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Améliorer les statistiques sur le genre et le commerce dans les pays en développement

30 août 2023

La CNUCED a publié de nouvelles lignes directrices pour la collecte de données afin d'aider les décideurs politiques à lutter contre les inégalités de genre dans le commerce.

© Shutterstock/Fresnel | Une femme propriétaire d'une petite entreprise sur un marché de rue à Nairobi, au Kenya.

Lorsqu’il s’agit de comprendre et favoriser l'émancipation économique des femmes, la mesure de la dimension de genre dans le commerce se révèle être de plus en plus importante.

Pendant longtemps, le manque de données sur l'égalité des sexes dans le commerce international a constitué un goulot d'étranglement, entravant la capacité des pays à appliquer le prisme de la parité nécessaire pour concevoir des politiques qui renforcent aussi bien le potentiel des femmes que des hommes.

Pour combler cette lacune, la CNUCED a commencé en 2018 à élaborer un cadre pour aider les pays à relier entre elles les données statistiques nationales existantes afin d'évaluer le niveau de la parité dans le commerce. Ce processus, appelé "couplage de microdonnées", offre une alternative rentable et durable à la création de nouvelles enquêtes ponctuelles.

Le cadre a été testé par une demi-douzaine de pays, et la méthodologie est maintenant décrite dans les lignes directrices récemment publiées par la CNUCED pour la mesure des statistiques sur la parité hommes-femmes dans le commerce, visant à aider les bureaux nationaux de statistiques à améliorer les données servant à l'élaboration de la politique commerciale éclairée.

"De nos jours, des besoins de données, de plus en plus complexes, nécessitent une interconnexion entre les systèmes de données afin d’arriver à tirer de nouveaux enseignements des données dont nous disposons", a déclaré Anu Peltola, qui dirige les travaux sur les statistiques à la CNUCED.

"C'est particulièrement important dans les pays en développement, où les ressources sont rares. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser des données inutilisées," a ajouté Mme Peltola.

Des projets pilotes mettent en évidence les disparités persistantes entre les hommes et les femmes dans le domaine du commerce

Les lignes directrices ont été élaborées dans le cadre d'un projet conjoint sur les données et les statistiques pour des politiques commerciales plus respectueuses de la parité en Afrique, dans le Caucase et en Asie centrale, dans lequel la CNUCED a collaboré avec les commissions économiques régionales de l'ONU pour l'Afrique et l'Europe.

Le Cameroun, la Géorgie, le Kazakhstan, le Kenya, le Sénégal et le Zimbabwe ont utilisé la méthodologie pilote de liaison des microdonnées de la CNUCED et ont compilé un ensemble de nouveaux indicateurs expérimentaux, ventilés par sexe et mesurant l'emploi, les salaires et la propriété des entreprises.

Les résultats obtenus dans les six pays pilotes ont réaffirmé les écarts entre les sexes en faveur des hommes, mais ont également révélé de nombreuses différences entre les pays.

La Géorgie et le Kenya ont présenté leurs conclusions et les enseignements tirés le 30 août lors d'une session durant le 9e Forum mondial des Nations unies sur les statistiques sexospécifiques.

Géorgie : Des politiques fondées sur des données pour soutenir les femmes commerçantes

En Géorgie, les résultats de l'interconnexion des microdonnées ont montré que les femmes employées dans des entreprises commerciales étaient moins nombreuses que les hommes, les femmes gagnant 30 à 35 % moins que les hommes.

Parallèlement, l'analyse de la propriété indique que le nombre d'hommes propriétaires d'entreprises est environ neuf fois plus élevé que celui des femmes pour les entreprises qui importent et exportent, cinq fois plus élevé pour les entreprises importatrices, et trois fois plus élevé pour les exportatrices.

"Les aspects sexospécifiques des statistiques commerciales deviennent très pertinents pour aborder les questions liées au bien-être et à l'égalité. Les institutions publiques, les partenaires internationaux et les organisations non gouvernementales s'y intéressent vivement", a déclaré Gogita Todradze, Directrice exécutive de l'Office national des statistiques de Géorgie.

Forte de ces enseignements, la Géorgie prévoit d'inclure des données sur le genre dans le commerce dans les statistiques qu'elle produit régulièrement. L'objectif est d'aider les décideurs à concevoir des politiques gouvernementales qui encouragent l'esprit d'entreprise chez les femmes, ainsi qu'à augmenter les salaires ainsi que les possibilités d'emploi des femmes dans le secteur du commerce.

Kenya : La coopération à l'échelle gouvernementale est essentielle pour exploiter les données existantes

Le Kenya, un autre pays pilote, a reconnu que l'interconnexion des microdonnées permettait d'économiser des ressources, tout en soulignant la nécessité d'une coopération au sein du gouvernement. Les données statistiques nécessaires à cette méthodologie peuvent provenir de plusieurs agences différentes.

Par exemple, le Bureau national des statistiques du Kenya (KNBS) n'a pas accès aux microdonnées commerciales en raison des politiques de confidentialité du pays.

Il a donc fallu coopérer avec la Kenya Revenue Authority (KRA) pour relier les données de la base de données douanières à ses données administratives fiscales.

Une fois le couplage des microdonnées terminé, la KRA - conformément aux protocoles de confidentialité des données - a anonymisé l'ensemble des données avant de les remettre au KNBS pour analyse.

À l'instar de l'expérience menée en Géorgie, le projet pilote au Kenya a permis de mieux comprendre les disparités entre les hommes et les femmes dans le domaine du commerce.

Il a permis de constater que, dans les sociétés commerciales kenyanes, les hommes représentaient environ 65 % du total des employés et que les hommes étaient en moyenne payés 21 à 27 % de plus que les femmes.

En outre, les hommes représentaient 72 % du nombre total de propriétaires de sociétés commerciales.

"Ces indicateurs peuvent contribuer à l'élaboration de politiques tenant compte de la dimension de genre, en identifiant les défis et les possibilités de promouvoir des chaînes de valeur intégrant la dimension de genre", a déclaré Cynthia Chelimo, du Département d'État du commerce du Kenya.