Un monde de dettes : hausse des coûts d’emprunt et ralentissement du développement
Chiffres clés
- 35 000 milliards de dollars – dette publique des pays en développement en 2025.
- 995 milliards de dollars – paiements nets d’intérêts sur la dette publique des pays en développement en 2025.
- 8,1 % – part médiane des recettes publiques consacrée par les pays en développement aux paiements nets d’intérêts en 2025, soit près du double du niveau de 2010.
- 500 milliards de dollars – économies annuelles sur les intérêts si les pays en développement payaient les mêmes taux que les pays développés pour assurer le service de leur dette publique.
- 51 pays en développement dépensent davantage en paiements d’intérêts que pour la santé ou l’éducation.
- 3,7 milliards de personnes vivent dans des pays qui dépensent davantage en paiements d’intérêts que pour la santé ou l’éducation, soit 1,2 milliard de personnes de plus qu’en 2010.
Pourquoi c’est important
La dette publique permet aux gouvernements de financer leurs dépenses, de protéger leur population, d’investir en elle et d’ouvrir la voie à un avenir meilleur. Mais lorsque le coût du service de la dette devient excessif, il évince d’autres dépenses, freine le développement et met l’avenir des populations en péril.
C’est aujourd’hui la réalité d’un nombre croissant de pays en développement.
La dette augmente plus vite dans les pays en développement
La dette publique mondiale a continué d’augmenter en 2025. Plus des deux tiers de cette dette sont détenus par des pays développés, qui représentent ensemble moins d’un cinquième de la population mondiale. Mais la dette progresse plus rapidement dans le monde en développement.
Ces dernières années, l’encours de la dette publique a augmenté au même rythme que les économies, ce qui a stabilisé le ratio dette/PIB dans la plupart des pays.
L’offre de financement extérieur de la dette s’est contractée, les prêteurs bilatéraux ayant réorienté l’aide au développement vers des priorités plus proches de chez eux, tandis que les créanciers privés se montraient plus réticents au risque.
Conjuguée à la forte hausse des coûts d’emprunt et à l’approfondissement des marchés de capitaux nationaux, cette évolution a conduit les pays en développement à recourir relativement moins aux sources extérieures pour financer leur dette publique.
Les pays en développement paient plus cher pour emprunter
Les taux d’intérêt sur la dette publique des pays en développement sont structurellement plus élevés que dans les pays développés. Ils ont encore augmenté sous l’effet des réponses des pouvoirs publics et des marchés aux conflits et crises mondiaux récents.
En conséquence, le coût de l’emprunt public a rapidement augmenté, et la facture d’intérêts a approché 1 000 milliards de dollars en 2025.
Le poids des intérêts évince les dépenses essentielles
Les paiements d’intérêts sur la dette publique progressent plus vite que les dépenses essentielles au développement.
En Afrique et en Amérique latine et dans les Caraïbes, les gouvernements dépensent davantage par habitant pour les intérêts que pour la santé ou l’éducation.
Cette situation accentue l’écart déjà important entre pays développés et pays en développement et met en péril l’avenir d’une part croissante de la population des pays en développement.
Le poids croissant des intérêts touche un nombre toujours plus élevé de pays en développement et d’habitants.
En 2010, 24 % de la population africaine vivait dans des pays qui dépensaient plus pour les intérêts que pour la santé ou l’éducation ; en 2023, cette proportion atteignait 65 %. En Amérique latine et dans les Caraïbes, elle est passée de 34 % à 58 % sur la même période. Plus de la moitié de la population de l’Asie et de l’Océanie en développement est également concernée.
Si les pays en développement pouvaient emprunter aux mêmes taux que les pays développés, ils pourraient économiser collectivement environ 500 milliards de dollars par an en intérêts.
Ce qu’il faut pour remettre le développement sur les rails
Commencer par :
- Renforcer les filets de sécurité financière mondiaux et régionaux.
Puis s’attaquer aux coûts d’emprunt structurellement plus élevés par une action multilatérale :
- Inverser le recul de l’aide publique au développement.
- Accroître les prêts des banques multilatérales et régionales de développement.
- Renforcer l’assistance technique afin de développer les capacités essentielles.
- Faire progresser la plateforme des emprunteurs (Borrowers’ Platform) et le groupe de travail sur les principes directeurs pour des pratiques responsables en matière de prêts et d’emprunts souverains.
Et, au niveau national :
- Renforcer la gestion macroéconomique et les institutions publiques.
- Améliorer la structure des portefeuilles de dette.
- Accroître le recours aux instruments financiers innovants.