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Décarbonisation du transport maritime : Comment accélérer la transition et la rendre équitable ?

01 décembre 2023

Le transport maritime est international par nature. Une transition juste et équitable est nécessaire alors que le secteur envisage un avenir alliant de faibles émissions de carbone et une croissance économique soutenue.

© Shutterstock/ GreenOak

Le transport maritime est au cœur de la COP28, la conférence annuelle de l’ONU sur le changement climatique qui a débuté le 30 novembre à Dubaï.

Le secteur, qui transporte plus de 80 % des marchandises échangées dans le monde, est soumis à des pressions pour se décarboniser.

Le secteur du transport maritime émet environ 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Au cours de la dernière décennie, ses émissions ont augmenté de 20 % - une trajectoire que le monde « ne peut tout simplement pas se permettre », a déclaré la Secrétaire générale de la CNUCED, Rebeca Grynspan.

« Notre message à la COP28 est très clair. Une action mondiale audacieuse est nécessaire pour décarboniser le transport maritime », a déclaré Mme Grynspan.

« Mais le transport maritime ne peut pas décarboner seul », a-t-elle ajouté. « Il faut agir sur l'ensemble de l'écosystème. »

Une nouvelle note d'orientation de la CNUCED appelle à réunir les transporteurs, les ports, les fabricants, les expéditeurs, les investisseurs, les producteurs d'énergie et les distributeurs pour aider collectivement le secteur à décarboner et veiller à ce que le processus soit juste et équitable.

L'incertitude retarde les investissements

Le rapport souligne que l'incertitude concernant les réglementations et les solutions de remplacement des combustibles fossiles retarde les investissements nécessaires.

Selon des estimations existantes, la décarbonisation de la flotte mondiale d'ici à 2050 pourrait coûter entre 8 et 28 milliards de dollars par an, auxquels s'ajouteraient 28 à 90 milliards de dollars par an pour l'infrastructure des carburants neutres en carbone.

Ce coût élevé pourrait entraîner une hausse des frais de transport, ce qui aurait des répercussions sur l'économie mondiale.

Une simulation réalisée par la CNUCED en 2023 montre que des augmentations hypothétiques des coûts de la logistique maritime de 10 %, 30 % et 50 % pourraient réduire le PIB mondial de 0,01 %, 0,04 % et 0,08 %, respectivement.

En termes monétaires, une baisse de 0,08 % du PIB mondial, évalué à 104 000 milliards de dollars en 2022, se traduirait par des pertes d'environ 80 milliards de dollars pour l'économie mondiale.

Les économies vulnérables sont les plus durement touchées par la hausse des coûts

Si toutes les économies ressentent les effets de la hausse des coûts de transport, l'impact est plus prononcé pour les petits États insulaires en développement et les pays les moins avancés. Ces pays, qui dépendent fortement du transport maritime, sont déjà accablés par la hausse des coûts de transport et disposent de ressources limitées pour faire face aux augmentations de prix.

« Si les efforts de décarbonisation ne s'accompagnent pas d'une croissance économique, d'une réglementation multilatérale solide, d'une innovation technologique et d’une assistance visant à atténuer les coûts de la transition énergétique auxquels seront confrontés les petits États insulaires en développement et les pays les moins avancés, ils risquent de laisser de côté les pays qu'ils devraient aider le plus », a déclaré Mme Grynspan.

Recommandations politiques pour trouver un équilibre

La note d'orientation de la CNUCED présente quatre recommandations pour aider l'industrie maritime à trouver un équilibre entre les objectifs et les préoccupations économiques, environnementaux et réglementaires.

  • Établir un cadre réglementaire universel applicable à tous les navires, quel que soit leur pavillon d'immatriculation, leur pays de propriété ou leur zone d'exploitation, afin d'éviter un processus de décarbonisation à deux vitesses, des solutions fragmentées et des exemptions qui faussent les règles du jeu pour le transport maritime et le commerce.
  • Mettre en œuvre des réglementations qui contribuent à réduire l'incertitude, qui entrave actuellement les décisions d'investissement des armateurs, des chantiers navals et des ports.
  • Encourager les investisseurs et les institutions financières à augmenter considérablement les fonds destinés à la recherche et au développement de technologies et d'infrastructures de transport maritime utilisant des carburants propres.
  • Introduire une taxe sur les carburants ou un prix du carbone pour rendre les carburants alternatifs plus compétitifs, tout en générant des fonds qui pourraient aider les économies plus petites et vulnérables à réaliser une transition t juste vers un avenir à faible émission de carbone.

Nouveau partenariat pour mieux évaluer les impacts

La CNUCED et l'Organisation maritime internationale (OMI) ont annoncé le 1er décembre, lors de la COP28, un nouveau partenariat visant à mieux évaluer l'impact potentiel de la décarbonisation sur la logistique maritime, en particulier dans les pays en développement.

Ceci inclut un projet à travers lequel La CNUCED examinera comment un ensemble de mesures à moyen terme - y compris des mécanismes de tarification des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur maritime, en cours de négociation à l'OMI - peuvent potentiellement affecter le commerce, le PIB et les prix à la consommation des pays.

Le projet, qui bénéficie d'un financement de 500 000 dollars de l'OMI, se poursuivra jusqu'en mars 2025. Il vise à soutenir la recherche d'un consensus mondial en faveur d'un avenir maritime à faible émission de carbone, à réduire l'incertitude pour les investisseurs et assurer une transition juste et équitable.