Un espace dédié permettant aux pays en développement de renforcer collectivement leur voix est de plus en plus crucial, alors que la hausse des coûts d’emprunt resserre les dépenses de développement.
© Shutterstock/Oni Abimbola | L'alourdissement de la dette oblige de nombreux pays en développement à détourner des recettes publiques au détriment de services essentiels tels que la santé, l'éducation, l'eau et l'assainissement.
La Plateforme des emprunteurs prend un nouvel élan alors que les pays se préparent à sa première réunion du Conseil de gouvernance à Bangkok le 12 octobre.
Lors d’une séance d'information récemment organisée à ONU commerce et développement (CNUCED), les participants ont salué les progrès substantiels accomplis depuis le lancement de la Plateforme et ont appelé à une participation plus large.
Des représentants de plus de 30 pays ont pris part à la séance, témoignant d’un intérêt croissant pour cette initiative dirigée par les États membres avec l’appui de l’ONU.
« La Plateforme offre aux pays emprunteurs un espace dédié pour collaborer et partager leurs connaissances en vue de trouver une solution durable aux problèmes d’endettement », a déclaré l’Ambassadeur Alaa Hegazy d’Égypte, président intérimaire de la Plateforme des emprunteurs.
« Il s’agit d’un espace interrégional où les pays confrontés à un même défi d’alourdissement de la dette disposent d’un lieu ou d’un forum pour discuter de ces enjeux », a ajouté l’ambassadeur.
Une voix collective renforcée face à la pression croissante de la dette
Saluées comme « une avancée majeure dans le financement mondial », les pays emprunteurs ont lancé la Plateforme des emprunteurs en avril en présence du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres.
Depuis, les pays ont traversé une phase intérimaire sous la direction de l’Égypte et avec l’appui de la CNUCED agissant comme secrétariat.
Ils ont mis en place les modalités de gouvernance de la Plateforme, identifié les priorités techniques, jeté les bases de son premier cycle annuel et organisé son premier atelier d’apprentissage entre pairs aux Maldives.
L’initiative répond à une lacune de longue date dans l’architecture financière internationale, en offrant un espace dédié permettant aux pays emprunteurs de se réunir, de partager des connaissances, d’échanger des expériences et de renforcer leur voix collective sur les questions de la dette.
Ce besoin devient de plus en plus urgent à mesure que le poids de la dette exerce une pression sur les finances publiques. Les pays doivent pouvoir partager ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, car les deux apportent des enseignements importants.
Une analyse de la CNUCED montre qu’au cours de la dernière décennie, le coût de l’emprunt a progressé bien plus vite que les recettes publiques.
Entre 2018 et 2024, la hausse des paiements d’intérêts a réduit la marge de manœuvre budgétaire disponible pour le développement dans 99 pays en développement, où vivent 5,5 milliards de personnes.
Dans ce contexte, la Plateforme des emprunteurs vise à offrir un espace concret pour l’apprentissage entre pairs, le partage des connaissances et le renforcement des capacités. Elle soutiendra également une assistance technique ciblée et développera un répertoire commun d’expériences, de données et d’études de cas.
L’adhésion à la Plateforme est volontaire et ouverte aux pays en développement emprunteurs nets éligibles, sans obligation financière pour y participer.
La Plateforme est conçue pour compléter les mécanismes internationaux actuels de gestion de la dette, et non pour les remplacer. Il ne s’agit pas d’un forum de restructuration collective de la dette, ni d’une instance de négociation collective.
Du lancement au premier cycle annuel
La gouvernance de la Plateforme repose sur un Conseil de gouvernance au niveau ministériel, qui assure l’orientation politique, et un Comité directeur composé de hauts responsables techniques, chargé de superviser le travail opérationnel. Un président tournant est élu chaque année par les pays membres.
Le premier Conseil de gouvernance se réunira à Bangkok le 12 octobre, en marge des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale.
La réunion doit confirmer la liste des membres de la Plateforme, adopter le document fondateur sur les modalités et élire son premier président. Un communiqué conjoint définira les priorités partagées.
Plus de 100 pays en développement ont été invités à participer. Les pays intéressés peuvent en savoir plus ou manifester leur intérêt via le site web dédié de la Plateforme des emprunteurs.