Intégrer l’inclusion dans l’architecture en rapide évolution de la transition énergétique mondiale.
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Alors que les gouvernements accélèrent leurs efforts pour sécuriser l’approvisionnement en cobalt, en nickel et en autres minéraux stratégiques essentiels aux véhicules électriques, aux batteries et aux systèmes d’énergie renouvelable, la course mondiale aux minerais essentiels pour la transition énergétique redéfinit la politique industrielle et les alliances commerciales.
Des dizaines de nouvelles mines et d’installations de traitement pourraient être nécessaires d’ici 2030 pour satisfaire une demande croissante liée aux engagements en faveur de zéro émission nette et aux nouvelles stratégies industrielles.
Pour les économies en développement riches en ressources minérales, cette flambée constitue une opportunité rare : aller au-delà de l’extraction brute pour s’orienter vers des activités à plus forte valeur ajoutée telles que la transformation et le raffinage, renforçant ainsi les capacités nationales et la résilience économique.
Mais un nouveau rapport de l’ONU commerce et développement avertit que les bénéfices de cette transition ne seront pas automatiques.
Minéraux stratégiques et nouvelle dynamique industrielle
Le rapport examine le rôle des femmes dans l’extraction du cobalt en République démocratique du Congo et celui du nickel en Indonésie – deux fournisseurs clés des chaînes d’approvisionnement mondiales en minéraux.
À mesure que les pays favorisent l’industrialisation en aval – illustrée par le développement de la transformation du nickel en Indonésie –, l’activité minière devient de plus en plus technologique.
L’automatisation, le suivi numérique et les procédés de raffinage avancés accroissent la demande de compétences techniques et professionnelles. Cette transformation redéfinit la répartition de la valeur au sein des chaînes de valeur minérales.
Des écarts de genre persistants dans un secteur en croissance
Les femmes ne représentent que 10 % à 13 % de la main-d’œuvre mondiale du secteur minier industriel.
Dans certaines zones de production de cobalt de la République démocratique du Congo, elles représentent jusqu’à 40 % des mineurs artisanaux et à petite échelle. Pourtant, elles sont souvent concentrées dans des activités moins bien rémunérées et plus dangereuses, telles que le lavage et le tri du minerai, souvent sans équipement de protection.
Dans une enquête, 90 % ont déclaré n’avoir jamais reçu de formation formelle en matière de sécurité ou de techniques minières.
Sans politiques volontaristes d’inclusion, la modernisation technologique risque de renforcer les écarts de genre existants et de cantonner les femmes à des rôles informels ou à faible productivité – alors même que les investissements et les recettes d’exportation progressent.
Les choix de gouvernance détermineront les résultats
Le rapport affirme que la course aux minéraux stratégiques constitue aussi une épreuve de gouvernance.
Les cadres commerciaux et d’investissement, la législation minière, les règles de contenu local et les politiques de développement des compétences déterminent collectivement la répartition des opportunités tout au long de la chaîne de valeur.
Si les considérations de genre ne sont pas intégrées dans ces cadres dès le départ, les disparités risquent de s’ancrer à mesure que les flux de capitaux se dirigent vers le secteur.
Des pratiques émergentes montrent qu’une autre voie est possible.
Dans la province de Lualaba, en République démocratique du Congo, une entreprise de cuivre a lié ses objectifs de recrutement local à des investissements dans l’éducation des filles et le développement des compétences.
Grâce à des programmes de préparation à l’emploi et de formation en alternance, 114 des 228 recrutements communautaires étaient des femmes, tandis que la moitié des bourses d’études secondaires ont été attribuées à des filles en 2023.
Environ 30 % des embauches locales à des postes de début de carrière ont été occupées par des femmes.
La CNUCED préconise une double stratégie : intégrer les considérations liées au genre dans les lois minières et les politiques de chaîne de valeur, tout en améliorant les conditions de travail et la protection sociale des femmes déjà actives dans l’exploitation artisanale.
À mesure que la géopolitique des minerais essentiels s’intensifie, les décisions prises aujourd’hui structureront le marché du travail et l’organisation industrielle pour des décennies.
Garantir l’accès des femmes aux compétences, aux emplois et aux fonctions dirigeantes n’est pas un simple complément à la transition énergétique – cela fait partie de l’architecture économique qui déterminera qui en bénéficiera.
