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La dépendance aux matières premières : 5 choses à savoir

09 octobre 2023

Les produits agricoles, énergétiques et miniers constituent la base du commerce mondial, mais une trop grande dépendance à leur égard peut rendre une économie vulnérable et des populations pauvres, en particulier dans les pays en développement.

© Shutterstock/travelography.ch | Un mineur à Potosi, en Bolivie.

Les matières premières, qu'elles soient sous forme de céréales dans nos repas, de coton dans nos vêtements ou de cuivre dans nos appareils électroniques, constituent le fondement du commerce mondial.

Lorsque ces matières premières représentent 60 % ou plus des recettes d'exportation de marchandises d'un pays, ce pays est considéré comme étant « dépendant des produits de base ». Bien que ce type de de dépendance soit un problème mondial, ce sont les pays en développement qui en souffrent le plus.

Selon le dernier rapport de la CNUCED sur l'état de la dépendance aux produits de base, seuls 13 % des pays avancés figurent sur la liste, parmi lesquels on compte l'Australie et la Norvège, tandis que les 85 % des pays les moins avancés sont concernés.

Sur les 195 pays membres de l'organisation, 95 sont classés comme pays en développement dépendant des exportations de produits de base.

Depuis plus d'un demi-siècle, la CNUCED place la dépendance aux produits de base au cœur de ses travaux, en publiant des rapports périodiques et en organisant une conférence annuelle avec des décideurs et des experts des secteurs des produits de base. 

Voici cinq choses à savoir sur la dépendance aux produits de base et ses implications pour le développement.

1. Elle est associée à un niveau plus bas de développement humain

La dépendance aux produits de base va généralement de pair avec le sous-développement, comme le montre l'indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement. 

En 2021, parmi les 32 pays ayant un faible IDH, 29 étaient dépendants aux exportations des produits de base. En moyenne, ces produits de base représentaient 82 % des exportations de ces pays.

De plus, la dépendance aux exportations des produits de base est généralement observée dans les pays où l'accès aux services publics essentiels est limité. Par exemple, en 2020, les 20 pays ayant la plus faible proportion de la population ayant accès à l'électricité étaient dépendants des produits de base, ces derniers constituant en moyenne 90 % de leurs exportations.

2. Elle nuit aux performances économiques et expose les pays à des chocs. 

Les pays tributaires des produits de base sont souvent confrontés à des problèmes tels que le ralentissement de la productivité, la volatilité des revenus, la surévaluation des taux de change et l'augmentation de l'instabilité économique et politique.

La découverte d'importants gisements de ressources naturelles peut déclencher un afflux de devises étrangères, renforçant la monnaie nationale à un niveau qui réduit la compétitivité des secteurs traditionnels. Cela pousse l'économie à se tourner davantage vers les matières premières. 

La dépendance aux exportations de produits de base peut rendre une économie très vulnérable aux chocs, tels que la pandémie de COVID-19, et aux fluctuations des prix sur les marchés internationaux.

Les pays qui dépendent de quelques produits de base ou même d'un seul - comme la Zambie qui dépend du cuivre ou l'Irak du pétrole - sont encore plus vulnérables. Une chute des prix des produits de base peut réduire les recettes d'exportation, entraînant des problèmes tels que la réduction des investissements publics, la dévaluation de la monnaie, l'augmentation de la dette publique et un risque accru de défaut de paiement. 

La baisse des prix des produits de base touche les ménages, en particulier ceux qui dépendent des produits agricoles tels que le café, le coton, le thé et le cacao pour leurs emplois et leurs revenus. Les conditions macroéconomiques négatives entravent la rentabilité des entreprises et, par conséquent, leur contribution aux performances économiques générales d'un pays. 

En outre, la concurrence pour le contrôle des bénéfices tirés de ces ressources naturelles a déclenché des guerres civiles dans de nombreux pays en développement tributaires des produits de base.

3. Elle rend les pays plus vulnérables au changement climatique

Plus de 60 % des petits États insulaires en développement du monde – qui se trouvent en première ligne de la crise climatique - dépendent des exportations de produits de base.

Les pays en développement tributaires des produits de base représentent 95 % des 20 pays les plus vulnérables au changement climatique, ce qui amplifie leurs problèmes économiques et sociaux. 

