Pour l'utilisation des médias d'information - Ce n'est pas un document officiel
UNCTAD/PRESS/PR/2020/023
La COVID-19 dévaste l'économie déjà en ruine du territoire palestinien occupé
Dans le territoire palestinien occupé, l’espace politique et les outils de politique économique nécessaires font défaut à l'Autorité palestinienne pour relever l'énorme défi posé par la pandémie

Genève, Suisse, 8 septembre 2020

La COVID-19 a aggravé les conditions économiques désastreuses dans le Territoire palestinien occupé (TPO), qui allaient déjà de mal en pis avant la pandémie, selon le dernier rapport de la CNUCED sur son assistance au peuple palestinien.

La pandémie a frappé à un moment particulièrement pénible pour le TPO. Avant même que la COVID-19 ne frappe, les prévisions pour l'économie palestinienne en 2020 et 2021 étaient déjà sombres, le PIB par habitant devant diminuer de 3 à 4,5 %.

Les taux de pauvreté et de chômage sont restés élevés et le PIB par habitant a diminué pour la troisième année consécutive, l'économie palestinienne continuant de se détériorer en 2019 et au cours du premier semestre 2020.

En 2019, le PIB réel a augmenté de moins d'un point de pourcentage, ce qui n'est pas mieux que les deux années précédentes. La Cisjordanie a enregistré son taux de croissance le plus faible depuis 2012 (1,15 %), tandis que la croissance économique à Gaza était pratiquement nulle. En effet, elle n'a pas réussi à rebondir après deux années consécutives de contraction de son PIB, à -7,7 % et -3,5 % en 2017 et 2018 respectivement.

Une économie en état de siège

La CNUCED évalue et fait régulièrement rapport sur les coûts économiques de l'occupation israélienne pour le peuple palestinien, comme le demandent plusieurs résolutions de l'Assemblée générale des Nations unies.

Les restrictions et les retenues sur les ressources fiscales continuent de saper l'économie palestinienne. La CNUCED a précédemment estimé la perte annuelle de ressources fiscales palestiniennes au profit du trésor israélien à 3,7 % du PIB, soit 17,8 % des recettes fiscales totales.

En outre, en mars de cette année, une nouvelle déduction annuelle de 144 millions de dollars a été appliquée sur les recettes douanières des palestiniens - ce qui équivaut aux paiements effectués par l'Autorité nationale palestinienne (ANP) aux familles des palestiniens détenus dans les prisons israéliennes ou tués lors d'attaques ou de prétendues attaques contre des Israéliens.

L'impasse budgétaire a pesé lourdement sur l'économie et a limité la croissance du PIB. L'impact de la perte budgétaire due à l'occupation a été aggravé par la baisse substantielle du soutien des donateurs à l'ANP. Le soutien budgétaire des donateurs est passé d'un niveau élevé de 32 % du PIB en 2008 à 3,5 % en 2019.

Les mesures imposées par Israël, la diminution du soutien des donateurs et les mauvaises performances économiques qui en découlent ont entraîné une détérioration significative des conditions socio-économiques sur le territoire palestinien, analyse le rapport.

Le taux de chômage déjà fort élevé est ainsi passé de 31% en 2018 à 33% en 2019, tandis que le niveau de pauvreté est passé de 25,8% à 29,2% entre 2011 et 2017, et s'est encore aggravé depuis.

À Gaza, 80 % de la population dépend d'une aide internationale instable, privée de sécurité alimentaire, de ressources en matière d'hygiène, de soins médicaux, d'électricité et d'eau potable.

La COVID-19 aggrave la situation économique

Les mesures de verrouillage pour contrôler la COVID-19 depuis son apparition dans le TPO début mars ont eu de graves implications fiscales. À peine un mois après l'épidémie, les recettes perçues par l'ANP au titre du commerce, du tourisme et des transferts ont atteint leur niveau le plus bas depuis 20 ans.

L'impact fiscal est aggravé par les dépenses supplémentaires en matière de santé, de protection sociale et de soutien au secteur privé rendues nécessaires par la pandémie.

