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Réformer la finance mondiale pour un développement résilient face au climat

04 novembre 2025

Corriger les bases du système financier mondial est essentiel pour surmonter des années de sous-performance, de dépendance à la dette et d’érosion de la confiance.

Rajasthan State, India.
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© Shutterstock/stockpexel | L’État du Rajasthan en Inde a, ces dernières années, lutté contre la pénurie d’eau, en partie à cause de faibles précipitations irrégulières.

Améliorer l’architecture financière internationale est un préalable pour mobiliser le volume et le type de financements nécessaires au développement résilient face au climat.

Dans un nouveau rapport, ONU commerce et développement (CNUCED) définit trois axes fondamentaux d’action : renforcer l’accès aux outils de liquidité et de stabilité, garantir un espace budgétaire et politique pour un financement climatique et du développement adéquat et prévisible, et rééquilibrer la gouvernance économique mondiale.

Publié en amont de la prochaine conférence des Nations Unies sur les changements climatiques COP30, le rapport appelle à des avancées plus rapides sur l’objectif convenu à la COP29 de mobiliser au moins 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 – sous la conduite des pays développés – et à un objectif ambitieux de 1 300 milliards de dollars provenant de toutes les sources.

Où les structures actuelles font-elles défaut

Le financement climatique, qui vise à soutenir les efforts des pays pour faire face au changement climatique, ne se distingue pas de l’architecture financière mondiale, mais en fait partie intégrante.

Ce financement est actuellement accordé par des dizaines de canaux, y compris des programmes d’aide bilatéraux, des banques multilatérales de développement et des financements privés transfrontaliers – chacun ayant ses règles et ses procédures propres.

Climate finance is delivered through dozens of fragmented channels

Pour de nombreux pays, en particulier ceux disposant d’une capacité administrative limitée, cela signifie que l’accès aux financements climatiques est lent, imprévisible et contraignant.

La fragmentation des canaux de financement a également accentué l’inégalité de la répartition des flux actuels de financements climatiques.

Malgré une augmentation marquée ces dernières années, les pays les moins avancés n’ont reçu que 18 % du total des financements climatiques fournis et mobilisés par les pays développés en 2022, tandis que les petits États insulaires en développement n’ont perçu que 2,8 %.

En ce qui concerne les domaines thématiques, l’adaptation – qui aide les pays à se préparer aux conséquences du changement climatique – n’a reçu que 3,4 % du financement climatique mondial en 2023. La majorité des investissements privés continuent d’être orientés vers des projets d’atténuation qui réduisent les émissions et offrent des retours financiers plus rapides.

Parallèlement, les efforts visant à traiter les pertes et dommages liés au climat reposent souvent sur une aide à court terme ou de nouveaux prêts, ce qui aggrave l’endettement et limite les fonds publics déjà rares.

Pour de nombreux pays en développement, les mêmes contraintes financières qui ont ralenti la croissance freinent aujourd’hui l’action climatique. C’est pourquoi atteindre l’objectif de 1 300 milliards de dollars confère une urgence renouvelée à la réforme de l’architecture financière internationale.

« Le système doit être réorienté afin de protéger l’espace politique national de l’instabilité financière, d’assurer un financement fiable et à long terme pour une transformation structurelle alignée sur le climat, et de garantir une gouvernance équitable et inclusive », note la CNUCED dans le rapport.

« Sans de tels changements, les nouveaux engagements climatiques risquent de reproduire les mêmes schémas qui ont longtemps compromis le développement durable – accentuant la dépendance à la dette, freinant des transitions équitables portées par l’investissement et élargissant les inégalités. »

Un cadre pour la réforme

Le rapport définit trois priorités pour une réforme systémique permettant d’accélérer la mise à disposition équitable des financements et d’aider tous les pays à atteindre leurs objectifs climatiques et de développement :

  • Renforcer l’accès aux outils permettant liquidité et de stabilité, réduire la vulnérabilité aux cycles de hausse et de récession et aux chocs climatiques et mettre en place un filet mondial de sécurité financière plus équitable offrant un soutien rapide et inconditionnel à tous les pays dans le besoin.
  • Accroître de manière adéquate et prévisible les financements climatiques afin de soutenir une transformation structurelle résiliente dans les pays en développement, notamment en s’attaquant à l’endettement souverain insoutenable et en renforçant la mobilisation des ressources nationales.
  • Rééquilibrer la gouvernance économique mondiale avec un système plus représentatif et plus responsable qui reflète les intérêts et les besoins de tous les pays face aux défis climatiques et de développement.

Les efforts visant à réformer l’architecture financière internationale ont pris de l’ampleur sur divers forums, mais le paysage reste fragmenté. Citant neuf propositions lancées entre 2022 et 2025, le rapport montre comment elles répondent aux trois axes de réforme susmentionnés.

Les résultats montrent qu’un consensus large en faveur du changement émerge, mais la mise en œuvre demeure fragmentée, insuffisante et limitée par la notion de « faisabilité politique » perçue, plutôt que par l’ambition de transformation réclamée par la lutte contre le changement climatique.

Ce rapport est le premier sur le financement climatique publié dans le cadre du « Consensus de Genève », le nouveau mandat récemment adopté par 195 États membres lors de la 16e Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED16).

Le Consensus de Genève met notamment en avant les travaux analytiques de la CNUCED sur le financement climatique et le développement durable et son rôle pour aider les pays en développement à mobiliser des ressources de financement.