- L’investissement étranger dans les économies des Caraïbes a augmenté de 9 % pour atteindre 18 milliards de dollars en 2025, hors centres financiers extraterritoriaux, mais il reste concentré dans un petit nombre de pays.
- La base d’investisseurs s’élargit : les investisseurs venant d’autres économies en développement représentaient environ 20 % de la valeur des investissements greenfield annoncés en 2025, contre 12 % entre 2015 et 2025.
- L’adaptation au climat a attiré beaucoup moins de financements internationaux de projets que les énergies renouvelables : 2,7 milliards de dollars entre 2000 et 2025, contre 16,4 milliards de dollars.
- Plus de 90 % des accords d’investissement en vigueur dans la région datent d’avant 2010. Ces anciens accords sous-tendent les 23 arbitrages connus contre les économies caribéennes.
L’investissement dans les Caraïbes augmente mais reste concentré dans quelques économies et grands projets. Transformer ces flux en entreprises locales plus solides, en économies plus diversifiées et en une plus grande résilience face aux chocs climatiques demeure un défi.
Ce premier rapport sur l’investissement dans les Caraïbes de l’ONU commerce et développement (CNUCED) offre une évaluation spécifique d’une région habituellement analysée dans le contexte de l’Amérique latine et des Caraïbes ou avec d’autres petits États insulaires en développement. Il examine la destination des investissements et la manière dont les politiques peuvent permettre de convertir ces flux de capitaux en retombées positives et durables pour le développement.
La hausse de l’investissement ne profite qu’à peu d’économies
Les économies caribéennes, hors centres financiers extraterritoriaux, n’ont attiré que 1,1 % des investissements directs étrangers (IDE) mondiaux en 2025, les flux étant fortement concentrés sur quelques destinations. Le Guyana arrive en tête avec 9 milliards de dollars, suivi par la République dominicaine (5 milliards de dollars) et le Suriname (2 milliards de dollars), trois pays qui absorbent près de 90 % des entrées régionales.
Les Îles Vierges britanniques et les Îles Caïmans ont continué de dominer les flux d’investissement vers les centres financiers extraterritoriaux des Caraïbes, attirant plus de 80 % des entrées régionales. Toutefois, l’IDE enregistré peut être acheminé via des sociétés de portefeuille ou des entités à vocation spéciale vers d’autres destinations et ne pas nécessairement représenter un investissement dans l’économie locale.
Dans les économies riches en ressources, la pérennité des bénéfices dépendra du renforcement des fournisseurs locaux, des infrastructures et des compétences.
Les grands projets soutiennent une reprise inégale
Les investissements annoncés dans de nouvelles opérations et installations, appelés investissements greenfield, ont augmenté de 33 % pour atteindre 4,7 milliards de dollars en 2025, contre 17,5 milliards en 2022. La République dominicaine, le Guyana et Trinité-et-Tobago représentaient 93 % de la valeur annoncée. Moins de 1 % de l’investissement greenfield annoncé provenait de la Caraïbe en 2025. Un renforcement de la coopération régionale permettrait de surmonter la fragmentation des marchés.
Les investisseurs des autres économies en développement représentaient 19,3 % de la valeur des investissements annoncés en 2025, contre 11,6 % entre 2015 et 2025. Cette progression était principalement due aux investisseurs des Émirats arabes unis, dont la société logistique DP World, qui a annoncé un projet de 760 millions de dollars en République dominicaine.
Le tourisme représente environ un tiers de la production économique régionale, mais les annonces d’investissements greenfield dans le tourisme sont tombées à 232 millions de dollars en 2025, contre plus de 2 milliards par an entre 2018 et 2020.
L’adaptation au climat peine à attirer des financements
Les financements internationaux de projets d’adaptation ont totalisé 2,7 milliards de dollars entre 2000 et 2025, contre 16,4 milliards de dollars pour les énergies renouvelables.
Les projets d’adaptation disposent souvent de revenus imprévisibles, ce qui rend le financement privé plus difficile à mobiliser.
Les prêts directs constituaient l’instrument de financement le plus couramment utilisé en nombre d’opérations, tandis que les garanties et les autres instruments de partage des risques ont été beaucoup moins utilisés. Un meilleur recours à ces instruments pourrait permettre de mobiliser des investissements privés supplémentaires, notamment dans les infrastructures et les projets résistants au climat. Le rapport appelle à une meilleure préparation des projets et à un partage accru des risques, avec un rôle accru des banques de développement dans la mobilisation des capitaux.
L’activité réglementaire s’intensifie alors que les anciens traités doivent être réformés
Les économies caribéennes ont accentué leurs efforts pour attirer et retenir les investissements entre 2021 et 2025, avec l’adoption de 25 mesures réglementaires (environ 3 % du total mondial). Cela représente une hausse de 79 % par rapport aux cinq années précédentes. La majorité de ces mesures visait à améliorer l’environnement de l’investissement grâce à des incitations, à la facilitation et à la promotion des investissements.
Plus de 90 % des accords d’investissement en vigueur datent d’avant 2010. Tous les 23 arbitrages connus fondés sur des traités contre des pays des Caraïbes sont issus de ces anciens accords. Le rapport recommande la mise en place de services efficaces aux investisseurs et des réformes des traités garantissant la capacité des gouvernements à réglementer.
Faire en sorte que l’investissement génère des retombées durables
L’enjeu pour les Caraïbes est d’attirer des investissements porteurs de bénéfices durables pour leurs populations et économies. La qualité de l’investissement et son impact sur le développement sont aussi importants que son ampleur.
Le rapport souligne l’importance d’un renforcement des liens avec les entreprises locales, de services efficaces aux investisseurs et de la coopération régionale pour transformer les flux de capitaux en économies plus diversifiées, productives et résilientes face au climat.