- Les services deviennent un élément central de la production et des exportations.
- Les pays les moins avancés bénéficient peu de la croissance du commerce numérique.
- La CNUCED relève des lacunes en matière de données, d’infrastructures, de compétences et de participation aux négociations commerciales.
© Adobe Stock/bird_saranyoo | Un professionnel de santé en milieu rural utilise la technologie numérique pour accéder aux informations des patients.
Les services sont de plus en plus intégrés dans la production de tous les secteurs. La logistique, la finance, la conception et la gestion des données sont intégrées dans ce que les exploitations agricoles et les usines produisent et exportent, même lorsque le produit final est un bien physique.
En 2022, les services représentaient 71 % des intrants intermédiaires utilisés dans la production à l’échelle mondiale. Leur part dans les exportations mondiales est également passée de 23 % en 2015 à 27 % en 2025, selon la dernière Mise à jour sur le commerce mondial d'ONU commerce et développement (CNUCED).
La taille du secteur des services ne raconte pas toute l’histoire. Des services productifs, échangeables et à forte intensité de connaissances peuvent accroître la productivité, soutenir l’innovation, créer des emplois à plus forte valeur ajoutée et renforcer la compétitivité des entreprises. Lorsque les services sont coûteux, de mauvaise qualité ou indisponibles, les exploitations agricoles, les usines et les exportateurs sont moins compétitifs.
Le fossé des services numériques se creuse
La fracture est la plus nette pour les services pouvant être fournis à distance par l’intermédiaire de réseaux informatiques. Ces exportations ont augmenté en moyenne de 7,1 % par an au cours de la dernière décennie et représentent aujourd’hui 56 % des exportations mondiales de services.
Dans les économies développées, cette part est d’environ 61 %. Dans les pays les moins avancés, elle n’est que de 16 %. Ces derniers restent fortement dépendants des services traditionnels comme les transports et le tourisme et ne captent qu’une faible part du segment du commerce mondial à la croissance la plus rapide.
Une connectivité médiocre et coûteuse constitue un obstacle. Parmi les autres obstacles figurent l’accès limité aux systèmes de paiement transfrontaliers, le manque de compétences numériques et la faiblesse des cadres réglementaires. Les micro, petites et moyennes entreprises et les travailleurs indépendants sont particulièrement touchés lorsqu’ils ne peuvent pas facilement recevoir de paiements de clients étrangers.
L’intelligence artificielle pourrait accentuer ces inégalités. La capacité informatique, les données, le financement et l’expertise nécessaires au développement et à l’utilisation de l’IA restent concentrés dans un nombre limité d’économies et d’entreprises. De nombreux pays en développement sont mal placés pour en tirer parti, tandis que l’IA pourrait automatiser des tâches routinières qui constituaient jusque-là une porte d’entrée sur les marchés mondiaux des services.
Trois priorités pour élargir la participation
La CNUCED identifie trois domaines d’action :
- Les gouvernements ont besoin de meilleures données pour mesurer la contribution des services aux exportations et identifier les contraintes.
- Les pays ont besoin d’une connectivité abordable, de systèmes de paiement et d’identification numériques, de compétences et de règles qui soutiennent les transactions numériques. Un appui international sera essentiel là où le financement et les capacités institutionnelles sont limités.
- Les pays en développement doivent renforcer leurs capacités d’analyse et de négociation pour évaluer les engagements en matière de commerce numérique et participer à l’élaboration des règles émergentes.
La prolifération des accords bilatéraux, régionaux et plurilatéraux a conduit à la superposition de règles en matière de commerce numérique, ce qui rend difficile leur compréhension par les gouvernements et les petites entreprises. Une transparence accrue, la coopération réglementaire et l’interopérabilité peuvent réduire la fragmentation tout en préservant les objectifs de politique publique des pays.
La croissance du commerce des services ne suffit pas en soi. Son rôle en faveur du développement dépendra de ceux qui parviennent à être compétitifs sur les marchés numériques et de ceux qui participent à l’élaboration des règles.
