- Les gouvernements ont adopté un nombre record de 229 mesures de politique d’investissement en 2025.
- La plupart des mesures sont restées favorables aux investisseurs, mais ciblaient de plus en plus des secteurs stratégiques et des priorités nationales.
- Les incitations représentaient la moitié des mesures favorables, avec une attention croissante portée à l’infrastructure numérique, à l’industrie manufacturière de pointe, aux technologies de transition énergétique et aux minerais essentiels.
- Le nombre d’économies dotées de régimes de contrôle des investissements est passé de 21 en 2016 à 52 en 2025, tandis que les rejets purs et simples sont restés rares.
- Les accords d’investissement de première génération restent au cœur des différends, renforçant la nécessité d’une réforme qui préserve la marge de manœuvre des politiques tout en maintenant la prévisibilité pour les investisseurs.
© Shutterstock | Des ingénieurs testent un bras robotique doté d’intelligence artificielle dans une usine moderne.
L’investissement étranger ne tombe pas en disgrâce auprès des gouvernements. Mais les règles qui le régissent évoluent.
Selon le Rapport sur l’investissement dans le monde 2026 d'ONU commerce et développement (CNUCED), les gouvernements ont adopté un nombre record de 229 mesures de politique d’investissement en 2025.
Si la plupart sont restées favorables aux investisseurs, les responsables politiques orientent de plus en plus l’investissement vers les secteurs qu’ils jugent essentiels à la croissance, à la résilience, au leadership technologique et à la sécurité économique.
Ce virage reflète une évolution plus large de la perception de l’investissement par les pays. La question ne se limite plus à l’attraction de nouveaux capitaux. Elle porte de plus en plus sur la capacité à attirer des investissements qui soutiennent les priorités nationales.
Pour les pays en développement, le défi consiste à rester ouverts et compétitifs tout en préservant leur marge de manœuvre politique, en renforçant la création de valeur nationale et en évitant une course coûteuse à des projets auxquels ils ne peuvent raisonnablement prétendre.
Les pays réécrivent les règles de la concurrence
Le nombre record de mesures adoptées en 2025 ne résulte pas d’un retour au protectionnisme.
Sur les 229 mesures introduites dans le monde, 167 étaient favorables aux investisseurs, soit 73 % du total. Mais, contrairement aux décennies précédentes où les gouvernements visaient souvent une libéralisation générale, les mesures récentes sont de plus en plus conçues pour canaliser l’investissement vers des secteurs, technologies et activités spécifiques.
L’Asie en développement est restée la région la plus active, avec des politiques axées sur la montée en gamme industrielle, la transformation numérique et l’investissement vert. L’Europe s’est concentrée sur des initiatives de politique industrielle et de filtrage des investissements, tandis que l’Amérique latine et les Caraïbes ont continué de privilégier la facilitation de l’investissement et la rétention des investisseurs. En Afrique, les mesures favorables étaient également plus nombreuses que les mesures restrictives.
Les préoccupations de sécurité deviennent une composante de la politique d’investissement
Parallèlement, les gouvernements accordent une attention accrue à l’origine des investissements et aux secteurs visés.
Les mesures restrictives ont représenté 27 % de l’ensemble des modifications de politique en 2025, contre 19 % en 2016. Une grande partie de cette hausse est liée au filtrage des investissements et à des préoccupations de sécurité nationale. Le nombre d’économies disposant de dispositifs de filtrage des investissements est passé de 21 en 2016 à 52 en 2025.
Le filtrage s’est particulièrement étendu aux secteurs impliquant des technologies essentielles, des données sensibles, des infrastructures et des actifs stratégiques.
Cependant, le rapport montre également que le rejet pur et simple demeure rare. Moins de 1 % des projets examinés ont été bloqués, ce qui indique que la plupart des gouvernements cherchent encore à équilibrer les exigences de sécurité avec la nécessité d’attirer l’investissement.
Le défi de la politique publique est de maintenir un filtrage transparent, ciblé et fondé sur les risques, de manière à protéger les intérêts de sécurité légitimes sans introduire une incertitude inutile ou fermer des perspectives de développement.
Les incitations deviennent plus ciblées
L’une des évolutions les plus nettes est l’utilisation croissante d’incitations.
Les incitations constituaient la principale catégorie de mesures favorables, représentant 50 % du total. Les gouvernements conditionnent de plus en plus leur soutien à des objectifs précis tels que les technologies de transition énergétique, les infrastructures numériques, la fabrication avancée et les minerais essentiels.
Des exemples incluent les incitations pour les centres de données au Brésil, le soutien à la fabrication électronique et au recyclage des minerais essentiels en Inde, ainsi que des mesures européennes pour l’hydrogène renouvelable, la décarbonation industrielle et la production de technologies à faible émission de carbone.
Les responsables politiques envoient un message clair : l’investissement est bienvenu, mais de plus en plus selon des modalités qui soutiennent des objectifs économiques plus larges.
Les anciennes règles de l’investissement font face à de nouvelles pressions
L’orientation vers des investissements stratégiques et sensibles à la sécurité exerce aussi une pression sur le système des accords internationaux d’investissement. Les pays ont signé 44 accords d’investissement en 2025, les nouveaux traités mettant de plus en plus l’accent sur la facilitation et la coopération. Mais les différends continuent de s’appuyer fortement sur les traités de l’ancienne génération.
Les investisseurs ont lancé 56 procédures d’arbitrage investisseur–État en 2025, et près de 80 % des nouveaux cas ont été engagés contre des pays en développement.
Cela renforce l’argument en faveur d’une réforme qui préserve la capacité des gouvernements à réglementer dans l’intérêt public tout en maintenant la prévisibilité pour les investisseurs.
Le défi politique devient plus complexe
À mesure que l’investissement se concentre dans l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les minerais essentiels, la fabrication avancée et les technologies de transition énergétique, les gouvernements utilisent la politique d’investissement non seulement pour attirer des capitaux, mais aussi pour façonner le développement industriel, la résilience et la sécurité économique.
Pour les pays en développement, le rapport préconise de ne pas rivaliser avec les plus grandes économies par des programmes de subventions coûteux. Il s’agit plutôt d’identifier des points d’entrée réalistes dans des chaînes de valeur en pleine évolution et de concentrer les ressources limitées sur les conditions qui rendent l’investissement viable : infrastructures fiables, accès à l’énergie, compétences, facilitation de l’investissement, développement des fournisseurs, préparation aux normes et connectivité régionale.
Cela exige une coordination renforcée entre les politiques d’investissement, industrielles, commerciales et technologiques. Les incitations et les mesures de filtrage doivent être sélectives, transparentes et proportionnées afin de soutenir les priorités nationales sans générer une incertitude inutile pour les investisseurs.
Les agences de promotion de l’investissement ont également un rôle accru à jouer. Une meilleure facilitation, des services après-implantation et de fidélisation des investisseurs peuvent contribuer à éviter que des projets viables ne soient perdus à cause de l’incertitude, tandis que le développement des fournisseurs, la préparation aux normes et la connectivité régionale peuvent ancrer davantage l’investissement étranger dans le tissu des entreprises nationales et la montée en gamme productive.
Les accords d’investissement doivent également être actualisés afin de soutenir l’investissement durable tout en préservant la marge de manœuvre politique nécessaire au développement, à la sécurité et à la résilience.