En outre, l'économie palestinienne a été fortement dépendante des transferts tant officiels que privés. Toutefois, ces deux types de transferts devraient diminuer à la suite de la pandémie. Le soutien des donateurs en 2020 devrait tomber à environ 266 millions de dollars, le plus bas niveau depuis plus d'une décennie.

Diverses estimations du coût de la pandémie indiquent une perte économique de l'ordre de 7 à 35 % du PIB, selon les hypothèses de prévision sur la gravité et la durée de la pandémie. Les recettes fiscales devraient chuter en même temps que le PIB.

Sous l’occupation, l'ANP ne dispose pas de l'espace politique et des outils de politique économique nécessaires pour faire face au défi massif posé par la pandémie. Elle n'a pas accès à l'emprunt extérieur, n'a pas de monnaie nationale, n'a pas de politique monétaire indépendante et ne dispose d’aucune marge de manœuvre budgétaire.

"La communauté internationale devrait de toute urgence redoubler d’efforts pour soutenir le peuple palestinien et ainsi lui permettre de faire face aux effets négatifs sur l’économie de la pandémie. Il n'y a pas d'alternative au soutien des donateurs pour assurer la survie de l'économie palestinienne", a déclaré Mukhisa Kituyi, Secrétaire Général de la CNUCED.

Les femmes palestiniennes paient le plus lourd tribut sous l’occupation

Le rapport souligne la situation particulière des femmes palestiniennes. Il soutient que la dynamique de l'occupation affecte les groupes démographiques et régionaux de différentes manières, les femmes, les jeunes et la population de Gaza étant les plus touchés.

Sous l'occupation, le secteur agricole s’est rétréci avec la perte continue de terres et d’accès à l’eau. Sa part dans le PIB est passée de 35 % en 1972 à 4 % ces dernières années.

Les femmes palestiniennes ont payé le plus lourd tribut, car le déclin du secteur agricole les a privées de travail dans leur secteur d'emploi traditionnel, ne laissant guère d’alternatives après la période d’occupation.

En outre, les femmes sont touchées différemment par d'autres pratiques en lien avec l’occupation telles que les démolitions de maisons et les entraves à la circulation, qui limitent leur participation à l'éducation et au marché du travail.

Dans certaines régions, les parents hésitent à envoyer leurs filles à l'école en période de crise sécuritaire, et même de manière permanente. Il en résulte une faible fréquentation scolaire et un taux d'abandon élevé. Les effets cumulatifs exposent les femmes à un risque accru de pauvreté et de marginalisation.

Colonies : les faits sur le terrain et l'annexion imminente

Fin 2018, il y avait 150 colonies et 128 avant-postes en Cisjordanie, qui, selon les résolutions 2334 et 476 du Conseil de sécurité des Nations unies, constituent des violations flagrantes du droit international.

Le rapport de la CNUCED avertit que l'annexion de jure imminente des colonies par la puissance occupante, si elle a lieu, porterait un coup dévastateur à la solution à deux États et compromettrait les perspectives de paix dans la région.

En 2019 et au début de 2020, la puissance occupante a accéléré la construction de colonies alors que celles-ci sont illégales en vertu du droit international.

Pour favoriser l'expansion des colonies, le régime israélien de zonage et de planification rend pratiquement impossible à tout palestinien l’obtention d’un permis de construire sur ses propres terres, quel que soit le but recherché. Les Palestiniens sont donc contraints de construire sans permis, s’exposant à des démolitions punitives à leurs propres frais.

En 2019, Israël a démoli ou saisi 622 structures palestiniennes en Cisjordanie, dont 127 destinées à l'aide humanitaire.

La démolition est une expérience traumatisante qui entraîne la pauvreté, le déplacement, la perte d'un toit, la séparation des familles, la détresse psychologique et la privation de services de base tels que les soins de santé et d’éducation.

Entre-temps, entre 2000 et 2019, plus d'un million d'arbres productifs palestiniens ont été détruits sous l'occupation.