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Nouvelle mobilisation des Nations Unies pour mettre fin à la crise des gens de mer

28 février 2022

Avec l’évolution de la pandémie de COVID-19, des variants préoccupants comme Omicron et de nouveaux défis, le sort des gens de mer, acteurs clés du commerce mondial, risque de s’aggraver encore à travers le monde.

© Igor Kardasov | La plupart des 1,9 million de marins dans le monde sont originaires de pays en développement.

Quatre organisations des Nations Unies ont appelé le 24 février à une collaboration mondiale pour résoudre la crise du changement d'équipage qui a bloqué en mer jusqu’à 400 000 marins lors de la pandémie de la COVID-19.

L'Organisation internationale du travail (OIT), l'Organisation maritime internationale (OMI), la CNUCED et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) demandent instamment aux gouvernements, au secteur du transport maritime et aux autres parties prenantes de redoubler d'efforts pour préserver la santé et la sécurité des marins et d’éviter les perturbations sur les chaînes d'approvisionnement.

Les organisations notent qu'avec l'assouplissement des restrictions de voyage liées au COVID-19 et l'augmentation des taux de vaccination du personnel maritime, la crise humanitaire en mer a montré des signes d'amélioration avant l'apparition du variant Omicron.

Selon l'indice du changement d'équipage de la Déclaration Neptune, qui repose sur les données de dix grands gestionnaires de navires employant quelque 90 000 marins, le pourcentage de marins embarqués à bord de navires au-delà de leur contrat est passé de 9 % en juillet 2021 à 3,7 % en décembre 2021.

Mais cette part a bondi de nouveau pour atteindre 4,2 % à la mi-janvier 2022. Après qu’Omicron ait été qualifié de "variant préoccupant" (VOC), de nombreux pays ont rapidement réimposé des mesures telles que des interdictions de voyager qui ont concerné les marins partout dans le monde. La plupart d’entre eux sont originaires de pays en développement.

Les organisations des Nations Unies craignent que les tendances positives observées avant Omicron ne s'inversent davantage. « Si le nombre de marins qui restent bloqués a diminué, il reste considérable et des efforts supplémentaires doivent être déployés pour rectifier la situation et atténuer la crise persistante », indique la déclaration.

Essentiel au commerce mondial

Plus de 80 % du volume du commerce mondial de marchandises est transporté par voie maritime. Et tout au long de la pandémie, les 1,9 million de marins ont joué un rôle essentiel permettant de maintenir les navires opérationnels en assurant la livraison de biens essentiels tels que nourriture, matériel médical et vaccins.

Mais les restrictions imposées pour lutter contre la propagation de la pandémie ont empêché de nombreux marins de quitter leur navire. Ils sont restés bloqués en mer bien au-delà de l'expiration de leur contrat de travail et souvent au-delà de la période maximale par défaut de 11 mois de service continu à bord, comme l'exige la convention du travail maritime de 2006.

De même, certains gens de mer n'ont pas pu rejoindre les navires pour remplacer les équipages bloqués, ce qui a entraîné une perte de revenus importante et des difficultés pour les marins et leur famille.

À bord des navires, les gens de mer sont également confrontés à de nombreux autres défis qui les exposent à des risques ou à un stress accru.

Par exemple, ils ont souvent manqué d'accès aux tests et aux équipements de protection individuelle nécessaires pour assurer leur sécurité, tout en travaillant dans un environnement où il est souvent difficile de respecter la distanciation sociale.

En décembre, la CNUCED a publié une note de synthèse soulignant la nécessité de renforcer la coopération internationale pour assurer la sécurité des marins et maintenir ouvertes les chaînes d'approvisionnement mondiales dans un contexte de pandémie en pleine évolution.

Elle a souligné qu'une action visant à protéger les droits et le bien-être des équipages des navires et de leurs familles contribuerait à soutenir les économies des pays d'origine des marins et à maintenir la fluidité du commerce mondial. Un tel soutien contribuerait également à faire progresser les Objectifs de développement durable, en particulier l'Objectif 8 sur le travail décent et la croissance économique.

Dix mesures pour agir

Reconnaissant le rôle essentiel du secteur maritime dans le maintien de la fluidité du commerce pendant la lutte contre la COVID-19, les quatre organisations des Nations Unies appellent les gouvernements, les autorités nationales et locales, et toutes les parties prenantes, y compris les employeurs, à prendre les dix mesures essentielles suivantes.

  1. Fournir aux marins un accès immédiat aux soins médicaux et faciliter leur évacuation médicale lorsque les soins requis ne peuvent être fournis à bord.
  2. Désigner les gens de mer comme des "travailleurs essentiels”, afin de faciliter les changements d'équipage en mer et les déplacements transfrontaliers en toute sécurité, et reconnaître les documents pertinents à cette fin.
  3. Donner la priorité à la vaccination des gens de mer, dans la mesure du possible, dans les programmes nationaux de vaccination contre le COVID-19 et les exempter de toute politique nationale exigeant une preuve de vaccination contre le COVID-19 comme seule condition obligatoire d'entrée, conformément aux recommandations de l'OMS.
  4. Fournir ou administrer des tests COVID-19 et des EPI appropriés aux gens de mer, y compris des tests PCR si nécessaire, pour faciliter l'identification des cas à bord ou au port, et pour faciliter les déplacements des gens de mer, y compris les congés à terre et les changements d'équipage.
  5. Veiller à l'application cohérente des protocoles et normes convenus au niveau international, y compris ceux relatifs aux documents de voyage et de vaccination des gens de mer, assurer une coordination appropriée et faire en sorte d’éviter les mesures punitives, les amendes et les coûts excessifs.
  6. Adopter les instruments juridiques les plus récents, notamment la MLC, 2006 et la convention sur les pièces d'identité des gens de mer (révisée), 2003, telle que modifiée (nº 185), et veiller à leur mise en œuvre.
  7. Mettre en œuvre les directives sectorielles de l'OMS récemment mises à jour pour la gestion du COVID-19 à bord des cargos et des navires de pêche, publiées en décembre 2021, qui, entre autres, soulignent l'importance des interventions non médicales, telles que l'utilisation de masques faciaux indépendamment du statut vaccinal.
  8. Fournir, le cas échéant, les certificats numériques sanitaires aux réseaux de confiance pertinents, tels que l'OACI pour les voyages internationaux.
  9. Continuer à collaborer pour faire en sorte que les recommandations pertinentes soient régulièrement mises à jour, conformément aux développements et à l'évolution des connaissances scientifiques ; et que des mécanismes soient en place pour réduire et répondre efficacement aux urgences médicales en mer.
  10. Entreprendre des efforts de collaboration concertés pour assurer la sécurité des marins et limiter les perturbations sur les chaînes d'approvisionnement, ainsi que pour empêcher la propagation incontrôlée des COV émergents, qui pourrait prolonger la pandémie et ses vastes conséquences socio-économiques.