre béninoise de la numérisation, Aurélie Adam Soule Zoumarou, s'est fait l'écho de ce ressenti: "Les resctrictions à la mobilité dues à la pandémie de coronavirus entraînent une nécessité d'intensifier la numérisation dans tous les secteurs de notre pays".

Elle a estimé que le commerce électronique pourrait soutenir la croissance économique du pays. "Le rapport sur l'état de préparation du Bénin au commerce électronique arrive donc à point nommé, et nous allons travailler à la mise en œuvre de ses recommandations".

Jusqu'à présent, la croissance du secteur du commerce électronique au Bénin a principalement reposé sur l'économie informelle, par le biais des réseaux sociaux et du fort développement du paiement mobile. Le pays prévoit maintenant d'élaborer une véritable stratégie avec le soutien de la CNUCED.

En 2018, le Bénin a adopté une loi numérique pour réglementer les communications électroniques, l'archivage numérique, les signatures électroniques, le commerce électronique, la protection des données personnelles, la cybersécurité et la lutte contre la cybercriminalité. Mais elle n'est pas encore pleinement appliquée.

Selon l'évaluation de la CNUCED, "bien que le Bénin ait déjà investi de manière significative dans l'infrastructure des technologies de l'information et de la communication (TIC), il devrait encore dresser la carte de ses besoins prioritaires et intensifier son action pour atteindre une couverture à haut débit de 80 % de la population, objectif qu’il ‘s’est fixé."

Par exemple, elle devrait étendre la connectivité et réduire le coût de l'accès à l'Internet, près de la moitié de la population (45 %) n'ayant pas accès à l'électricité.

Des mesures supplémentaires soient être prises instamment pour combler le fossé entre les compétences requises et les compétences existantes chez les entrepreneurs du numérique. D’autres mesures sont également recommandées pour faciliter leur accès au crédit auprès des banques ou des institutions de microfinancement.

Mali : besoins d’investissements massifs dans les infrastructures

Le secteur malien du commerce électronique en est encore à ses débuts, malgré les efforts déployés par les secteurs public et privé pour le stimuler, souigne l'évaluation de la CNUCED.

Elle défend la nécessité d'accélérer la mise en œuvre des projets et des réformes de la stratégie numérique du pays grâce à un cadre de pilotage et de coordination comportant des engagements clairs pour leur mise en œuvre.

Le taux de pénétration d'Internet au Mali, pays enclavé, n'est que de 12,7 %, les utilisateurs étant concentrés dans la capitale Bamako. L'isolement numérique du pays est aggravé par sa géographie, ce qui augmente les difficultés de transport et de logistique rencontrées par les entreprises.

"Une augmentation massive des investissements dans l'infrastructure de l'Internet à large bande, une plus grande coopération public-privé et le partage des infrastructures sont des axes prioritaires", indique le rapport. Il faut également soutenir davantage le secteur national des postes et de la logistique afin qu'il soit opérationnel pour le numérique.

Malgré une adoption rapide et croissante de l'argent mobile au Mali, celui-ci est entravé par des services financiers inadaptés, une faible inclusion financière, une concurrence limitée et une lente progression des méthodes de paiement électronique pour les services d'administration en ligne.

L’actuelle mise en œuvre nationale  de la stratégie régionale pour l'inclusion financière devrait être soutenue afin de jeter des bases solides pour le commerce électronique, indique le rapport d'évaluation.

Il ajoute que le cadre juridique du pays devrait être amélioré et que les fonctionnaires de l'administration publique devraient être mieux équipés pour intégrer le commerce électronique dans leur soutien au secteur privé.

La CNUCED exhorte le gouvernement malien a tiré profit d’une administration publique déjà sensibilisée et à s’adosser sur ses projets d'infrastructure Internet à large bande et ses jeunes pousses dynamiques pour mettre en œuvre des actions cohérentes et inclusives visant à stimuler le secteur du commerce électronique et l'économie numérique.

Niger : Nécessité d'une stratégie nationale pour le commerce électronique

Le Niger n'a pas encore de stratégie nationale pour le commerce électronique, mais a déjà mis en place des initiatives numériques sectorielles sous l'égide de divers ministères, telles que des programmes de santé, d'agriculture, d'éducation et d'administration en ligne.

Ces initiatives pourraient être renforcées en intégrant ces stratégies sectorielles dans une stratégie nationale et en améliorant la coopération entre les ministères.

"La pandémie de coronavirus nous rappelle brutalement la place importante des technologies numériques dans nos vies et s’avère un outil précieux pour atténuer les effets de telles crises", a déclaré le ministre du commerce du pays, Sadou Seydou. "Une stratégie nationale en matière de commerce électronique contribuera à cibler nos efforts".

Également enclavé, le Niger a enregistré des progrès dans le déploiement d'un réseau Internet fédérateur. Il a également développé un cadre juridique par l’adoption de plusieurs lois sur les transactions électroniques, notamment sur le commerce électronique et la protection des consommateurs.

"Le potentiel du Niger en matière de commerce électronique est limité par une couverture insuffisante, un accès limité à l'internet, un taux d'analphabétisme de 70 %, un accès à l'électricité de 20 % et l'absence de systèmes d'adressage", indique l'évaluation.

Elle recommande un cadre de consultation public-privé pour soutenir le développement du commerce électronique dans le pays.

La lenteur des banques nigériennes à innover en matière de financement et de paiements numériques ainsi que la faible pénétration des services financiers limitent également la croissance du commerce électronique dans le pays.

Le rapport suggère de développer l'interopérabilité des services financiers et de sensibiliser les clients et les producteurs aux avantages des paiements en ligne, à l'utilisation des plateformes d'échange et à leurs systèmes de sécurité.

En outre, il préconise de redoubler d'efforts pour renforcer les compétences des entrepreneurs qui dirigent les nouvelles start-ups et incubateurs numériques du pays et faciliter leur accès au crédit bancaire ou auprès d’institutions de microfinance.


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