Le commerce mondial est à nouveau en expansion, mais les forces qui le façonnent subissent d’importants changements. Les tensions géopolitiques, l’évolution des politiques commerciales et l’incertitude croissante modifient les schémas des échanges et restructurent les chaînes de valeur mondiales. La fragmentation et les trajectoires inégales entre régions et secteurs deviennent des caractéristiques déterminantes des modèles commerciaux.
Le rapport indique que le commerce mondial a atteint un niveau record en 2025, malgré la poursuite de ces mutations structurelles. Comprendre ces tendances est essentiel pour évoluer dans une économie mondiale plus complexe et moins prévisible.
Le commerce mondial atteint un record, principalement tiré par les biens
Le commerce mondial des biens et services a dépassé 35 000 milliards de dollars en 2025 – un nouveau record absolu. Les biens représentaient environ les trois quarts du total. Les services constituaient le reste.
La croissance en 2025 a été soutenue dans les deux cas :
- Le commerce des biens a progressé d’environ 6,5 % et a constitué le principal moteur de la hausse.
- Les services ont crû plus rapidement, à près de 9 %, poursuivant une tendance de long terme.
- L’augmentation des volumes plutôt que celle des prix explique l’essentiel de la croissance.
Les services ont plus que doublé depuis 2010. Cela reflète la montée des services numériques, du commerce électronique et la reprise des voyages et du tourisme.
La mondialisation repart mais la fragmentation s’accentue
Après deux années de baisse, la mondialisation s’est renforcée en 2025, avec une hausse du ratio commerce/PIB.
Dans le même temps, les schémas commerciaux évoluent :
- La concentration des échanges a augmenté, la croissance étant plus rapide dans les grandes économies.
- Les tendances des échanges à longue distance se sont stabilisées, tandis que les liens commerciaux de proximité ont progressé un peu plus vite.
- Les changements de politique et les tensions géopolitiques continuent de redessiner les flux commerciaux.
Ces changements témoignent d’un système moins uniforme et de plus en plus fragmenté, avec une attention croissante portée à la résilience.
Les économies en développement portent la croissance, mais des écarts subsistent
Les économies en développement sont désormais les principaux moteurs de la croissance mondiale du commerce de biens, notamment à travers le commerce entre elles.
Les principales tendances à noter :
- Le commerce Sud-Sud a dépassé 6 000 milliards de dollars en 2024, soit environ un quart du commerce mondial de biens.
- Les économies en développement ont enregistré une croissance d’environ 5 % des exportations et des importations.
- Mais les économies développées dominent toujours le commerce mondial, avec 54 % des exportations mondiales et 58 % des importations mondiales.
Le commerce demeure concentré sur quelques régions. L’Asie de l’Est en développement représente à elle seule environ 60 % des exportations des pays en développement. Cela illustre à la fois le rôle croissant du Sud global et la persistance des déséquilibres régionaux.
Les tendances sectorielles révèlent une forte croissance des services et des évolutions dans le commerce des biens
Les schémas commerciaux diffèrent selon les secteurs. Les services ont été la composante à la plus forte croissance en 2024, avec une expansion d’environ 8 %. Parallèlement, le commerce des ressources naturelles a reculé de 6 %.
Au sein du commerce des biens :
- Les biens intermédiaires sont restés la principale catégorie, représentant 41 % du total.
- Les biens d’équipement et de consommation ont atteint des niveaux record.
- Les biens transformés ont progressé tandis que les produits primaires ont diminué.
À un niveau plus détaillé :
- Les machines et instruments de précision ont mené la croissance du secteur manufacturier.
- Le café, le thé, les épices et les aliments préparés ont porté le commerce agricole.
- Les combustibles minéraux ont diminué, principalement à cause de la baisse des prix.
Ces évolutions traduisent des changements dans la demande, ainsi que les variations de prix des principales matières premières.
Les réseaux commerciaux restent inégaux et moins intégrés
Les réseaux du commerce mondial demeurent inégaux à travers les régions et les secteurs. L’intégration est la plus forte dans les économies développées et en Asie de l’Est. Elle est plus faible dans d’autres régions.
Les principales caractéristiques sont :
- L’intégration internationale a reculé dans la plupart des secteurs manufacturiers depuis 2019.
- L’intégration régionale reste la plus forte dans les économies développées et en Asie de l’Est.
- L’Afrique et l’Amérique latine affichent toujours une faible intégration régionale.
- Les partenaires extrarégionaux demeurent la principale destination commerciale pour la plupart des régions en développement, davantage que les marchés intrarégionaux.
Conclusion : La croissance se poursuit, mais le système évolue
Le commerce mondial a atteint un nouveau sommet en 2025, mais la structure sous-jacente du système évolue. Fragmentation, régionalisation et intégration inégale deviennent des traits toujours plus marqués du commerce mondial.
Les économies en développement occupent une place croissante dans la dynamique de croissance, alors même que des déséquilibres persistants subsistent. Par ailleurs, les tensions géopolitiques, l’évolution des politiques commerciales et les mutations structurelles de la production continuent de rediriger les flux d’échanges et de transformer les chaînes de valeur mondiales.
Ce paysage en mutation est plus complexe et moins prévisible que durant les décennies précédentes. Pour rester compétitifs et saisir les opportunités à venir, les pays devront s’adapter – en renforçant leur résilience, en approfondissant les liens régionaux lorsque cela est bénéfique et en s’inscrivant dans l’architecture évolutive du commerce mondial.
