Technologies de pointe : des pays en développement plus performants que les autres, mais la plupart sont à la traine

25 février 2021
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Une équipe d'experts du département de l'agriculture des Philippines utilise des drones pour recueillir des données visuelles des cultures de riz endommagées dans la province de Pampanga. / © FAO/Veejay Villafranca

Les pays d’Afrique subsaharienne et d’autres régions en développement sont les moins préparés pour la nouvelle vague technologique. Un rapport de la CNUCED met en lumière ceux qui sont les plus performants.

Quelques pays en développement font preuve d'une capacité d'utilisation, d'adoption et d'adaptation des technologies de pointe plus forte que ne le laisserait supposer leur PIB par habitant. Cependant la plupart sont à la traîne, selon un indice évaluant 158 pays dans le Rapport 2021 sur la technologie et l'innovation de la CNUCED publié ce jour.

Les technologies de pointe sont celles qui tirent parti de la numérisation et de la connectivité. Elles comprennent l'intelligence artificielle (IA), l'internet des objets, le big data, la blockchain, la 5G, l'impression 3D, la robotique, les drones, l'édition génétique, les nanotechnologies et le photovoltaïque solaire. 

"Les technologies de pointe redéfinissent notre monde, en particulier notre avenir post-pandémie", a déclaré Shamika N. Sirimanne, directrice de la division technologie et logistique de la CNUCED. 

Elle a ajouté que malgré certains aspects négatifs associés à ces technologies, tels que leur potentiel à creuser les inégalités, à accroitre la fracture numérique et à perturber la cohésion socio-politique, elles pourraient s’avérer décisives pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD).

Le rapport présente un "indice de l’état de préparation des pays" qui évalue leurs progrès dans l'utilisation des technologies de pointe. Il prend en considération leurs capacités nationales en matière d'investissement physique, de capital humain et les efforts déployés en termes d’adoption technologique.

Il évalue les pays en fonction de leur état de préparation aux technologies de pointe, sur la base de cinq critères principaux : le déploiement des TIC, les qualifications, la recherche et le développement (R&D), le niveau d’activité industrielle et l'accès aux financements. 

Pays les plus performants

L'indice met en lumière les pays en développement qui obtiennent de meilleurs résultats en matière de technologies de pointe que ne le laisse supposer leur PIB par habitant. Leur surperformance est mesurée par la différence entre le classement réel de l'indice et le classement estimé de l'indice basé sur le revenu par habitant. 

 

Pays les plus performants par rapport à leur PIB par habitant

Countries punching above their weight
Source: Rapport 2021 sur la technologie et l'innovation de la CNUCED

 

L’Inde, pays le plus performant, atteint un indice réel de 43, alors que l'indice estimé sur la base du revenu par habitant était de 108, progressant ainsi de 65 places. Elle est suivie par les Philippines, qui ont vu leur indice progresser de 57 places.

Comment sont-ils parvenus à de tels niveaux, parfaitement inattendus ? La Chine, 25e au classement, et l'Inde, obtiennent de bons résultats en matière de R&D. Cela révèle une abondance en ressources humaines qualifiées et hautement qualifiées, disponibles à un coût relativement faible. Ces deux pays disposent également de vastes marchés domestiques, qui attirent les investissements des entreprises multinationales. En Chine, les progrès réalisés récompensent en partie les dépenses en R&D qui s’élèvent à 2 % du PIB.

Les Philippines sont bien classées au regard de son industrie, reflétant les niveaux élevés d'investissement étranger direct dans les secteurs à haute technologie, en particulier dans l'électronique. Les entreprises multinationales sont attirées par les chaînes d'approvisionnement bien établies du pays et un important secteur de fabrication de pièces détachées. Les Philippines ont également des politiques tournées vers les entreprises, ainsi qu'une main-d'œuvre qualifiée, bien formée et disposent d’un réseau de zones économiques. 

Toutefois, dans l'ensemble, les cinq pays en développement les plus performants sont moins bien classés en ce au regard de la connectivité et des compétences acquises en matière de TIC. Ceci concerne les pays en développement en tant que groupe. 

Têtes de file au niveau Mondial 

Selon l'indice, les États-Unis, la Suisse et le Royaume-Uni sont les mieux préparés aux technologies de pointe (tableau 2). La plupart des pays les mieux préparés sont européens, à l'exception de la République de Corée, de Singapour et des États-Unis. Certaines économies en transition, telles que la Russie, obtiennent également de bons résultats.

Les pays en tête de classement ont des performances bien équilibrées entre tous les éléments qui composent l’indice. Ces résultats sont généralement associés à des niveaux élevés en termes d'innovation et de PIB.

Comment les pays en développement peuvent-ils combler leur retard ?

Pour rattraper leur retard et aller de l'avant, la CNUCED exhorte les pays en développement à adopter des technologies de pointe tout en continuant à diversifier leurs bases de production et en maîtrisant les nombreuses technologies existantes. Ces pays doivent renforcer leurs systèmes d'innovation : la plupart d'entre eux sont fragiles, sujets à des défaillances systémiques et à des carences structurelles, indique le rapport. 

"Une approche menée par l’ensemble d’un gouvernement donné est nécessaire pour absorber ces technologies, par opposition à une approche en silos", a déclaré Mme Sirimanne.

Les pays en développement devraient également aligner leurs politiques en matière de science, de technologie et d'innovation (STI) sur leurs politiques industrielles, selon Mme Sirimanne. "Les nouvelles technologies peuvent redynamiser les secteurs de production traditionnels et accélérer l'industrialisation et la transformation structurelle de l'économie", a-t-elle ajouté. 

La CNUCED appelle également les gouvernements à faire appel à des acteurs diversifiés qui peuvent établir des synergies entre les politiques STI et d'autres politiques économiques - industrielles, commerciales, fiscales, monétaires et éducatives. L'État, l'industrie et les syndicats devraient travailler ensemble pour optimiser le potentiel de ces technologies à améliorer plus vite leur productivité.

À cet égard, les examens de la politique STI de la CNUCEDv peuvent aider les gouvernements à intégrer les politiques STI dans leurs stratégies nationales de développement tout en travaillant à la réalisation des ODD. 

Le rapport invite également les décideurs politiques à aider les personnes à acquérir les qualifications et compétences numériques nécessaires pour adopter et adapter les technologies de pointe dans les bases de production déjà existantes dans leur pays. 

Les gouvernements devraient également chercher à ce que toute la population puisse se connecter à Internet, en se concentrant sur les sites les plus éloignés. Les technologies de pointe exigent en effet une numérisation et une connectivité plus vastes. Ils devraient adopter des mesures incitatives et allouer des subventions non seulement pour accroître l’accès à Internet, mais aussi pour promouvoir les dispositifs par lesquels les gens se connectent.