Les choix faits aujourd’hui détermineront si les minerais essentiels deviendront un catalyseur de transformation économique ou s’ils renforceront les schémas de dépendance aux produits de base.
© Shutterstock/Freedom_wanted | Champs de lithium dans le désert d’Atacama au Chili.
Le boom des minerais essentiels en Amérique latine offre aux gouvernements de la région une occasion de promouvoir des activités visant à élargir la base productive, selon une analyse récente d’ONU commerce et développement (CNUCED), « Minerais essentiels, décisions essentielles : politique industrielle pour la transition énergétique ».
Le rapport examine comment les pays peuvent utiliser la politique industrielle pour transformer les ressources en minerais essentiels en opportunités économiques plus larges, notamment la transformation productive, la montée en gamme technologique et la diversification économique.
Il s’appuie sur les expériences de l’Argentine, du Brésil et du Chili pour analyser différentes approches en matière de gouvernance et de développement industriel.
Bien que ces trois pays aient adopté des modèles de politiques et de gouvernance différents, leurs expériences mettent en lumière un défi commun : comment relier l’extraction minière à un développement économique plus large et aller au-delà de la dépendance à l’exportation de matières premières.
Les minerais essentiels comptent pour l’Amérique latine et au-delà
L’Amérique latine détient des parts significatives des réserves et de la production mondiales de plusieurs minerais essentiels à la transition énergétique – ou minerais essentiels – nécessaires à la transition énergétique, aux infrastructures d’énergies renouvelables et à la fabrication de haute technologie.
La région produit plus de la moitié du concentré brut de lithium mondial et plus du tiers du cuivre, ainsi qu’une part significative de la production mondiale d’argent, d’étain et de terres rares.
À mesure que la demande mondiale de véhicules électriques, de stockage de batteries, d’énergies renouvelables et de réseaux électriques augmente, la demande pour les minerais essentiels concernés devrait presque doubler d’ici à 2040.
Lors du 18e Sommet des BRICS, tenu les 12 et 13 septembre, les grandes économies en développement ont souligné le rôle clé des minerais essentiels pour atteindre la diversification économique et la sécurité énergétique.
Dans ce contexte, les pays d’Amérique latine riches en ressources minières poursuivent diverses approches politiques pour renforcer les liens entre les minerais essentiels et l’économie au sens large.
Brésil : planification à long terme et coordination institutionnelle
L’approche du Brésil repose sur une gouvernance et une planification institutionnelle à long terme. Elle vise à développer une gamme de minerais essentiels tout en renforçant les incitations à investir dans les industries de transformation.
Le Plan national des mines 2050, Plano Nacional de Mineração 2050, fournit un cadre à long terme pour les parties prenantes.
La volonté du Brésil de dépasser la seule extraction est claire, mais sa réalisation nécessitera un renforcement des incitations à la transformation des minerais, le développement d’infrastructures ciblées et des mécanismes de partage des risques afin de mobiliser des investissements privés dans la transformation et les matériaux avancés.
Argentine : attirer les investissements tout en renforçant la coordination
L’Argentine a donné la priorité à la mobilisation d’investissements directs étrangers tout en accordant aux provinces une autonomie considérable sur les ressources en minerais essentiels situées sur leur territoire.
Si cette approche a permis d’accélérer le développement des portefeuilles de projets dans certaines provinces, elle a également limité la cohérence d’une stratégie nationale unifiée. Les investissements étrangers restent concentrés sur la production en amont, plutôt que sur la transformation en aval.
L’enjeu pour l’Argentine sera de transformer les investissements en capacités productives nationales plus larges. Une gouvernance sociale et environnementale limitée, notamment dans la gestion de l’eau, constitue également un risque et souligne la nécessité de renforcer le suivi et la transparence.
Chili : tutelle de l’État et planification stratégique
Le Chili a adopté un modèle de tutelle de l’État qui combine politique fiscale, garanties environnementales et partenariats public-privé au sein d’un cadre stratégique.
Ses politiques s’appuient sur des décennies d’expérience dans la gestion de l’industrie du cuivre, et intègrent une nouvelle approche stratégique pour le lithium.
Le rapport relève que le Chili a mis en place des cadres solides de gouvernance sociale et environnementale. Les nouveaux projets font l’objet de consultations avec les peuples autochtones, tandis que les politiques abordent les seuils environnementaux, la gestion de l’eau et le suivi scientifique. Le cadre encourage également la montée en gamme technologique lorsque cela est pertinent.
La coopération régionale est cruciale
Au-delà des stratégies nationales, le rapport de la CNUCED souligne la nécessité d’une coopération régionale pour harmoniser les normes, soutenir la coopération technologique et aligner les stratégies sur les minerais essentiels avec les objectifs climatiques et de développement.
La coopération régionale peut également renforcer la position des pays lors des négociations de contrats avec les sociétés multinationales et dans la recherche de transferts de technologies, en particulier lorsque la taille du marché et le pouvoir de négociation sont importants.
Enseignements politiques plus larges
En définitive, le critère de réussite ne sera pas le volume de minerais essentiels extraits, mais la mesure dans laquelle ils contribuent à générer de nouvelles capacités productives, l’apprentissage technologique et des activités à plus forte valeur ajoutée dans l’ensemble de l’économie.
Le rapport appelle à des cadres de gouvernance intégrés favorisant la durabilité, la transparence et la participation des communautés tout au long de la chaîne de valeur.
Principales recommandations :
- Renforcer le développement des chaînes de valeur nationales et la diversification économique
- Nouer des partenariats stratégiques tout en préservant la marge de manœuvre politique
- Assurer la cohérence entre les politiques fiscales, commerciales, industrielles et environnementales
- Faire progresser la coopération régionale en matière de normes, d’infrastructures et d’accès aux marchés.