Une femme entrepreneur ougandaise primée développe une entreprise de jus de fruits et améliore la vie de sa communauté

05 mai 2021

Une finaliste du prix de la CNUCED pour les femmes d'affaires reçoit 10 millions de dollars de son gouvernement pour construire une usine de jus de fruits frais qui favorisera l'agriculture durable et améliorera le niveau de vie de sa communauté.

News

Des employés de Cheers avec Julian Omalla (au centre) près du verger qui produit les fruits utilisés dans le jus de l'entreprise. / © Delight Uganda Limited.

Julian Omalla produit l'une des boissons à base de fruits les plus populaires d'Ouganda, vendue sous la marque "Cheers". Elle compte de plus de 5 millions de clients fidèles.

Affectueusement surnommée "Mama Cheers", fondatrice et directrice générale de Delight Uganda Limited, à 56 ans c’est une des femmes entrepreneurs les plus en vue de ce pays d'Afrique de l'Est.

Forte d’une longue expérience et de son succès fulgurant dans le secteur, le gouvernement ougandais lui a accordé une subvention de 4 millions de dollars en février pour construire une usine de jus de fruits frais dans le nord du pays.

Le gouvernement lui a également alloué 6 millions de dollars supplémentaires pour l'achat d'équipements, 50 % des fonds étant remboursables sur 10 ans par son entreprise.

Une autre corde à son arc

Cette subvention est la dernière corde à son arc. Madame Omalla est l'une des femmes entrepreneurs les plus primées d'Ouganda, tant au niveau national qu’international.

L'année dernière, elle a remporté le prix spécial de la 7e édition du prix Empretec Women in Business de la CNUCED pour son engagement envers l'autonomisation des femmes que permet le caractère inclusif de son entreprise.

Ces distinctions valorisent les contributions de femmes entrepreneurs modèles, formées par le programme Empretec de la CNUCED et récompense leur réussite économique.

Le prix a été parrainé par l'Inclusive Business Action Network, un programme de l'agence allemande de développement, la GIZ.

Mme Omalla a également reçu une bourse pour participer à un programme de formation pour cadres dispensé par l'Institut international pour le développement de la gestion de Lausanne, en Suisse.

Autonomisation et mentorat

"Empretec m'a permis de devenir ce que je suis aujourd'hui", déclare Mme Omalla.

Lorsqu'elle a créé son entreprise en 1996, elle ne connaissait pas grand-chose à la gestion d’entreprise.

En 2000, Empretec lui a permis d'acquérir les compétences nécessaires à un entrepreneur prospère. "La formation m'a permis de réaliser que j'étais née entrepreneur", se souvient-elle. "Elle m'a aidée à élaborer et à réaliser mon plan de développement commerciale".

Les années suivantes, elle a continué à se perfectionner auprès des formateurs d'Empretec et a vu grandir ses compétences entrepreneuriales à mesure que son entreprise se développait. "Je continuais à poser des questions pour développer mon entreprise, même pendant les week-ends", dit-elle.

Pendant plus de 20 ans, Charles Ocici, directeur d'Empretec à Enterprise Uganda, a formé et guidé Mme Omalla dans son projet. "Ce fut un plaisir de la soutenir à travers les nombreuses étapes de son parcours entrepreneurial", a déclaré M. Ocici. "Elle a vraiment fait ses preuves en Ouganda".

Mme Omalla affirme qu'Empretec a fait croître sa confiance en elle. Elle lui a donnée des compétences comptables et de marketing, mais lui a aussi permis de se fixer des objectifs et de les atteindre avec efficacité.

12 000 litres par jour

Grâce aux compétences acquises dans le cadre d'Empretec et à une détermination sans faille, Mme Omalla a développé son activité à partir de rien. Elle détient aujourd’hui 60 % de la part de marché, marquant ainsi l’apogée de son activité, après avoir construit une chaîne de production de 12 000 litres par jour de boissons aromatisées aux fruits.

Mme Omalla a surmonté de nombreux obstacles en cours de route. Elle a par exemple dû repartir de zéro lorsqu’un partenaire commercial a disparu avec une partie de son capital. "Je tire toujours des leçons des revers et des échecs. Je ne les ai jamais laissés me démoraliser", dit-elle.

