Les données commerciales s’imposent comme un outil essentiel dans la réponse mondiale à la pollution plastique, offrant de nouvelles perspectives sur les plastiques tout au long de leur cycle de vie.
© ONU commerce et développement (CNUCED)/Maria Durleva | Un ouvrier manipule du plastique déchiqueté sur une chaîne de traitement dans une usine de recyclage à Nairobi, Kenya.
Lorsque le plastique atteint les décharges et pollue les rivières ou l'océan, les décisions les plus déterminantes ont déjà été prises – lors de la conception, des choix de production et du commerce.
Grâce au commerce mondial, les plastiques entrent et sortent des pays sous diverses formes – matières premières, produits ou emballages.
Ces flux déterminent en grande partie la quantité de plastique circulant sur les marchés et la pression à laquelle les systèmes de gestion des déchets et de recyclage seront finalement confrontés.
Jusqu'à récemment, les données commerciales ne jouaient qu'un rôle limité dans les débats sur la pollution plastique, limitant la capacité des décideurs à répondre à un enjeu d'envergure mondiale.
Mais la situation évolue avec la base de données sur le commerce du plastique d’ONU commerce et développement (CNUCED).
Elle recense, pour la première fois, la circulation transfrontalière du plastique à partir de données douanières déclarées par près de 200 économies, couvrant l’ensemble de la chaîne depuis les matières premières jusqu’aux produits finis et aux emballages.
Ce que nous disent les données
La base de données montre que le volume échangé de plastiques a presque doublé entre 2005 et 2023.
Elle révèle également les points d'entrée du plastique sur les marchés, les chaînes de valeur qu’ils traversent et la manière dont les décisions commerciales prises en amont façonnent les futurs risques de pollution.
Si les formes primaires de plastiques dominent encore les exportations mondiales, le commerce des produits finis en plastique continue de croître, exerçant des pressions environnementales en aval.
« Les données douanières sont une ressource précieuse pour analyser les plastiques dans le commerce mondial », a déclaré Anu Peltola, directrice des statistiques, des données et des services numériques à la CNUCED.
« Avec les chercheurs et scientifiques spécialisés dans la pollution plastique, la CNUCED a identifié les produits en plastique dans environ 5 000 codes douaniers afin de mieux comprendre les flux commerciaux mondiaux. »
L’importance accrue de données de qualité en amont des négociations sur le traité sur les plastiques
S’appuyant sur un prototype développé par la CNUCED avec l’Institut de hautes études internationales et du développement, cette analyse contribue désormais à l’élaboration de nouvelles lignes directrices statistiques publiées par le Programme des Nations Unies pour l’environnement et l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche.
Ces lignes directrices aident les pays à mesurer les flux de plastique sur l’ensemble de leur cycle de vie et à utiliser des définitions communes, facilitant la comparabilité des données à l’échelle mondiale.
Leur publication intervient alors que les pays s’apprêtent à reprendre les négociations sur un traité mondial sur les plastiques, où la fiabilité des données sur le cycle de vie est considérée comme de plus en plus essentielle.
Informer le dialogue mondial entre science et politiques
Outre les plastiques, la CNUCED suit également le commerce des substituts non plastiques.
Ces statistiques éclairent l’analyse et les négociations commerciales régionales en donnant une idée de la taille des marchés et du traitement tarifaire des solutions de remplacement susceptibles de réduire le plastique à la source.
Depuis 2016, les exportations de substituts non plastiques en provenance des économies en développement ont augmenté en moyenne de 5,3 % par an, atteignant 203 milliards de dollars en 2023 – signe de leur place croissante dans les marchés mondiaux.
Les bases de données sur les plastiques et les substituts soutiennent ensemble les évaluations mondiales science–politique en identifiant où apparaissent les risques de pollution liés au plastique et comment une transition vers des matériaux alternatifs pourrait réduire – ou créer – de nouvelles pressions environnementales.
Un impact tangible sur le terrain
Les preuves statistiques ont déjà contribué à l’élaboration de politiques, notamment à travers le programme Production durable et pollution environnementale Royaume-Uni–CNUCED.
Ce travail a appuyé l’analyse nationale du Ghana sur les substituts plastiques viables localement et oriente les discussions régionales en Afrique de l’Est pour la réglementation des plastiques à usage unique, les normes et l’étiquetage, ainsi que l’articulation des règles commerciales et des politiques environnementales – en particulier dans les pays les moins avancés où les capacités en matière de données et de réglementation sont souvent limitées.
« En montrant comment les plastiques et les matériaux de substitution circulent via le commerce, ces bases de données aident les gouvernements à harmoniser les politiques commerciales et l’action environnementale au bénéfice des populations et de la planète », a déclaré Chantal Line Carpentier, responsable de la section commerce, environnement, changement climatique et développement durable à la CNUCED.
