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Angola : Libérer le potentiel des industries creatives

13 septembre 2023

Les industries créatives naissantes du pays recèlent un vaste potentiel pour aider à diversifier son économie dépendante du pétrole. Pour ce faire, il est indispensable d'accroître les investissements et le soutien politique.

© Shutterstock/Big blue | Une femme d'affaires africaine vend des tissus traditionnels sur une plage de Luanda, en Angola.

Les vendeuses de rue, connues localement sous le nom de « zungueiras », sont un trait caractéristique de nombreuses villes angolaises.

Ces commerçantes informelles, qui portent souvent sur la tête un grand bol en plastique rempli de marchandises et un bébé attaché dans le dos, représentent la résilience et la persévérance des Angolais, qui ont traversé les incertitudes économiques et politiques depuis l'indépendance du pays en 1975.

C'est en s'inspirant de cette réalité qu'est né « Zungueira Run », l'un des jeux vidéo les plus populaires en Angola, avec plus de 50 000 téléchargements à ce jour.

Créé par un groupe de jeunes développeurs angolais, le succès du jeu laisse entrevoir un avenir économique plus innovant, selon une nouvelle étude de la CNUCED publiée le 13 septembre et portant sur les industries culturelles et créatives (ICC) du pays.

Cette étude est un élément clé du programme conjoint UE-CNUCED pour l'Angola : Train for Trade II financé par l'Union européenne. Ce programme aide l'Angola à diversifier son économie et ses exportations vers les secteurs verts et créatifs et à se relier aux chaînes de valeur régionales et mondiales grâce à une assistance multisectorielle.

L'étude s'inscrit également dans le cadre du soutien continu de la CNUCED aux pays en développement pour cartographier leurs économies créatives et identifier les domaines à améliorer.

« Mettre davantage l'accent sur l'innovation et la créativité est essentiel pour la diversification économique, et donc pour une croissance durable et inclusive dans les pays en développement », déclare Miho Shirotori, directrice par intérim de la Division du commerce international et des matières premières de la CNUCED.

La diversification économique prend un nouvel élan en Angola

L'Angola s'enorgueillit d'une riche histoire culturelle dans les domaines du cinéma, du théâtre, de l'édition et de la littérature.

Il bénéficie également d'un socle de talents créatifs, de start-ups et d'écosystèmes d'innovation émergents avides d'opportunités dans les ICC - les domaines les plus importants étant la publicité, l'architecture et la programmation informatique, selon l'étude de la CNUCED.

Mais en même temps, l'Angola dépend excessivement du pétrole brut, qui représente 93 % de ses exportations. La faible productivité et les maigres opportunités dans d'autres secteurs économiques ont laissé un tiers de la population en dessous du seuil de pauvreté.

Alors que l'Angola s'efforce de sortir de la catégorie des pays les moins avancés des Nations unies, il est de nouveau urgent de diversifier son économie.

L'un des principaux moyens d'atteindre cet objectif est de tirer parti des industries créatives et culturelles pour atténuer les fluctuations économiques liées aux prix du pétrole, employer davantage de personnes dans l'économie formelle, tout en s'attaquant à plusieurs contraintes structurelles.

« Nous souhaitons promouvoir des ICC dynamiques en Angola, offrir davantage de possibilités aux entrepreneurs et aux créateurs, exploiter le patrimoine culturel riche et varié de notre pays et renforcer les relations commerciales avec davantage de pays », déclare Filipe Silva de Pina Zau, ministre de la Culture et du tourisme de l'Angola.

Traditionnellement, la Chine, l'Union européenne et les États-Unis sont les principaux partenaires commerciaux de l'Angola. Avec l'essor de l'économie créative, le pays espère renforcer ses liens économiques avec d'autres économies.

Des lacunes à combler

Prenons l'exemple des jeux vidéo. L'étude de la CNUCED montre qu'en moyenne, entre 50 et 60 jeux vidéo sont développés en Angola chaque année.

Mais peu d'entre eux sont enregistrés auprès de l'Institut angolais de la propriété intellectuelle, ce qui rend encore plus difficile l'application des droits d'auteur et la lutte contre la culture du piratage.

D'autres préoccupations sont liées aux coûts de production élevés, à la pénurie de compétences, à la qualité et au coût de l'accès à l'internet, ainsi qu'aux obstacles rencontrés pour effectuer et recevoir des paiements numériques internationaux.

En outre, l'étude souligne l'absence d'un cadre permettant de définir et de mesurer efficacement ces industries, ce qui se traduit par des données éparses et incomparables. Ce manque de données sur la création d'emplois, la contribution au PIB et la valeur ajoutée brute limite la capacité du gouvernement à concevoir des politiques et des interventions efficaces.

Pour y remédier, l'étude souligne la nécessité d'améliorer la collecte de données, la mesure et les statistiques afin de concrétiser les promesses des ICC.

Les moyens de libérer tout le potentiel

L'étude présente une feuille de route permettant à l'Angola d'exploiter le pouvoir économique des ICC, principalement par le biais de politiques globales, d'une meilleure collecte de données et d'investissements accrus.

Notant que la politique culturelle de l'Angola est actuellement fragmentée entre différents ministères, la CNUCED appelle à une plus grande collaboration au sein du gouvernement - sous l'égide du ministère de la culture et du tourisme - et à un processus d'élaboration des politiques plus inclusif.

« L'Angola a besoin d'une structure de gouvernance et d'un système de classification des ICC plus cohérents et mieux coordonnés », déclare Marisa Henderson, chef du programme de l'économie créative de la CNUCED et auteur principal de l'étude.

« L'intervention de l'État et la participation du secteur privé et de la société civile aideront l'Angola à libérer le potentiel économique du secteur. »

Soulignant la difficulté pour les ICC d'accéder même au microfinancement, la CNUCED encourage les efforts visant à offrir aux travailleurs créatifs un accès aux prêts tout en les aidant à renforcer leur solvabilité.

Outre le financement privé traditionnel, d'autres formes de soutien, telles que les incitations fiscales, les programmes sociaux et le financement public, sont essentielles.

La CNUCED appelle également à l'autonomisation des travailleurs créatifs et des artistes par le développement des infrastructures, la formation et l'éducation, ainsi que par des campagnes de promotion visant à promouvoir « une marque forte et vendable » au niveau national et mondial pour les industries culturelles et créatives de l'Angola.

Une approche globale

Le programme conjoint UE-CNUCED aide l'Angola à diversifier son économie et ses exportations en renforçant ses capacités de production, en opérant simultanément dans sept domaines de politique économique différents.

Le programme a été sélectionné en 2022 comme une réussite mondiale pour la mise en œuvre des bonnes pratiques en matière d'objectifs de développement durable (ODD).

L'approche holistique du développement de la CNUCED, d'abord pilotée en Angola, sera l'une des 12 initiatives à fort impact le 17 septembre dans le cadre du week-end d'action des Nations unies pour les ODD, avant le sommet sur les ODD et le débat de haut niveau de la 78e session de l'Assemblée générale des Nations unies.

L'initiative de la CNUCED intitulée « Transforming4Trade » fournira une orientation politique pour des programmes holistiques, multisectoriels et pluriannuels visant à favoriser les capacités productives et la transformation économique structurelle.