- L’investissement dans les énergies propres peut créer des opportunités d’emplois locaux, de développement des compétences ou de capacité industrielle, mais ces avantages ne sont pas automatiques.
- De nombreux anciens traités d’investissement ont été conçus avant que la transition climatique ne devienne une priorité politique.
- Certaines dispositions des traités peuvent limiter la marge de manœuvre des gouvernements pour soutenir les capacités nationales liées aux industries des énergies renouvelables.
- La prochaine fracture mondiale pourrait se situer entre les pays qui attirent les investissements et ceux qui les transforment en technologies et en savoir-faire.
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Une nouvelle analyse d’ONU commerce et développement (CNUCED) note qu’attirer des investissements dans les énergies propres constitue une étape importante, mais que des mesures supplémentaires sont nécessaires pour garantir une transition énergétique inclusive. Le monde a besoin de plus de 1 000 milliards de dollars par an d’investissements dans les énergies renouvelables d’ici 2030, dont une grande partie provenant du secteur privé et de sources étrangères. Toutefois, sans accès à la technologie, aux compétences et à une flexibilité suffisante des politiques pour développer des industries locales, de nombreux pays en développement risquent de rester de simples acheteurs plutôt que des bâtisseurs dans l’économie verte.
Le rapport examine les accords internationaux d’investissement, dont beaucoup ont été négociés dans les années 1980, 1990 et au début des années 2000, avant que l’action climatique ne devienne une priorité mondiale centrale. Il soutient qu’une part importante de ces traités pourrait limiter la capacité des gouvernements à adopter des politiques favorisant la formation locale, le développement de fournisseurs ou la diffusion technologique, même si les pays cherchent à bâtir des filières nationales dans les énergies propres.
Le rapport indique que les traités d’investissement plus récents peuvent soutenir plus efficacement la transition énergétique en préservant la flexibilité des politiques publiques, en encourageant l’investissement dans les énergies propres et en aidant les pays à développer les compétences, les institutions et les réseaux de fournisseurs nécessaires pour en tirer profit.
L’inégalité cachée dans la transition verte
Pour les pays en développement, l’investissement étranger est souvent essentiel. Plus de 80 % des investissements dans les énergies renouvelables proviennent déjà de sources privées, et le financement national seul pourrait ne pas suffire à couvrir les besoins futurs.
Mais le rapport met en garde : accueillir des projets renouvelables sans posséder une capacité technologique nationale ne garantit pas des retombées plus larges pour l’économie.
Les pays peuvent importer des panneaux solaires, des technologies de batteries ou des équipements d’énergie propre sans acquérir l’expertise nécessaire pour les produire, les adapter ou les améliorer. À terme, cela risque de créer une nouvelle forme de dépendance, les pays participant à la transition verte principalement en tant que consommateurs, et non producteurs.
La CNUCED estime que l’accès à la technologie, aux connaissances techniques et à une main-d’œuvre qualifiée détermine de plus en plus si l’investissement conduit à un développement durable à long terme.
Des règles conçues dans une autre époque
Le rapport pointe les dispositions de traités d’investissement plus anciens qui peuvent limiter le recours à des politiques visant à renforcer les industries locales. Cela peut inclure l’encouragement des investisseurs à recourir à des fournisseurs locaux, le soutien à la formation de la main-d’œuvre ou le développement de capacités technologiques. Plus d’un tiers des relations conventionnelles existantes imposent des restrictions sur certaines de ces mesures.
Le rapport ne préconise pas d’intervention généralisée ni de transfert obligatoire de technologie. Il souligne que des exigences mal conçues peuvent augmenter les coûts, décourager l’investissement ou ne pas générer de bénéfices durables. Les données sur l’efficacité de ces mesures demeurent partagées. Il souligne plutôt que la transition énergétique se déroule dans un contexte politique en évolution rapide, qui nécessite un certain degré de liberté pour ajuster les politiques dans le temps et préserver des outils adaptés permettant la diffusion de la technologie et le développement des compétences.
Au-delà de l’investissement : renforcer la capacité à en profiter
L’investissement n’est qu’une partie de l’équation, selon l’analyse. Les pays ont également besoin de travailleurs qualifiés, d’infrastructures, de réseaux de fournisseurs et d’institutions capables d’absorber et d’adapter les nouvelles technologies. Sans ces bases, même de fortes entrées de capitaux peuvent avoir un impact limité. Les accords d’investissement modernes cherchent de plus en plus à accompagner les pays en développement dans le renforcement de ces fondations.
Alors que les gouvernements cherchent à développer rapidement les énergies renouvelables, le rapport estime qu’une question plus large émerge : non seulement qui reçoit les investissements verts, mais aussi qui acquiert les connaissances, les industries et les capacités qui en découlent.
Pour la CNUCED, l’enjeu politique est clair : la transition verte doit non seulement déplacer des capitaux au-delà des frontières, mais aussi diffuser les connaissances et les compétences indispensables au développement des pays.
