ONU commerce et développement (CNUCED) affirme que des points d’entrée plus clairs pour les investisseurs, des règles prévisibles et des liens nationaux renforcés sont essentiels pour transformer l’investissement étranger en gains de développement à long terme.
© Shutterstock/hanifphoto1 | Au Bangladesh, le secteur de l’habillement prêt-à-porter attire actuellement la plus grande part des investissements directs étrangers.
L’investissement étranger au Bangladesh se redresse, mais l’enjeu majeur est de savoir si le pays saura transformer l’intérêt renouvelé des investisseurs en une croissance plus diversifiée, résiliente et axée sur le développement, selon un nouveau rapport d’ONU commerce et développement (CNUCED).
Les conclusions dépassent le cadre du Bangladesh. Alors que les économies en développement sont confrontées à un resserrement des capitaux mondiaux, à l’évolution des règles commerciales et à des attentes accrues en matière de durabilité, l’agenda de réformes du Bangladesh offre des enseignements sur la nécessité d’adapter la politique d’investissement de la promotion à la concrétisation.
Les investissements directs étrangers (IDE) au Bangladesh ont atteint 1,77 milliard de dollars en 2025 après plusieurs années difficiles, marquées par des pressions sur les devises, des chocs mondiaux et une incertitude intérieure. Bien que ces entrées restent inférieures à leur pic de 2019 de plus de 1,8 milliard de dollars, la reprise — tirée principalement par les bénéfices réinvestis et les prêts intragroupes — montre que les investisseurs restent présents même dans des conditions plus serrées. Le prochain défi sera de garantir une forte augmentation des nouveaux capitaux malgré l’incertitude mondiale actuelle.
« Depuis l’EPI, le Bangladesh a progressé dans des domaines essentiels. D’importantes réformes réglementaires et institutionnelles ont été mises en œuvre. Des efforts sont en cours pour rationaliser et numériser les procédures réglementaires », a déclaré Nan Li Collins, Directrice de la Division de l’investissement et des entreprises à la CNUCED.
« Le rapport de suivi offre également l’occasion de mettre à jour les conseils politiques de la CNUCED à la lumière du contexte national et mondial actuel, afin d’en garantir la pertinence pour les décideurs. »
Le rapport évalue la manière dont le Bangladesh adapte ses politiques d’investissement pour maintenir les flux, diversifier son économie et se positionner pour un développement à long terme alors qu’il supprime progressivement les soutiens préférentiels associés à son statut de pays en développement.
« Ce rapport intervient à un moment propice pour le Bangladesh », a déclaré Chowdhury Ashik Mahmud Bin Harun, Président exécutif de l’Autorité pour le développement de l’investissement du Bangladesh (BIDA).
« Les perspectives mondiales en matière d’investissement restent difficiles dans un contexte de tensions géopolitiques, mais nous profitons de cette période pour renforcer notre préparation afin que, lorsque les conditions globales s’amélioreront, le Bangladesh soit mieux placé pour accueillir les investisseurs. Nous avons déjà réalisé de réels progrès dans l’amélioration de l’environnement de l’investissement et la prochaine étape porte sur la mise en œuvre, la coordination et une expérience plus prévisible pour les investisseurs. Le BIDA travaille en collaboration avec les différentes agences pour promouvoir des changements concrets dans tout le système, tout en soutenant un investissement durable et de long terme. »
Le rapport a été préparé à la demande du BIDA, s’appuyant sur l’Examen des politiques d’investissement du Bangladesh de 2013. Ce rapport s’inscrit dans le cadre d’une collaboration continue entre ONU commerce et développement et le PNUD Bangladesh dans le cadre du programme Transformative Economic Policy, soutenu par le Royaume-Uni, visant à appuyer la transition harmonieuse du pays depuis le statut de pays les moins avancés.
Des points d’entrée simplifiés peuvent réduire le coût de l’investissement
L’un des principaux changements stratégiques du Bangladesh en matière d’investissement a été la rationalisation de la promotion et de la facilitation des investissements.
La création du BIDA a regroupé plusieurs fonctions liées aux investisseurs, tandis que les plateformes numériques de guichet unique ont réduit les délais d’approbation et renforcé la transparence. Les autorités prévoient à présent une nouvelle fusion des agences liées à l’investissement pour simplifier les responsabilités institutionnelles et offrir un point d’entrée unique et plus lisible aux investisseurs.
Concrètement, ces réformes visent à réduire les coûts administratifs pour les entreprises, limiter la part de décisions discrétionnaires et améliorer la coordination au sein du gouvernement — des enjeux qui continuent de freiner l’investissement dans de nombreux pays en développement.
Pour les investisseurs, moins de points d’entrée et des approbations plus rapides sont essentiels, car les retards et une prise de décision fragmentée constituent souvent des coûts cachés. Pour les gouvernements, cela permet d’assurer un lien plus étroit entre la promotion de l’investissement et les priorités nationales de développement.
Des règles prévisibles deviennent un atout pour l’investissement
Les réformes récentes privilégient la prévisibilité réglementaire, la numérisation et le respect des normes internationales — autant de facteurs qui influencent de plus en plus les choix de localisation des investisseurs.
Parmi les mesures clés figurent la loi sur l’impôt sur le revenu adoptée en 2023, qui simplifie les procédures et étend les déclarations numériques, et un cadre révisé du droit du travail introduit en 2025 pour renforcer la protection des travailleurs. Une nouvelle loi sur les brevets vise également à rapprocher les règles de propriété intellectuelle des standards mondiaux, offrant une sécurité juridique accrue aux investisseurs du secteur des technologies et des connaissances.
Le vrai défi : orienter l’investissement vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée
Le stock d’IDE entrants du Bangladesh est resté globalement stable, autour de 18 milliards de dollars depuis 2021, concentré principalement dans le textile, la finance et l’énergie. Le rapport note une diversification progressive vers la pharmacie, les télécommunications et les TIC, l’économie numérique suscitant un intérêt croissant.
La pérennité de ces évolutions dépendra de réformes complémentaires, notamment le développement des compétences, des infrastructures et des liens plus efficaces entre investisseurs étrangers et fournisseurs nationaux — autant de domaines où des écarts de mise en œuvre subsistent.
La question n’est pas seulement le montant des investissements attirés par le Bangladesh, mais aussi leur destination et ce qu’ils laissent derrière eux : emplois, compétences, technologies, chaînes d’approvisionnement et capacité d’exportation.
Enseignements pour d’autres économies en développement
L’expérience du Bangladesh met en lumière une leçon élargie en matière de développement : la réforme de l’investissement ne repose plus uniquement sur les incitations ou la promotion. Dans une économie mondiale plus incertaine, les pays doivent disposer d’institutions claires, de règles prévisibles et de stratégies d’investissement axées sur le renforcement des capacités nationales.
ONU commerce et développement continuera de soutenir le Bangladesh grâce à des conseils politiques, au renforcement des capacités et à des données d’investissement, tout en aidant les économies en développement à aligner l’investissement sur les objectifs de développement durable.
