Rapport 2019 sur les pays les moins avancés


Le financement extérieur du développement, aujourd’hui et demain – Dépendance persistante, difficultés nouvelles

Les obstacles au financement du développement sont les plus grands dans les pays qui ont le plus à perdre de la baisse de confiance dans le multilatéralisme, à savoir : les pays les moins avancés. Dans le Rapport sur les pays les moins avancés qu’elle publie cette année, la CNUCED a réalisé une évaluation objective des moyens dont disposent ces pays pour adapter leurs stratégies de développement en conséquence, c’est-à-dire : mobiliser les ressources nécessaires, renforcer les institutions compétentes et assortir le partenariat mondial de conditions permettant d’en tirer parti.

Mikhisa Kituyi
Secrétaire général de la CNUCED

L’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés et l’Initiative d’allégement de la dette multilatérale étaient censées mettre un terme aux problèmes de viabilité de la dette des pays à faible revenu. Il est clair que les choses ne se sont pas passées comme prévu puisqu’un grand nombre de pays les moins avancés sont considérés comme surendettés ou comme courant un grand risque de le devenir. Le Rapport 2019 sur les pays les moins avancés : Le financement extérieur du développement, aujourd’hui et demain – Dépendance persistante, difficultés nouvelles, publié par la CNUCED, joue un rôle essentiel dans la compréhension de ce qui n’a pas fonctionné et, surtout, de ce qui devrait être fait pour bâtir une architecture de l’aide susceptible de combler les immenses besoins de financement de ces pays, sans semer les graines de graves crises financières à venir.

Ugo Panizza
professeur à l’Institut de hautes études internationales et du développement, Genève

Au Réseau européen sur la dette et le développement (Eurodad), nous préconisons depuis longtemps non seulement que les pays développés atteignent l’objectif de 0,7 % en matière d’aide, mais aussi que la qualité de l’aide publique au développement soit améliorée, afin d’en faire un moyen plus efficace de lutte contre les inégalités et de promotion d’un développement durable. Ces préconisations sont plus que jamais d’actualité, d’autant que le cadre multilatéral de coopération est soumis à des tensions de plus en plus fortes, que l’aide est de plus en plus politisée et que la distinction entre une véritable coopération au développement et le subventionnement des intérêts commerciaux privés devient de plus en plus floue. Dans le Rapport 2019 sur les pays les moins avancés, la CNUCED apporte une contribution intellectuelle importante à l’analyse des incidences de l’aide sur les pays qui en ont le plus besoin, en indiquant aux donateurs comment accroître leur engagement et mettre en oeuvre un « programme 2.0 sur l’efficacité de l’aide » qui tienne compte de l’évolution des modalités de financement du développement depuis 2015.

Jean Letitia Saldanha
Directeur d’Eurodad

Les pays les moins avancés affichent un déficit persistant de leur épargne intérieure qui les rend très dépendants des sources de financement extérieur de leur développement. Ils sont surtout tributaires de l’aide publique au développement. Les ressources extérieures devraient contribuer à favoriser et à financer la transformation structurelle de l’économie des pays les moins avancés. Pour ces pays, l’aide publique au développement est donc un moyen essentiel d’atteindre les objectifs de développement durable et de s’affranchir à terme de leur dépendance à l’égard de l’aide.

À cette fin, il est nécessaire de revitaliser les objectifs en matière d’efficacité de l’aide pour améliorer la qualité de l’aide et sa contribution au développement et prendre en compte les changements notables intervenus dans les modalités de l’aide et du financement du développement. Une nouvelle architecture de l’aide s’est mise en place, à la faveur de l’émergence d’un plus grand nombre d’acteurs ou de leur réémergence : secteur privé, fondations philanthropiques, organisations non gouvernementales et sources de financement extérieur provenant du Sud. Elle se caractérise aussi par l’apparition de nouveaux instruments financiers qui, tous, la rendent non seulement plus complexe, mais aussi plus opaque. Ce nombre accru d’acteurs et d’instruments ne se traduit pas par une augmentation considérable de l’ensemble des ressources pour le développement. Il est préoccupant de constater que les pourvoyeurs extérieurs tiennent de moins en moins compte des priorités nationales de développement. Tous ces changements mettent à rude épreuve les capacités institutionnelles des pays les moins avancés.

Les gouvernements des pays les moins avancés doivent piloter leur programme de développement et jouer un rôle plus actif dans la gestion des ressources extérieures pour le développement, dont l’allocation doit coïncider avec les priorités nationales de développement. À cette fin, il faudrait que soit adoptée la proposition visant à mettre en oeuvre un « programme 2.0 sur l’efficacité de l’aide ». Il faudrait aussi que la communauté internationale apporte un appui accru à la réalisation de cet objectif commun.