Le rapport examine comment la « cumulation » – qui permet aux pays de partager des intrants au-delà des frontières tout en continuant à bénéficier de préférences commerciales – peut renforcer les chaînes de valeur régionales et le développement industriel en Afrique subsaharienne.
À partir de données provenant d’entreprises de cinq pays, les conclusions font ressortir un écart manifeste entre le potentiel et la réalité.
Bien que la cumulation soit inscrite dans d’importants accords commerciaux, elle demeure davantage une option juridique qu’une réalité commerciale en Afrique subsaharienne. Les entreprises de la région y recourent rarement en pratique, même lorsque le potentiel de création de chaînes de valeur existe. Cet écart s’explique par une faible sensibilisation, des procédures douanières complexes et des coûts logistiques élevés.
Le rapport identifie des chaînes de valeur régionales prometteuses qui pourraient se développer si ces obstacles étaient levés.
Les expériences nationales révèlent des progrès inégaux
Les données recueillies au niveau des entreprises montrent que les progrès varient considérablement d’un pays à l’autre, mais les défis restent similaires.
- Maurice et l’Afrique du Sud offrent les exemples les plus avancés de mise en pratique de la cumulation. Pourtant, même dans ces cas, le recours à la cumulation demeure limité et souvent cantonné à certains secteurs, comme l’automobile, ou à des situations particulières.
- Au Kenya, l’engagement des entreprises et des institutions est fort, mais les contraintes logistiques et le recours limité aux approvisionnements régionaux – notamment pour les tissus – freinent une adoption plus large.
- En Éthiopie, la connaissance des règles d’origine demeure faible parmi les entreprises et la compréhension de la cumulation est limitée. Au Mozambique, la sensibilisation institutionnelle s’améliore, mais la connaissance et la capacité du secteur privé restent faibles.
Des obstacles systémiques limitent l’action des entreprises
Dans tous les pays, des contraintes structurelles freinent l’utilisation concrète de la cumulation, même lorsque les entreprises en perçoivent le potentiel.
- Les procédures douanières d’importation d’intrants depuis des partenaires régionaux restent complexes et difficiles à gérer.
- L’information commerciale est souvent fragmentée.
- La coordination entre institutions est insuffisante pour mettre en place les processus administratifs nécessaires à la pleine utilisation de la cumulation.
Parallèlement, le coût élevé des transports et la médiocre connectivité réduisent la compétitivité des approvisionnements régionaux.
Les données recueillies au niveau des entreprises illustrent la gravité de ces contraintes. Dans un cas, les frais de transport ont fait passer le prix des intrants d’environ 4 dollars la tonne à environ 42 dollars la tonne, ce qui remet en cause la viabilité du commerce régional.
Des opportunités inexploitées dans des secteurs clés
Le rapport met en lumière des perspectives dans plusieurs secteurs, notamment le textile et l’habillement, l’agroalimentaire, la pêche et la fabrication légère. Ces chaînes de valeur pourraient se développer considérablement si les entreprises parvenaient mieux à se fournir régionalement et à respecter les exigences en matière de règles d’origine.
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) représente une possibilité d’étendre la cumulation à l’ensemble du continent si sa mise en œuvre par les États africains est effectuée correctement et de manière cohérente. Un système plus intégré et rationalisé de la cumulation pourrait renforcer le commerce intra-africain.
Il faut une action politique pour transformer le potentiel en réalité
Une action politique ciblée est indispensable pour permettre aux entreprises de recourir à la cumulation. Le rapport souligne la nécessité de simplifier les procédures, améliorer la sensibilisation et renforcer la coordination régionale.
Concrètement, cela implique de réduire les lourdeurs administratives, développer la formation des entreprises et des douanes, et améliorer les infrastructures pour diminuer les coûts de transport. Cela requiert également une coopération régionale accrue afin de soutenir les réseaux de fournisseurs et de faciliter le commerce.
La cumulation demeure sous-utilisée mais revêt une grande importance stratégique pour le développement de l’Afrique. Avec les bonnes réformes, elle peut passer d’une disposition juridique complexe à un outil pratique d’industrialisation, de création d’emplois et de diversification des exportations.
