Les règles qui régissent le commerce mondial sont de plus en plus mises à l’épreuve, ce qui soulève des questions quant à la capacité du système commercial international à continuer de soutenir le développement à une époque de rivalités géopolitiques et d’incertitude politique.
© Adobe Stock
Dans l’édition de mars du Global Trade Update, ONU commerce et développement (CNUCED) avertit que l’instabilité croissante des politiques et la fragmentation du système commercial mondial risquent de miner les conditions stables dont de nombreux pays en développement dépendent pour accroître leurs exportations, attirer les investissements et diversifier leur économie.
Ces constats interviennent alors que les membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se préparent à des discussions sur la réforme en vue de la 14e Conférence ministérielle de l’organisation (CM14), où les gouvernements devraient examiner comment le système commercial multilatéral peut mieux répondre aux réalités économiques changeantes d’aujourd’hui.
Bien que le rapport mette l’accent sur les défis structurels du système commercial mondial, la CNUCED souligne qu’elle continue de suivre les répercussions commerciales des évolutions géopolitiques et des perturbations en cours qui touchent les marchés du transport maritime et de l’énergie, y compris celles liées aux tensions dans le détroit d’Ormuz.
Volatilité croissante du commerce mondial
Le rapport constate que les garde-fous qui assuraient autrefois la stabilité à long terme du commerce mondial s’affaiblissent, la certitude laissant de plus en plus place à une volatilité persistante des politiques.
Pour les économies en développement, qui dépendent souvent d’un nombre limité de secteurs d’exportation et disposent d’une marge budgétaire plus restreinte, une telle incertitude peut augmenter les coûts, affaiblir la compétitivité et décourager les investissements à long terme.
Les pays en développement sont les plus concernés
Le commerce reste un puissant moteur de développement pour de nombreuses économies du Sud. Les revenus d’exportation soutiennent l’emploi, financent les importations de biens d’équipement et d’énergie et contribuent au maintien de la stabilité macroéconomique.
Le commerce entre pays en développement s’est considérablement développé, passant d’environ 500 milliards de dollars en 1995 à 6 800 milliards de dollars en 2025, représentant désormais plus d’un quart du commerce mondial.
La participation demeure toutefois inégale. Les pays les moins avancés (PMA) ne représentent qu’environ 1,1 % des exportations mondiales, loin de l’objectif de 2 % fixé dans le Programme d’action de Doha pour les PMA d’ici à 2030.
Rétablir la certitude dans les règles commerciales
Dans ce contexte, le rapport souligne que la réforme de l’OMC doit permettre de rétablir la certitude et la prévisibilité des règles commerciales internationales.
Des règles claires et stables sont particulièrement importantes pour les petites économies souhaitant s’intégrer aux chaînes de valeur mondiales et attirer des investissements.
Le règlement des différends protège les petites économies
Un système de règlement des différends pleinement opérationnel est également essentiel pour garantir l’équité du commerce mondial.
Depuis sa création en 1995, les membres de l’OMC ont engagé 644 différends et constitué 378 groupes spéciaux, soulignant le rôle central du système dans la résolution des conflits commerciaux.
Pour les pays en développement dont le pouvoir de marché est limité, ce mécanisme offre un cadre juridique essentiel pour contester les mesures commerciales discriminatoires.
Un système fondé sur des règles pour le développement
En définitive, le rapport réaffirme qu’un système commercial international fondé sur des règles demeure fondamental pour garantir que le commerce soutienne un développement inclusif et durable.
Renforcer la coopération multilatérale et permettre aux pays en développement de participer pleinement aux nouveaux domaines du commerce sera déterminant pour maintenir la croissance mondiale et élargir les opportunités économiques à l’échelle internationale.