La hausse des températures menace la croissance économique en réduisant les rendements agricoles, en diminuant l'accumulation de capital, en réduisant la productivité des travailleurs et en nuisant à la santé des populations.

Si le changement climatique n'est pas maîtrisé, d'ici 2100, un pays à faible revenu moyen pourrait subir des pertes économiques équivalant à 100 % de son produit intérieur brut (PIB) actuel. 

En outre, les efforts déployés au niveau mondial pour s'orienter vers les énergies renouvelables pourraient poser des problèmes aux pays en développement qui dépendent des exportations de combustibles fossiles. Pour limiter le réchauffement de la planète à 2°C, de vastes réserves - jusqu'à un tiers du pétrole, la moitié du gaz naturel et 80 % du charbon - doivent rester inexploitées.

Par conséquent, certains de ces pays pourraient voir leurs revenus diminuer à mesure que leurs ressources naturelles deviennent des actifs abandonnés dans une économie mondiale plus verte.

4. Elle est difficile mais pas impossible à surmonter 

La dépendance aux produits de base tend à être une situation persistante qui entrave le développement économique d'un pays.

Les estimations montrent que, dans les conditions actuelles, un pays moyennement dépendant des produits de base mettrait environ 190 ans pour réduire de moitié sa dépendance par rapport à d'autres pays.

Cependant des exemples de réussite démontrent qu'il est possible de s'affranchir de cette dépendance et offrent des stratégies à suivre. Par exemple, le Costa Rica est passé du commerce de bananes et de café à l'exportation de services et d'instruments médicaux, tandis que la Malaisie, est passée de la production de caoutchouc et d'étain à la fabrication d'appareils électroniques. 

Ces deux pays montrent que le secteur manufacturier peut être un vecteur pertinent pour réduire la dépendance aux produits de base dans les pays en développement. Que le secteur utilise ou non des matières premières comme intrants, il contribue à la diversification des exportations et de l'ensemble de l'économie. 

Ces exemples de réussite montrent également que pour s'affranchir de la dépendance aux produits de base, il faut une volonté politique forte, une vision réaliste et à long terme du développement et une stratégie de mise en œuvre ambitieuse mais réalisable.

5. Elle appelle à des politiques visant à exploiter les opportunités et à atténuer les risques de la transition énergétique

Le Rapport sur les produits de base et le développement 2023 de la CNUCED souligne comment les pays tributaires des produits de base peuvent parvenir à une croissance durable et inclusive en rendant leurs économies plus diversifiées, plus résilientes et plus prêtes pour un avenir à faible émission de carbone. 

Nombre de ces pays disposent d'un potentiel inexploité en matière d'énergie renouvelable, notamment solaire, éolienne et hydroélectrique. Il existe également des possibilités de construire et d'entretenir de nouveaux équipements à faible émission de carbone, ainsi que de participer à des projets d'adaptation au changement climatique. 

Outre la diversification des exportations et la création d'emplois, l'exploitation des énergies renouvelables peut contribuer à réduire les disparités énergétiques. Des technologies telles que les mini-réseaux solaires pourraient apporter l'électricité dans des zones isolées, contribuant ainsi à moderniser les écoles et à fournir aux ménages des technologies plus propres pour cuisiner. 

Cependant, la course aux minerais tels que le cobalt, le lithium et le cuivre, qui sont essentiels à la production d'énergie propre, pourrait accentuer la dépendance aux exportations de matières premières. Pour éviter cela, les pays doivent ajouter de la valeur aux minerais au niveau national et remonter les chaînes d'approvisionnement en matières premières. 

La transition implique également de grands défis pour les pays en développement exportateurs de combustibles, qui devront reconfigurer leurs économies.

Le rapport préconise des politiques industrielles vertes adaptées aux ressources, aux capacités de production et aux inégalités de chaque pays en développement tributaire de matières premières. Il appelle à un soutien accru des partenaires internationaux pour les aider à adopter une voie de diversification plus durable, en valorisant davantage leurs ressources, en intégrant mieux les chaînes d'approvisionnement régionales et mondiales et en s'attaquant aux disparités énergétiques qui entravent leur développement. 

La CNUCED souligne la nécessité de veiller à ce que la transition soit « juste » grâce à des politiques qui étendent les opportunités à l'ensemble de la société et protègent les groupes vulnérables tels que les communautés qui dépendent des combustibles fossiles pour leurs emplois et leurs revenus.