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UNCTAD/PRESS/PR/2021/012
Reprise post COVID-19 : une bataille ardue pour les petits États insulaires en développement
  • Ensemble, les PEID couvrent la deuxième plus grande superficie terrestre et maritime combinée du globe. Mers et océans définissent leurs forces et leurs vulnérabilités économiques, leurs cultures et géographies particulières.
  • Le rapport analyse leurs situations dans le contexte de la pandémie qui, selon les estimations, entraînera une baisse significative de leur PIB, en particulier dans les PEID qui dépendent fortement du tourisme.

Geneva, Suisse, 10 juin 2021

Les petits États insulaires en développement (PEID) sont confrontés à une épreuve très difficile alors qu'ils s'efforcent de se remettre de l'impact de la crise de la COVID-19 dans un contexte de vulnérabilité aggravée par celle-ci.

L'édition 2021 du rapport de la CNUCED intitulé Développement et mondialisation : Faits et Chiffres, publiée le 10 juin, met en évidence les nombreux atouts et défis auxquels sont confrontés ces pays économiquement vulnérables.

Le rapport est publié en vue de la 15e conférence ministérielle quadriennale de la CNUCED, qui se tiendra en ligne du 3 au 7 octobre sous les auspices d’un PEID, la Barbade. Les atouts et vulnérabilités particuliers à cette catégorie de pays seront au cœur des débats pendant la CNUCED 15.

"Ce rapport offre une perspective unique sur les PEID en combinant une grande variété d'informations statistiques pour les étudier sous les angles du commerce, de l'économie, de l'environnement et de la société", a déclaré Isabelle Durant, Secrétaire générale par intérim de la CNUCED.

"J'espère que cet outil statistique et analytique sera utile aux PEID eux-mêmes et pour tous ceux qui souhaitent comprendre ces îles", a-t-elle ajouté.

Vulnérables aux chocs

Si les PEID constituent un groupe de pays divers, ils ont en commun de nombreux défis tant socio-économiques qu’environnementaux. Les PEID sont très vulnérables aux chocs économiques et financiers extérieurs, leur vulnérabilité étant estimée 35 % plus importante que celle des autres pays en développement, selon le rapport. Le rapport analyse également les concepts de petitesse et d'insularité en fonction de l'éloignement ou de l'isolement.

Le rapport indique que 2020 a été une année particulièrement difficile pour eux. À la suite de la pandémie, les PEID ont connu une baisse du PIB estimée à 9 % en 2020, contre une baisse de 3,3 % dans les autres pays en développement, selon les projections du FMI.

Vous trouverez ci-dessous d'autres éléments significatifs extraits du rapport :

Le commerce : La COVID-19 a gravement touché les exportations de services des PEID, qui dépendent fortement du tourisme

  • Les exportations de services contribuent en moyenne à 25 % du PIB des PEID, et, près de la moitié de leurs exportations sont des services de voyage.
  • Suite à la pandémie de COVID-19, les PEID ont subi une baisse estimée à 70 % des recettes de voyage en 2020. L'Organisation mondiale du tourisme des Nations unies estime qu'il faudrait jusqu'à quatre ans pour que le tourisme international, source essentielle d'emplois et de moyens de subsistance, retrouve les niveaux de 2019.
  • Les PEID importent plus de marchandises qu'ils n'en exportent – en 2020, 24 d'entre eux affichent une balance du commerce des marchandises négative de plus de 55 % des importations.
  • Les PEID ont tendance à importer des produits manufacturés et à exporter des produits de base, notamment des denrées alimentaires. Pour Cabo Verde, Kiribati, les Maldives, la Micronésie et Tuvalu, les fruits de mer représentent à eux seuls 70 % de toutes les exportations de marchandises.
  • Une ouverture commerciale élevée, calculée par la moyenne de la somme des exportations et des importations de biens et de services par rapport au PIB, expose les PEID à des fluctuations de marché plus importantes que les autres économies en développement. L'ouverture commerciale des PEID était en moyenne de 95 % pour la période de 2005 à 2019.
  • L'éloignement pose des défis importants au développement économique des PEID. En termes de distance par rapport aux marchés internationaux, les PEID sont en moyenne plus loin que les autres pays, les PEID du Pacifique étant les plus éloignés.
  • De nombreux PEID sont mal positionnés en termes de connectivité maritime, le fret pour le transport de leurs importations étant environ 7 % plus élevé que la moyenne mondiale.
  • Les PEID ont enregistré une baisse de 28 % des escales portuaires en 2020, principalement en raison de la COVID-19. Les PEID représentent une part relativement importante des immatriculations de navires - les îles Marshall et les Bahamas se classant aux 3e et 8e rangs mondiaux.
  • La connectivité numérique dans les PEID est assez élevée car elle n'est pas entravée par la géographie. Néanmoins, les exportations de biens du secteur des technologies de l’information et de la communication par les PEID représentent une part relativement faible des exportations totales de marchandises, entre 0,5 % et 3 % en moyenne sur la période 2000-2019.