Obtenir des fonds pour développer son entreprise a été une tâche ardue, car, comme la plupart des femmes en Ouganda, elle ne disposait pas des garanties exigées par les banques. Elle a dû compter sur ses seules économies et réinvestir ses bénéfices pour financer son expansion.

Elle s'est également diversifiée vers d'autres activités commerciales, comme l'élevage de volailles, la production de maïs fourrager, investissant aussi dans une minoterie et une boulangerie.

Du rêve à la réalité

Jusqu'en 2011, Mme Omalla a produit "Cheers" à partir de concentrés de jus importés, en partie à cause de la difficulté à s'approvisionner en fruits frais de qualité et cultivés localement.

Elle a alors commencé à transformer son vieux rêve en réalité : pour produire du jus frais elle a acheté 1 700 acres de terres pour faire pousser des arbres fruitiers, manguiers, goyaviers et agrumes.

Elle a créé une pépinière pour distribuer des plants d’arbres fruitiers sains et a organisée en coopérative un verger de 5 000 producteurs de fruits (connus localement sous le nom de cultivateurs sous-traitants) dans le district nord de Nwoya.

Sur les 5 000 membres producteurs de fruits, la coopérative de Nwoya compte 3 750 femmes qui travaillent pour Delight Uganda, cette activité bénéficiant directement et indirectement à plus de 100 000 femmes.

Mme Omalla a choisi pour marque le mot "Cheers" parce qu’il évoque la positivité, l’inspiration et la responsabilité. Elle mobilise et emploie des personnes de divers horizons, en particulier des femmes vulnérables qui avaient du mal à subvenir financièrement aux besoins de leur foyer.

Pour qu’elles accèdent à une meilleure sécurité financière, elle veille à ce que chaque femme de la coopérative dispose d'au moins une acre de verger qu’elle peut cultiver à court terme en alternance avec des cultures saisonnières pour assurer un revenu supplémentaire et durable. Selon elle, chaque agriculteur peut gagner jusqu'à 1 850 dollars par saison avec un acre de terre.

Redonner à la communauté

"Mama Cheers" a également transmis les compétences requises à la communauté par le biais de son Delight Farm Institute, contribuant ainsi à la création d’emplois décents et offrant des moyens de subsistance à de nombreuses personnes.

L'amélioration de la qualité des fruits et des graines oléagineuses a aussi permis d'améliorer la qualité de la nourriture pour la communauté. Par la suite, le développement de meilleures infrastructures, comme des routes, a facilité l'accès des agriculteurs aux marchés.

Lorsque le confinement a été décrété à la suite de la COVID-19 en Ouganda, les fruits dans les vergers étaient mûrs pour la récolte. Des pertes massives s’en sont suivies, les fruits ne pouvant être transportés ni vers les installations de stockage ni vers le marché.

Néanmoins, Mme Omalla a profité de l'occasion pour améliorer sa gestion agricole afin d'augmenter sa productivité et se préparer à la période post confinement. Elle a également distribué des plants d’arbres fruitiers, de caféiers et des tiges de manioc à la communauté.

Nouvelle usine, nouveaux horizons

La subvention de 10 millions de dollars du gouvernement ougandais permettra à Delight Uganda de construire une usine moderne de jus de fruits frais qui permettra de mieux valoriser la culture de fruits par les agriculteurs locaux, leur ouvrant ainsi de nouveaux horizons.

"Avec la nouvelle usine, nous espérons développer notre marché aux quatre coins du monde", a déclaré Mme Omalla. Ses projets à long terme consistent notamment à répondre à la demande croissante pour les fruits secs, en particulier les mangues.

Elle a également pour ambition de faire de sa ferme et de son institut un centre d'excellence, où les gens apprendront à cultiver les meilleurs produits et où les investisseurs viendront permettre la transformation des fruits et ainsi la création de plus de revenus.

"Mama Cheers" a également pour objectif de faire passer le nombre de "cultivateurs sous-traitants" directs à 80 000 et à 432 000 le nombre de femmes en bénéficiant indirectement au cours des trois prochaines années.

Cela permettra de garantir un approvisionnement durable en fruits de la nouvelle usine afin de répondre à la demande locale, régionale et internationale.