La forte croissance de Djibouti masque de profondes vulnérabilités
- Djibouti a rempli deux critères de graduation en 2024 : le revenu et les actifs humains.
- Son indice de vulnérabilité économique et environnementale était de 54,7, contre un seuil de graduation fixé à 32.
- La croissance économique réelle a atteint en moyenne 7,3 % par an entre 2010 et 2023, mais le taux de chômage s’élevait à 38 % en 2024.
- La dette extérieure est passée de 49,1 % du revenu national brut en 2015 à 88,5 % en 2022.
Le rapport évalue la préparation de Djibouti à sortir de la catégorie des pays les moins avancés. Il constate que le pays a tiré parti de sa stabilité politique et de sa situation stratégique pour devenir un pôle de transport et de logistique à croissance rapide.
Mais la croissance n’a pas permis de créer suffisamment d’emplois ni de répartir largement les bénéfices. Un niveau d’endettement élevé, un capital humain faible, une concentration économique et des risques climatiques pourraient compromettre les progrès réalisés.
Une forte croissance qui ne profite pas à tous
Le produit intérieur brut réel par habitant est passé de 1 576 dollars en 2010 à 3 020 dollars en 2023. Pourtant, en 2017, environ 25 % de la population vivait avec moins de 3 dollars par jour. De plus, 15 % vivaient sous le seuil d’extrême pauvreté, fixé à 2,15 dollars par jour.
Les résultats préliminaires du recensement général de la population et de l’habitat de 2024 montrent que 20 % des ménages vivaient dans une pauvreté multidimensionnelle extrême. Cette mesure tient compte du cumul des désavantages dans des domaines tels que la santé, l’éducation et le niveau de vie. L’écart entre milieux urbain et rural était marqué : 7,6 % des ménages urbains étaient concernés par l’extrême pauvreté multidimensionnelle, contre 75 % des ménages ruraux.
Le modèle axé sur le transport et la logistique repose fortement sur le capital et crée relativement peu d’emplois. Le taux de chômage des jeunes était de 69,1 % en 2024. Le chômage était de 44,9 % pour les femmes et de 33,2 % pour les hommes. Le rapport préconise des investissements plus intensifs en main-d’œuvre, un renforcement de la formation professionnelle et un secteur privé plus compétitif.
La concentration économique accroît les risques commerciaux et d’endettement
Les services génèrent 83 % du produit intérieur brut. Les activités portuaires, de transport et de logistique forment le socle de l’économie. Le commerce avec l’Éthiopie représente la majorité de l’activité portuaire, exposant Djibouti aux perturbations qui pourraient affecter son principal partenaire économique.
L’investissement dans les infrastructures a soutenu la croissance, mais l’augmentation de la dette a réduit les ressources disponibles pour les secteurs sociaux et la création d’emplois. Le rapport recommande :
- De privilégier les emprunts concessionnels
- De renforcer la gestion de la dette et des entreprises publiques
- D’élargir l’assiette fiscale
- D’évaluer la contribution des nouveaux projets à l’emploi et à la transformation économique
Les chocs climatiques menacent la sécurité alimentaire et hydrique
Djibouti figure parmi les 50 pays les plus vulnérables aux risques climatiques extrêmes. De 2010 à 2022, les sécheresses ont touché 392 000 personnes au total et les inondations 360 000.
Les ressources en eau douce renouvelable s’élèvent à 318 mètres cubes par habitant et par an – en dessous du seuil absolu de pénurie d’eau, fixé à 500 mètres cubes. Le rapport recommande d’accroître les investissements dans l’adaptation au changement climatique, les énergies renouvelables, la gestion durable de l’eau et la protection sociale capable de répondre aux catastrophes. Il préconise également un financement climatique plus flexible et plus concessionnel.
Transformer la croissance en résilience durable
La stabilité et la position stratégique de Djibouti lui assurent une assise solide. La priorité est désormais de convertir la croissance économique en emplois, en renforcement du capital humain et en résilience accrue. Cela nécessitera une diversification de l’économie, un renforcement de la protection sociale et une capacité accrue à résister aux chocs climatiques et économiques.