L'économie : Une grande hétérogénéité entre leurs économies, où les services dominent

  • De nombreux PEID ont mis en place de solides économies de services. Le secteur des services représentait plus de 70 % du PIB des PEID en 2019, contre 66 % en 2005. En moyenne, deux personnes sur trois travaillent dans les services, la moitié des hommes et trois femmes sur quatre, souvent dans des emplois liés au tourisme.
  • De 2016 à 2019, de nombreux PEID ont enregistré d'importants déficits des comptes courants et l'effondrement du tourisme dû à la pandémie de COVID-19 a encore creusé ces déficits en 2020.
  • Le PIB par habitant varie fortement d'un PEID à l'autre. En 2019, il était de 11 561 dollars (en prix courants) dans les Caraïbes, soit trois fois plus que dans les PEID du Pacifique et 1,6 fois plus que dans les PEID de l'Atlantique et de l'océan Indien. La moitié des 10 premiers PEID en termes de PIB total sont également dans les Caraïbes.
  • Les opportunités qu’offre l'agriculture sont limitées par le climat et la disponibilité de terres arables dans les plus petites îles. Mais l'agriculture, la sylviculture et la pêche restent des sources importantes d'emplois et de moyens de subsistance pour nombre de ces petites iles.
  • Le secteur manufacturier produit moins de 9 % du PIB, en moyenne, dans les PEID, ce qui est inférieur à celui des pays les moins avancés (PMA) (12,9 %) et des pays en développement sans littoral (PDSL) (12,6 %). Les PEID des Caraïbes dépassent souvent cette moyenne, tandis que les PEID du Pacifique sont plus souvent en dessous.
  • L'économie informelle contribue aux emplois et aux revenus, jouant un rôle important dans les PEID, mais les données nationales sont rares. L'Organisation internationale du travail estime que les travailleurs du secteur informel représentent près de la moitié de la main-d'œuvre mondiale, et que 80 % d'entre eux ont vu leur capacité à gagner leur vie durement touchée par la pandémie de COVID-19.
  • L'indice des capacités productives de la CNUCED montre que le capital humain, des institutions efficaces, un climat commercial favorable et des infrastructures viables en matière de TIC et de transport sont essentiels à la réussite de la servicisation dans les PEID. Le PIB par habitant est plus élevé dans les PEID qui ont réussi à passer de la production primaire aux activités de services.
  • Les PEID figurent parmi les pays en développement les plus endettés au monde. En 2019, la dette extérieure représentait 62 % de leur PIB, un niveau record, principalement dû à l'augmentation de la dette à court terme et de la dette privée.

Environnement : De nombreux PEID sont particulièrement vulnérables aux impacts de la crise climatique

  • Quatre des dix pays les plus vulnérables sur le plan environnemental sont des PEID, selon l'indice de vulnérabilité environnementale 2020.
  • Les PEID sont pionniers dans la conception et la mise en œuvre d'instruments financiers verts pour renforcer la résilience de la dette, en particulier pour l'adaptation au changement climatique et l'atténuation de ses effets.
  • En moyenne, 13 % des terres des PEID du Pacifique se situent à moins de 5 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui souligne leur vulnérabilité à la montée des eaux. Aux Maldives, à Kiribati et à Tuvalu, 99 % des terres sont situées en dessous de ce niveau.
  • Bien qu'ils souffrent de manière aiguë des impacts du changement climatique, les PEID n'ont émis que 0,2 % des émissions mondiales de CO2 en 2016.
  • Les PEID dépendent de l'économie des océans, ou économie bleue. Le tourisme côtier et marin en est le plus grand secteur, tandis que la pêche, bien que plus petite en part de PIB, est une source importante de revenus et d'emplois, notamment pour les communautés côtières.
  • Certains PEID exportent des matériaux de substitution au plastique, par exemple des fibres naturelles, du verre, du carton et du papier. La demande croissante de matières de substitution aux plastiques pourrait profiter à ces PEID à l'avenir.

Santé et population : plusieurs paramètres sociaux dans les PEID se classent au-dessus de la moyenne mondiale

  • La dépendance des enfants est élevée dans les PEID du Pacifique, avec 62 enfants à charge en 2019 pour chaque personne en âge de travailler (15 à 64 ans), contre une moyenne mondiale de 39, et une moyenne de 32 dans les PEID des Caraïbes.
  • Les PEID obtiennent un score proche de la moyenne mondiale en matière d'indice de développement humain, et 60 % des PEID obtiennent un score très élevé ou élevé.
  • En 2017, la part de la population des PEID utilisant l'Internet se situait au niveau de la moyenne mondiale. Les compétences en TIC sont des moyens précieux pour surmonter l'éloignement physique.
  • Les PEID du Pacifique ont enregistré des taux de maladies de la COVID-19 et un nombre de décès remarquablement bas, très inférieurs aux moyennes mondiales, et ce, pendant toute la durée de la pandémie (selon les données de juin 2021).
  • En 2019, l'indice d'inégalité de genre a classé la plupart des PEID mieux que la moyenne mondiale, et tous les PEID mieux que la moyenne des PMA. Toutefois, la part des femmes et des filles victimes de violences a été élevée dans certaines îles, notamment dans le Pacifique.
  • Des inégalités existent sur les marchés du travail des PEID, les femmes étant plus susceptibles d'être au chômage que les hommes. En outre, la participation des femmes à la population active est nettement plus faible, en moyenne 53 %, contre 72 % pour les hommes. Par ailleurs, la proportion de femmes propriétaires d’entreprises dépasse la moyenne mondiale dans la plupart des PEID.
  • Selon l'Union interparlementaire, en janvier 2021, les PEID n'avaient pas encore atteint une représentation égale des femmes et des hommes dans leurs parlements nationaux, bien que la Grenade en soit proche, avec 47% de femmes dans son parlement.

Pour plus de détails sur les données, l’analyse et les classifications utilisées, veuillez-vous référer à https://dgff2021.unctad.org/.