La géoéconomie rend le commerce mondial et l’accès aux marchés plus sélectifs, reconfigure l’interdépendance économique et modifie le chemin vers le développement durable.
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Le commerce mondial a résisté malgré les tensions géopolitiques, la fragmentation et l’augmentation des risques financiers. Après avoir atteint 35 000 milliards de dollars en 2025, il devrait croître d’environ 4,5 % en 2026.
Mais les règles déterminant qui commerce avec qui évoluent, selon la dernière Rapport sur le commerce et le développement.
Le rapport de la CNUCED qualifie ce changement de géoeconomie — l’utilisation d’outils économiques pour atteindre des objectifs stratégiques.
Les gouvernements recourent de plus en plus à des restrictions commerciales, des subventions financières, des règles d’investissement et des contrôles technologiques pour concurrencer dans des secteurs jugés essentiels à la sécurité économique et nationale, y compris les semi-conducteurs, les infrastructures d’intelligence artificielle et les technologies propres.
Le commerce demeure mondial, mais sa géographie évolue
Les considérations géoéconomiques influencent de plus en plus les choix des entreprises quant à l’approvisionnement, la constitution de réseaux de production et les investissements.
Les relations stratégiques, la localisation et la perception de la fiabilité gagnent en importance, au-delà du coût et de l’efficacité.
Alors que le commerce entre certains grands partenaires a diminué, de nouveaux liens se sont créés, les entreprises diversifiant leurs fournisseurs et leur production.
Cependant, intégrer une chaîne d’approvisionnement mondiale ne signifie pas nécessairement capter une part importante de sa valeur, alerte le rapport.
La République démocratique du Congo a produit environ 73 % du cobalt extrait dans le monde en 2025, mais les producteurs nationaux n’étaient à l’origine que de 1 % de la production du pays. L’Afrique capte moins de 1 % de la valeur des chaînes d’approvisionnement vertes.
Un nouvel espace pour les économies en développement
Le virage géoéconomique peut offrir des possibilités aux économies en développement de devenir fournisseurs, sites de production ou relais régionaux alternatifs.
Les pays disposant d’un vaste marché intérieur, d’une position stratégique et d’une capacité institutionnelle croissante peuvent jouer un rôle d’ancrage régional, connecter les marchés et renforcer la coopération dans le commerce, la technologie, les infrastructures et la finance.
À cet égard, le rapport cite le partage de l’infrastructure publique numérique par l’Inde, l’expansion par le Brésil de son système de paiement instantané à l’échelle de l’Amérique du Sud et le Système panafricain de paiement et de règlement, qui contribue à lever les obstacles aux paiements transfrontaliers.
De telles initiatives peuvent compléter le système commercial multilatéral en aidant les économies en développement à élargir leurs marchés, réduire les coûts commerciaux et renforcer leur pouvoir de négociation collective.
Maintenir l’ouverture des marchés tout en renforçant les capacités
Le rapport souligne que les garanties pour le développement devraient rester ancrées dans les règles multilatérales.
L’Organisation mondiale du commerce demeure essentielle pour la non-discrimination et les disciplines fondamentales du commerce. Son rôle devrait également évoluer afin de répondre aux questions de politique industrielle, de sécurité économique, de mesures climatiques et de réglementation numérique.
Lorsque l’accord mondial est difficile, les arrangements régionaux et Sud–Sud peuvent contribuer à préserver l’accès aux marchés et à simplifier les règles d’origine.
Les économies en développement ont aussi besoin de soutien pour satisfaire aux exigences complexes des marchés, notamment en matière de normes, de certification, de traçabilité, de douanes numériques et de conformité réglementaire.
Sans ces capacités, les entreprises risquent d’être exclues faute de pouvoir respecter les règles — même si elles sont compétitives.