- Les pays en développement abritent la majeure partie de la biodiversité mondiale.
- Pourtant, ils ne captent qu'une fraction de la valeur générée par le commerce fondé sur la biodiversité.
- Un nouveau rapport de la CNUCED examine comment les politiques commerciales et d'investissement peuvent contribuer à combler cet écart tout en soutenant la conservation et le développement durable.
© Shutterstock/Dong Nhat Huy | Une plantation de thé dans la province de Phu Tho, Viet Nam.
Les produits issus de la biodiversité ont représenté 17,3 % du commerce mondial de marchandises en 2024. Mais la participation à ce marché en croissance demeure très inégale.
Les pays abritant des ressources biologiques ne bénéficient pas toujours des activités à plus forte valeur ajoutée qui suivent, telles que la transformation, la fabrication et le développement de produits.
Dans cette Mise à jour sur le commerce mondial mensuelle, ONU commerce et développement (CNUCED) examine comment les politiques commerciales et l’investissement peuvent contribuer à combler cet écart tout en préservant la biodiversité.
Le rapport paraît en amont de la Conférence des Nations Unies sur la biodiversité 2026, qui se tiendra du 19 au 30 octobre à Erevan, en Arménie.
La conférence fera le point sur la mise en œuvre du Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal et ses objectifs de mettre un terme à la perte de biodiversité et d’inverser la tendance d’ici 2030.
Ce sera l’occasion de réfléchir à la manière dont le commerce peut contribuer aux objectifs mondiaux relatifs à la biodiversité tout en favorisant un développement durable et inclusif.
« Atteindre cet équilibre est possible mais dépendra de garanties efficaces, d’un accès légal et d’un partage juste et équitable des avantages, d’un renforcement des capacités productives, de l’accès à la technologie, de la coopération régionale et commerciale, de l’utilisation et de pratiques commerciales durables ainsi que d’un financement abordable », indique le rapport.
Un écart entre la richesse en biodiversité et les recettes d’exportation
Les exportations mondiales d’environ 1 800 produits issus de la biodiversité ont atteint près de 3 800 milliards de dollars en 2024, mais les pays en développement n’ont représenté qu’environ 35 % du total.
L’Afrique et l’Amérique latine et les Caraïbes, qui réunissent ensemble environ deux tiers de la biodiversité mondiale, n’ont représenté que 3 % et 11 % des exportations mondiales respectivement, contre 49 % pour les économies européennes.
Le défi n’est pas simplement d’exporter plus de produits, mais de retenir davantage de valeur localement grâce à la transformation et à l’utilisation circulaire tout en préservant la biodiversité, souligne le rapport de la CNUCED.
En 2024, les économies africaines ont exporté de la gomme arabique vers les économies à revenu élevé à un prix moyen de 2,28 dollars le kilogramme, tandis que les importations du même produit en provenance de ces marchés affichaient en moyenne 6,50 dollars le kilogramme. Cet écart de prix illustre les perspectives de développement qu’offrent la transformation et la création de valeur ajoutée.
Au Kenya, un projet a transformé plus de 3 300 tonnes de feuilles d’ananas, traditionnellement brûlées après récolte, en plus de 100 tonnes de fibres de qualité textile et près de 800 tonnes de compost.
Lever les obstacles au commerce
Les droits de douane, la complexité des réglementations, la répartition inégale des coûts liés au respect des normes de durabilité tout au long de la chaîne de valeur et l’accès limité au financement peuvent compliquer la concurrence sur les marchés internationaux pour les producteurs et petites entreprises des pays en développement.
Les alternatives naturelles aux plastiques, telles que le coton, le jute, le chanvre et les produits à base de papier, peuvent être soumises à des droits de douane à l’importation moyens pouvant atteindre 16,1 %, comparables ou supérieurs à ceux appliqués à de nombreux produits plastiques.
L’analyse citée dans le rapport a révélé que dans la majorité des normes de durabilité examinées, seuls les producteurs supportaient à la fois les coûts de mise en œuvre et de certification – avec peu de soutien de la part des acheteurs ou des gouvernements.
Transformer la biodiversité en gains partagés pour le développement
L’alignement des politiques commerciales, industrielles et en faveur de la biodiversité peut permettre aux pays en développement de retenir davantage de valeur liée au commerce des produits issus de la biodiversité tout en protégeant les ressources naturelles dont ils dépendent.
Atteindre cet équilibre est possible, conclut le rapport – mais cela nécessitera plus qu’un accès aux marchés.
Des garanties efficaces, un partage juste et équitable des avantages avec les Peuples autochtones et les communautés locales, un renforcement des capacités productives, l’accès à la technologie et à un financement abordable ainsi que des politiques commerciales et de biodiversité cohérentes devront progresser de concert.
La Conférence des Nations Unies sur la biodiversité 2026 offre une occasion propice de traduire ce programme en engagements concrets et de réfléchir au rôle du commerce dans le soutien aux objectifs mondiaux en matière de biodiversité tout en favorisant un développement durable et inclusif – un alignement que la CNUCED estime à la fois nécessaire et réalisable.